08/07/2011

Lamartine et le mythe de l’âme-sœur

Pygmalion.jpgLe roman autobiographique Raphaël, de Lamartine, a été réédité au mois de juin de cette année dans la collection Folio, chez Gallimard. On y découvre que pour son auteur, la valeur de l'amour n'était pas le plaisir des sens, ni même, comme dans le catholicisme, la production raisonnée d'enfants, mais était purement mystique: il s'agissait, dans l'amour de l'autre, de percevoir Dieu, d'assimiler l'être aimé à un être divin, et de trouver en lui une complémentarité qui glorifie chacun, en le faisant être plus que soi-même. La complémentarité entre les sexes, notamment, faisait retrouver l'être immortel de l'Homme, qui est antérieur, finalement, à la séparation initiale entre le mâle et la femelle. Cela fait écho à Platon, mais aussi à Dante, et à saint Paul, qui faisait de la femme le complément de l'homme.

L'être aimé crée donc, dans son âme, et par son amour même, un nouveau soi, comme dans ce passage: Combien de fois je la priai, comme on prie un tête d'une autre nature, de me laver dans une de ses larmes, de me brûler dans une de ses flammes, de m'aspirer dans une de ses respirations, pour qu'il ne restât plus rien de moi dans moi-même que l'eau purifiante dont elle m'aurait lavé, que le feu céleste dont elle m'aurait consumé, que le souffle nouveau dont elle aurait animé mon nouvel être! afin que je devinsse elle ou qu'elle devînt moi, et que Dieu lui-même en nous rappelant devant lui ne pût plus reconnaître ni séparer ce que le miracle de l'amour aurait transformé et confondu!...

Androgyne%20alchimique.jpgDans cette citation, on note que Raphaël fait de Julie une déesse, et que l'amour qu'il lui voue ressemble à celui que Jeanne Guyon, par exemple, vouait à Dieu: elle désirait être consumée en lui. Mais c'est dans l'espoir de renaître plus pur, plus beau, se sentant uni à l'autre, et, dans le même temps, à la divinité: tous les désirs pourraient être ainsi comblés, car en renaissant, il serait l'être idéal, possédant, dans sa nature même, la femme qu'il aime et l'astre qui l'éclaire - s'étant confondus avec l'un et l'autre. La femme aimée devient l'incarnation de l'ange gardien, qui est la figuration de l'étoile de la destinée.

L'amour avait donc ce pouvoir, cette faculté de faire des miracles, indépendante de Dieu même: indépendante des lois de l'univers que le divin Père énonce. La nature a créé deux êtres dissemblables, de sexe différent. L'amour apparaît secondairement, mais il triomphe de cette action. Il crée un monde nouveau, pour l'éternité.

L'expression de Lamartine est en tout cas d'une grande force.

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