27/06/2011

Constant Rey-Millet et le sens de l'hostie

rey%20millet.jpgJ'ai lu récemment un livre, édité en 2008 par les Amis de Ramuz et écrit par Stéphane Rochette: Ramuz chez Rey-Millet, consacré aux liens qui unissaient le grand écrivain vaudois au peintre de La Tour, en Haute-Savoie, dans le canton de Saint-Jeoire, en Faucigny. Car Ramuz s'était souvent rendu chez Constant Rey-Millet, qui lui avait écrit et qui l'admirait. L'auteur du Garçon savoyard affirmait qu'il se sentait savoyard avant tout, et parfaitement chez lui en Savoie. On voulait déjà, en ce temps-là, abolir la frontière...

Or, à l'intérieur de ce livre, j'ai lu une lettre que Constant Rey-Millet adressa à son ami Jean-Marie Dunoyer et qui contenait une curieuse et belle remarque sur l'art; elle atteste d'un sens profond de ce que fut toujours le sacrifice rituel: la réalité des choses étant un mystère et si ces choses meurent, en expirant elles exhalent un parfum qui semble dévoiler le secret. Car la Création, ajoute Rey-Millet, veut dire un mot...

Le peintre faisait ainsi de l'art un rite sacrificiel, comme s'il s'agissait de tuer, par l'image, le réel - mais, ce faisant, d'en dévoiler le secret. On retourne la chose, comme dirait Valère Novarina (d'ailleurs un grand admirateur de Rey-Millet), et on en voit l'envers: l'essence cachée.

Cela me rappelle un documentaire du cinéaste Jan Kounen, qui s'est initié, en Amérique, aux mystères du chamanisme, et en a tiréblueberry_420.jpg les images impressionnantes de son film Lieutenant Blueberry. Le chaman qu'il a interrogé donne une explication fascinante aux sacrifices d'animaux: en se libérant du corps, l'âme de l'animal rejoint le pays des esprits, où la suit l'âme de l'officiant. Il découvre alors le vrai visage de l'animal, le mot qui pour ainsi dire l'a créé, et, dans le même temps, la partie de lui-même qui a un rapport étroit avec cet animal. Car c'est le secret de la chose: l'animal a, pour la sagesse traditionnelle, une correspondance dans l'âme humaine; il fait résonner, dans le sein de celle-ci, une corde. Se retrouver face à cet esprit qui est aussi en soi a un effet moral: en le regardant pour ainsi dire dans les yeux, on se libère de son emprise, et, l'ayant dompté, on développe ses qualités en conscience.

Est-ce ainsi que Rey-Millet comprenait la peinture? Une manière de se libérer du charme qu'exercent les objets, en apprenant à les connaître de l'intérieur, en les faisant résonner en soi? En tout cas, comme André Breton, il attendait, de la libre expression artistique, une forme de révélation.

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