19/04/2011

Le petit matin d’Hyacinthe Vulliez

24082121.jpgMon camarade poète Hyacinthe Vulliez, d'Annecy, m'a envoyé son dernier recueil: Au Petit Matin. Dans la lignée de Rousseau, il essaie de s'enflammer face à la nature grandiose qu'il aime et chérit, celle des Alpes; mais il y ajoute, un peu comme Lamartine, un lien explicite avec les mystères divins. Il faut dire qu'il est prêtre catholique. Peut-être est-il un peu bloqué par son sacerdoce: ses images viennent toutes plus ou moins de la Bible. Lamartine même puisait volontiers dans l'ésotérisme chrétien, donnait à voir la hiérarchie des anges, au sein de l'infini - au-delà des sommets. Hyacinthe, à vrai dire, préfère rester dans les concepts.

Le titre de son recueil est à cet égard assez significatif: la lumière du matin, chassant les ombres de la nuit, est divine, puisqu'elle réchauffe et rassure. Cela me rappelle la spiritualité d'Akhenaton: il saluait le Soleil levant, la force qui animait toute vie sur Terre. Mais à vrai dire, Lamartine, pour en revenir à lui, n'hésitait pas à sonder la nuit, à placer son esprit dans ce qui lui faisait peur: il y voyait le Temps qui broie tout, mais, précisément, aussi, les anges qui portent les étoiles comme des flambeaux. La lumière physique peut voiler les mystères, au lieu de les révéler.

La joie d'Hyacinthe Vulliez, face aux beautés de la nature, reste sympathique: il n'est pas faux que la vie soit le fard de Dieu, comme disait Charles Duits. La nature, n'est-ce pas, est volontiers dite la robe de Gaia. François de Sales voyait surtout la sainte Vierge, dans l'aube.

Mais la nuit, au-delà du frêle voile de la lumière, s'étend infinie, dans l'univers: la science moderne le DOR_L'~1.JPGmontre. Comment accorder un monde de foi et d'enthousiasme avec cette réalité objective? Je crains que le sentiment des beautés de la nature ne réponde pas à certaines questions qui se posent comme essentielles. Je pense avec Lamartine que la poésie peut aussi s'enquérir des énigmes nocturnes, de ce que signifie la destinée, le Temps qui tout emporte:

Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
Que faites-vous des jours que vous engloutissez?
Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes
Que vous nous ravissez?

Cela ne va pas de soi.

07:08 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook

Commentaires

Voici les paroles d'un Sage, rapportées en conclusion du volume 3 de la "Doctrine Secrète" écrite par Madame Helena Petrovna Blavatsky :

"Le présent est l'enfant du Passé ; l'Avenir, engendré du Présent. Et pourtant, ô moment présent, ne sais-tu pas que tu n'as pas de père et que tu ne peux avoir d'enfant ; que tu n'engendres sans cesse que toi-même ? Avant d'avoir commencé à dire : "Je suis la progéniture du moment écoulé, l'enfant du passé", tu es devenu ce passé lui-même. Avant d'avoir articulé la dernière syllabe, vois ! tu n'es plus le Présent mais, en vérité, cet Avenir. Ainsi le Passé, le Présent et l'Avenir constituent l'à-jamais vivante Trinité en Un – la Mahâmâyâ de l'Absolu "qui Est"."

"Mahâmâyâ" est un terme sanscrit signifiant la grande (mahâ) illusion (mâyâ), selon cette citation l'éternité, généralement présentée comme un des principaux attributs de la Cause Première Absolue, n'est donc pas un temps sans début ni fin ainsi que les humains se l'imaginent généralement, l'éternité est plutôt l'absence de temps.

Il est impossible, pour un être, de réellement connaître l'absence de temps et il est déjà très difficile de simplement conceptualiser l'éternité comme l'absence de temps plutôt que comme un temps qui n'a ni début ni fin, c'est une des raisons pour lesquelles cette mahâmâyâ est à jamais vivante pour nous.

Écrit par : Fabula | 19/04/2011

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