05/05/2011

Lamartine: une tempête au large d’Ischia

CHAOS1~1.JPGCertains ont dit qu'avant Victor Hugo et ses Travailleurs de la mer, la littérature, en France, n'avait guère parlé de la mer, mais on lit peut-être toujours les mêmes romans, se passant à Paris ou dans la vieille France; car dans le Graziella de Lamartine une tempête furieuse et grandiose est décrite; elle a lieu au large de l'île d'Ischia, près de Procida. Le narrateur et son ami, deux jeunes Français nobles, se sont faits pêcheurs pour goûter à une vie proche de la Nature, et la vie sur la mer et parmi les éléments est abondamment et magnifiquement décrite. La Lune, omniprésente, est magique, lorsqu'en se levant elle déchaîne les vents, et ouvre une grande percée bleue entre les nuages au moment où les occupants de la barque jetée d'une lame à l'autre parviennent à des eaux plus calmes. Les vagues énormes sont décrites avec force; le canal qui sépare le cap Misène de Procida est barré par une gigantesque colonne d'écume, dont l'aspect ne laisse pas d'être fantastique. La mer plus tard est maudite par la femme du pêcheur qui conduit leur barque, laquelle à la fin est mise en pièces.

On peut saisir que cette tempête et la colonne d'écume ont un rapport avec la volonté divine: la colonne d'écume est délibérée, pour ainsi dire. Elle est faite pour contraindre le narrateur à rencontrer Ezechiel.jpgla belle Graziella, qui justement habite alors Procida.

Quoi qu'il en soit, il n'est pas vrai, comme on l'a prétendu, que Lamartine ne décrit la nature que selon des poncifs généraux, dans le seul but d'évoquer des états d'âme. Je ne sais pas pourquoi on parle si mal de ce grand homme. C'est peut-être parce qu'il a mis trop d'anges au seuil des choses, au-delà du sommet des montagnes, dans les cieux, voire sur Terre, errant dans les ténèbres de la vie physique, et s'y incarnant plusieurs fois, comme dans la Chute d'un ange - ou parce qu'il a donné un esprit à toute chose, affirmant que l'âme était insensée, qui croyait qu'au-delà de ses propres limites, le monde était dénué d'âme: il faisait parler les bêtes et les plantes, et jusqu'aux rochers. Baudelaire a repris ce trait à son compte, évoquant le langage des fleurs et des choses muettes qu'entend soudain l'âme qui s'est élevée au-delà des étoiles. On a accusé Lamartine d'être panthéiste: lui qui défendit si souvent le christianisme! Qui fit de Saint-Pierre de Rome le temple universel de la Raison! Mais il donnait une âme aux choses et le christianisme moderne est rationaliste.

Trop ésotérique et sentimental pour les cérébraux, trop philosophique et oratoire aux yeux des ardents, il a peu à peu été placé à la marge. Mais il concilia, dans le même temps, les contraires, et Hugo et Baudelaire l'admiraient et l'imitaient; Rimbaud même le déclara parfois Voyant.

En Savoie, cela va de soi, il eut d'innombrables adeptes; son influence sur la littérature fut énorme.

09:32 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

Les commentaires sont fermés.