01/07/2011

La maîtrise vraie de l’atome selon Isaac Asimov

coruscant_from_space_small.jpgDans le roman d'Isaac Asimov Pebble in the Sky, le lecteur est transporté dans un futur tellement lointain que l'homme, après avoir colonisé l'ensemble de la galaxie, ne sait plus exactement d'où il vient; les autorités scientifiques prennent pour une légende infondée, défendue seulement par quelques mystiques échevelés, qu'il est originaire de la planète Terre, simple monde excentré de la Voie Lactée - bien loin de la capitale de l'Empire, dont découle toute civilisation authentique!

L'humour d'Asimov est fabuleux.

Mais il ajoute que la Terre est la seule planète habitée qui soit remplie de radioactivité, et on émet l'hypothèse que celle-ci a été installée artificiellement par l'homme lui-même, et que cela fait suite à une exploitation incontrôlée de l'énergie nucléaire. De fait, dans ce futur lointain, l'homme a appris sans aucune espèce de problème à circonscrire les effets néfastes et dangereux de cette industrie - que, certes, il ne faut pas diaboliser, mais qui donne l'impression qu'on est incapable de la maîtriser réellement et complètement.

Un personnage du roman d'Asimov, à un autre qui a peine à croire que la Terre a été empoisonnée par la radioactivité créée par l'homme, dit ceci: Naturally, sir, you tend to unapocalypse.jpgderestimate nuclear reactions because you're living in the present, when they're so easily controlled. But what if someone - or some army - used such weapons before the defense had been worked out? L'ironie d'Asimov est sublime, puisqu'il désigne réellement notre présent, le présent du personnage apparaissant comme incertain - conjectural.

On pourra me faire valoir qu'il parle du nucléaire militaire, et pense à une déflagration d'origine conflictuelle. Mais voyons: la nature aussi peut être en guerre contre l'humanité, comme on l'a vu au Japon récemment. Et il apparaît alors que la radioactivité ne peut pas être contrée, annulée, circonscrite. La nature a déclenché l'explosion atomique; et l'homme lui en a donné les moyens, sans être encore à même de les contrer aucunement. On veut trop vite exploiter la connaissance, avant de l'avoir approfondie: on préfère s'imaginer qu'on a déjà tout compris!

08:04 Publié dans Développement durable | Lien permanent | Commentaires (14) | |  Facebook

Commentaires

Comme vous avez raison, Asimov est un des plus grand génie de notre époque !

Écrit par : Corto | 01/07/2011

Oui.

Écrit par : RM | 01/07/2011

(Je dirais plus exactement un des plus grands génies littéraires du XXe siècle.)

Écrit par : RM | 01/07/2011

(hum, génie *littéraire* cela reste à voir, j'ai relu le cycle des Fondation récemment, cela laisse quelque peu à désirer question style. Par contre, visionnaire inspiré, c'est certain.)

Écrit par : rigolaux | 01/07/2011

Mais pour moi, la littérature, c'est autant une vision, ou des visions inspirées, qu'un style. La confusion entre littérature et style (ou rhétorique), je la rejette. Pour moi, la bonne littérature équilibre le style et la vision. Celle qui va dans le sens du style seul, je la juge mauvaise, même quand elle reçoit des prix prestigieux. Le style d'Asimov était acceptable, et était de toute façon rendu piquant par son humour, sa faculté d'ironie. Présenter clairement et avec humour une vision inspirée et cohérente, crédible et captivante, pour moi, c'est déjà magnifique, cela vaut mieux que le plus grand style ne présentant aucune vision.

Écrit par : RM | 01/07/2011

Vous avez raison. Mais j'ai relu (trente-cinq ans après!) Fondation etc. à moitié dans la traduction chez Denöel / Présence du futur, à moitié dans l'original anglais. Dans les deux cas, le style est tellement passé de mode et, il faut le dire, plat que j'ai du mal à vraiment savourer son ironie et tout le reste. C'est un peu comme la lecture de certains romans de Dumas, pour une page excellente il y a beaucoup de délayage insipide. C'est difficile de "crocher" dans ces conditions. Arthur Clarke est un écrivain qui a moins de souffle, mais qui sait mieux construire une histoire (quand il se donne de la peine).

