03/06/2011

Décès de Robert Marteau

Robert-Marteau_839.jpgLe 16 mai dernier, est mort un des plus grands poètes du vingtième siècle, à mes yeux: Robert Marteau. Il avait quatre-vingt-sept ans, et était méconnu. Il était peu connu du grand public, mais presque tous les poètes contemporains sont dans ce cas. Il n'avait pas reçu la même reconnaissance que d'autres, mais la raison, pour moi, en fut toujours claire: il était mystique, et n'avait pas renoncé à représenter, par des images, les êtres divins auxquels il croyait.

On pouvait, avec une certaine mauvaise foi, lui reprocher son traditionalisme, puisqu'il reprenait souvent les figures du christianisme, en les mêlant à la mythologie grecque; il se réclamait volontiers des artistes de la Renaissance qui faisaient fusionner ces deux traditions fondamentales de l'Occident. Sur le plan formel, il était une sorte de Mallarmé ou même de Leconte de Lisle chrétien, mais cela se mêlait en lui à la contemplation de la Nature, au fond de laquelle il reconnaissait, donc, les êtres divins des anciennes traditions françaises - et plus généralement du monde latin.

On le lui reprocherait avec une certaine mauvaise foi, parce que les poètes qui sont allés dans le même sens en se rattachant toutefois à des mythologies exotiques, ou à des figures fabuleuses créées par eux-mêmes, tel Charles Duits, ont subi un sort comparable au sien, celui d'être mis à l'écart par les intellectuels qui dominent la scène littéraire et culturelle du doux pays gaulois. Car ce qu'on lui reprochait, ce n'est pas son traditionalisme, en vérité, mais qu'il n'hésitât pas à reprendre des images mythologiques fortes, vibrantes, regardées avec foi et ardeur. Finalement, même la science-fiction, pourtant volontiers semele_moreau.jpgmatérialiste en essence, est regardée du même œil: on n'aime pas les imaginations qui se présentent comme des vérités intimes - des faits de l'âme.

Un des derniers poèmes de Robert Marteau, consacré à une forêt d'automne, et évoquant l'éphémère de ce qui se manifeste aux sens, n'en disait pas moins:
Considérez qu'en l'instant même où je vous parle
Tout s'ensevelit dans la brume ensoleillée,
Celle même dont Zeus avait accoutumé
De s'envelopper pendant ses épiphanies.
Il avait, ici, saisi, au sein des apparences, la lumière qui n'est qu'un voile pour le dieu, la lumière vivante dont tout sort et où tout revient, la lumière qui n'est qu'une porte et dont Victor Hugo disait aussi que derrière, des êtres immortels se mouvaient, regardant les mortels, et agissant - car il les appelait des providences, et les disait ailés!

Je connaissais un peu Robert Marteau, l'ayant rencontré, et ayant correspondu avec lui; c'était un grand homme. Il a lui aussi disparu dans la lumière qui sert de vêtement à Zeus. Puisse-t-il être accueilli par ce dieu, au sein de son Olympe! Hermès puisse-t-il le prendre par la main, et à ce port le conduire! Il l'en a souvent prié.

09:41 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

Commentaires

Bonjour,

comme vous avez cité Charles Duits dans la liste des poètes tenus à l'écart du monde intellectuel reconnu, je me permets de signaler un récent entretien autour de cet auteur :

http://grandebibliotheque.blogspot.com/2011/05/un-entretien-autour-de-charles-duits.html

Bien à vous

Écrit par : Emmanuel | 07/06/2011

Bonjour,

Merci infiniment, c'est une interview passionnante, qui me fait aimer Charles Duits encore plus profondément qu'avant. Je l'adore et ai presque tout lu de lui, j'aime beaucoup pour ma part (outre ses romans) ses poèmes qui sont en même temps des pièces de théâtre, je les trouve incomparables. J'ai lu Corbin en grande partie parce que votre père le citait comme une référence. Un jour, j'ai rendu visite à votre mère, après avoir écrit à votre père sans savoir qu'il était déjà décédé. Nous nous étions dit qu'elle me mettrait en contact avec vous, mais cela ne s'est pas fait. J'ai vu certains de ses magnifiques tableaux à ce moment, chez lui, rue d'Assas, me semble-t-il. Je suis très flatté et très heureux que vous ayez écrit sur ce blog. Mon rêve serait de voir éditer les inédits de Charles Duits, et bien sûr que ses oeuvres soient plus accessibles, et qu'il soit reconnu, du coup, mieux qu'il ne l'est, car il est lui aussi un des grands du XXe siècle. La foi ou la vie spirituelle personnelle qui sauve, en dehors des formules toutes faites ou du nihilisme, bien sûr, c'est ce qui fait de Duits un homme de l'avenir, comme Hugo jadis. Merci encore.

Écrit par : RM | 07/06/2011

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