27/05/2011

Infaillibilité de l’État

papaute.jpgJe crois que dans beaucoup de cas, l'infaillibilité du Pape a été remplacée par le sentiment de l'infaillibilité de l'État. Sur le plan culturel, l'échelon dit national essaie toujours d'apparaître comme le seul légitime.

Chez lui, à Bourg-Saint-Maurice, j'ai parlé de cela, indirectement, avec Jean-Luc Favre, l'un des écrivains de mes Muses contemporaines de Savoie. Car il tendait à défendre cet échelon national de la culture et, par conséquent, admettait le caractère plus ou moins illicite de la culture régionale. Il avouait, au demeurant, que, à cet égard, le fond du problème est politique: admettre la légitimité de la culture régionale à côté de la culture nationale, sans rien hiérarchiser d'emblée, c'est installer dans les esprits l'idée d'une relativisation de l'échelon national, et, ainsi, découper au moins intérieurement la République.

Je ne dis pas, naturellement, qu'il faille hiérarchiser dans l'autre sens et promouvoir en particulier la culture régionale; comme les régions ont aussi leur représentation politique, la culture redeviendrait liée à l'État; or je crois qu'elle doit être libre et non hiérarchisée a priori.

Pour moi, l'échelon national et l'échelon régional ne créent, dans la culture, aucune forme de vertu de principe: ils donnent seulement une coloration. Soit la couleur de la culture vient de Paris, soit elle vient, par exemple, de Samoëns; ce n'est pas la même, mais la qualité n'en dépend pas, contrairement à ce qu'on croit souvent: car celle-ci ne dépend que de l'artiste, de l'être humain qui assume, consciemment ou non, une couleur particulière, et y bâtit son œuvre. ramuz.jpgC'est lui qui donne son éclat et sa profondeur à une teinte donnée.

Le département de Haute-Savoie bénéficie de la proximité de la Suisse, culturellement active et politiquement indépendante. Par elle, le contact est établi avec un étranger qui relativise l'échelon national et empêche qu'on le considère d'emblée comme une référence absolue: Ramuz même, en Haute-Savoie, faisait, de son temps, concurrence à André Gide - en particulier dans le Faucigny et le Chablais. L'infaillibilité de l'État, son autorité en matière culturelle et morale, y est comme assouplie. On s'y sent moins obligé qu'ailleurs de vénérer comme d'ultimes prophètes Gilles Deleuze ou André Comte-Sponville - par exemple.

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