Bref, tout ça pour dire qu'un bon auteur c'est *aussi" un style. Je m'aperçois en écrivant ça qu'en fait je ne trouve pas du tout que vous avez raison, comme je disais au début de mon message! ;-)

Écrit par : rigolaux | 01/07/2011

D'Arthur Clarke, j'ai lu "The City and the Stars", et c'est vrai que le style paraît plus poétique, plus travaillé. Mais j'avoue que j'ai lu dernièrement "The Stars, like Dust", d'Asimov, et que même si le style m'a paru un peu pauvre, la subtilité de l'intrigue et les visions du futur m'ont assez captivé pour que je finisse le livre, un peu avant, j'avais lu "Prelude to Foundation", un de ses derniers livres, et je l'ai trouvé superbe, de nouveau l'intrigue était à rebondissements et à mystères dévoilés à la fin, et qui plus est, l'énigme de l'intrigue même débouche sur un authentique mystère, celui d'un robot vivant durant des milliers d'années et dépositaire de la sagesse de l'homme, sorte de gardien secret et immortel de la civilisation, et j'ai trouvé cela sublime, plus que captivant, vraiment prenant. Cela débouche sur un mythe. L'intrigue était bien construite, et cela aussi, c'est un aspect de la rhétorique, dans le roman. Celui qui se perd dans le détail, parce qu'il veut le rendre en beau style, ne peut pas, à mon sens, mener efficacement une intrigue débouchant sur un mystère aussi profond, aussi fascinant. C'est écrit avec beaucoup d'intelligence. Dès que je vois un écrivain se bloquer lui-même sur du style, j'ai le sentiment qu'il ne parvient pas à approfondir assez son sujet pour déboucher sur du mythe. Or, construire un mythe convaincant et vivant, c'est le vrai but du style, selon moi. Ce qu'on appelle d'ordinaire le style, loin d'être une fin, me paraît être un simple moyen. Les fables créées par Clarke sont, c'est vrai, présentées avec un style plus beau, mais sont-elles plus crédibles, et sont-elles, somme toute, plus profondes, dans leur portée? Asimov était plat dans son style parce qu'il voulait rester sobre dans ses inventions, aussi; or, quoique moins grandiose, il me semble plus crédible que Clarke.

Écrit par : RM | 01/07/2011

J'en toucherais un mot à mon psychologue, même si je n'ai pas à vraiment parler de psychologue, néanmoins je lui en parleras quand même !

Allez, maintenant, allons tous en parler à nos psychologues !

Isaac parlait dans ses livres comme il parlait dans la vie et c'est ce que j'apprécie par dessus tout dans son style !

Mazeltov !

Écrit par : Corto | 02/07/2011

"Prelude to Foundation", un de ses derniers livres, et je l'ai trouvé superbe, de nouveau l'intrigue était à rebondissements et à mystères dévoilés à la fin, et qui plus est, l'énigme de l'intrigue même débouche sur un authentique mystère, celui d'un robot vivant durant des milliers d'années et dépositaire de la sagesse de l'homme, sorte de gardien secret et immortel de la civilisation, et j'ai trouvé cela sublime, plus que captivant, vraiment prenant. Cela débouche sur un mythe. L'intrigue était bien construite, et cela aussi, c'est un aspect de la rhétorique, dans le roman. Celui qui se perd dans le détail,

Écrit par : nike tn | 03/07/2011

un mot à mon psychologue, même si je n'ai pas à vraiment parler de psychologue, néanmoins je lui en parleras quand même !

Écrit par : nike tn | 03/07/2011

Ce qui est fascinant dans "Pebble in the sky" c'est qu'il y avait en dormance les germes de sa future Grande Histoire du Futur, lorsqu'il finit par bouler la boucle de ses grands cycles ("Fondation" et "les Robots") en les intégrant dans un ensemble plus ou moins cohérent avec l'aide de ses petits romans intermédiaires.
Quant au style, c'est un faux problème. Asimov, qui refusait la fausse modestie, se savait grandement intelligent et cultivé, mais avait compris très tôt que sa force résidait non seulement dans son imagination, mais aussi dans sa capacité à vulgariser la science (il était un orateur apprécié pour cela) qui permettait de rendre crédible les images futuristes et le "techno-babble" qu'il employait. Il revendiquait une écriture simple et efficace, se savait médiocre dans la narration de l'action et préférait passer par les dialogues (si on lit bien, on s'aperçoit ainsi que dans "Fondation", il ne se passe pas grand chose, tout est dit dans les discussions entre les personnages). Son humour et son côté profondément humaniste confèrent ainsi à son style désuet une grandeur rare.
Peut-être pas un "génie littéraire", mais l'un des plus grands écrivains du XXe siècle (en tous cas, le plus récompensé de tous les temps, le saviez-vous ?).

Écrit par : Vance | 05/07/2011

Ce qui est fascinant dans "Pebble in the sky" c'est qu'il y avait en dormance les germes de sa future Grande Histoire du Futur, lorsqu'il finit par bouler la boucle de ses grands cycles ("Fondation" et "les Robots") en les intégrant dans un ensemble plus ou moins cohérent avec l'aide de ses petits romans intermédiaires.
Quant au style, c'est un faux problème. Asimov, qui refusait la fausse modestie, se savait grandement intelligent et cultivé, mais avait compris très tôt que sa force résidait non seulement dans son imagination, mais aussi dans sa capacité à vulgariser la science (il était un orateur apprécié pour cela) qui permettait de rendre crédible les images futuristes et le "techno-babble" qu'il employait. Il revendiquait une écriture simple et efficace, se savait médiocre dans la narration de l'action et préférait passer par les dialogues (si on lit bien, on s'aperçoit ainsi que dans "Fondation", il ne se passe pas grand chose, tout est dit dans les discussions entre les personnages). Son humour et son côté profondément humaniste confèrent ainsi à son style désuet une grandeur rare.
Peut-être pas un "génie littéraire", mais l'un des plus grands écrivains du XXe siècle (en tous cas, le plus récompensé de tous les temps, le saviez-vous ?).

Écrit par : Vance | 05/07/2011

Pardon pour le doublon. Quant à Clarke, il avait des visions plus oniriques et un style plus riche mais qu'il canalisait mal. Comparez ses nouvelles, souvent fascinantes et percutantes, et des romans comme "2001", assez décousu. En revanche, "les Enfants d'Icare" et "la Cité & les Astres" sont de pures merveilles, nanties d'une forme de poésie mélancolique précieuse.

Écrit par : Vance | 05/07/2011

Oui, merci pour ton intervention, Vance. Personnellement, j'ai trouvé fabuleuses les visions de "The City and the Stars", et pleines de poésie, d'une poésie qu'Asimov n'atteint sans doute jamais, mais quand même, j'ai eu du mal à croire à ce futur extrêmement lointain, et certaines scènes m'ont paru s'enchaîner mal, ou de façon décevante. Il y a des conceptions grandioses, mais pas forcément assemblées en un tout très cohérent. Asimov m'a paru pouvoir établir un univers mieux tissé d'un point de vue global. Malgré une poésie moindre que chez Clarke, il y avait de la chaleur d'âme, chez Asimov, à travers son humour aussi, et son monde restait humain, quoiqu'enfoncé dans les espaces infinis qui effrayaient Blaise Pascal! La profusion rendait Clarke parfois un peu cauchemardesque.

Écrit par : RM | 05/07/2011

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