16/07/2011

Moûtiers et saint Pierre de Tarentaise

4470_270x180.jpgJe suis allé à Moûtiers pour signer mon dernier livre - Muses contemporaines de Savoie -, et j'en ai profité pour visiter cette noble capitale de la Tarentaise.

Moûtiers est une ville industrielle qui fut autrefois un centre religieux important. La similitude avec Saint-Claude, dans le département du Jura, où j'ai vécu quelques années, m'a sauté aux yeux: dans les deux cas, il s'agit d'une ancienne théocratie dont le siège était au fond d'une vallée très encaissée, qui est devenue une cité industrielle, tandis que le tourisme profite davantage à des villages des hauteurs désormais soustraits à son influence. L'aspect extérieur en est pauvre. Les bâtiments les mieux entretenus abritent les représentants de l'administration centrale. Pendant ce temps, souvenir 50555_58603587418_2508083_n.jpgde l'ancienne aristocratie locale, une magnifique demeure de style tarin, carrée, au toit immense, descendant presque jusqu'à terre et se déployant en quatre pans distincts, tombe en ruine en plein centre ville.

La cathédrale, néanmoins, est en cours de restauration. D'illustre mémoire, elle fut instituée par Charlemagne! La figure principale y fut l'évêque saint Pierre de Tarentaise.

Cette vallée du duché de Savoie eut une sorte de prestige. Elle rayonnait, dans les esprits, d'une lumière pleine de couleurs qui s'élançait jusque par delà les sommets: on la voyait, depuis les vallées voisines; elle faisait l'étonnement de tous. C'était comme si les anges avaient déposé, au bord de l'Isère, une étoile, brillant au front de l'Évêque, et dont l'éclat se diffusait en permanence dans la cathédrale. La nuit, elle était comme une lanterne, pour tous les peuples!

L'essentiel de cette lumière a dû être placé dans l'art baroque local, très renommé: il est flamboyant, coloré - fabuleux. Il a en quelque sorte cristallisé l'éclat obscur de l'ancien temps. Comme il risquait de s'échapper - de se dissiper dans l'espace -, on a trouvé le moyen de le fixer dans ces œuvres d'art aux couleurs incroyables. François de Sales, très vénéré en Tarentaise, y fut pour beaucoup, je crois.

Les Ceutrons, ancêtres des Tarins, sont glorieux, par les hauts faits qu'on leur attribue; baroque_3.jpgplus d'un poète local les a chantés. Il est d'ailleurs étonnant de constater le grand nombre de poètes qui viennent de cette vallée aux pentes abruptes: il devait y avoir une qualité sainte, dans l'air qu'on respirait; il était comme rempli de sylphes - d'êtres gracieux du royaume de féerie. L'éther y allumait les âmes d'une façon merveilleuse!

Quand j'y suis allé, les pentes, au-dessus de la cathédrale, abruptes, étaient comme couvertes d'une abondante chevelure verte; une sorte d'éclat furtif passait de feuillage en feuillage, faisant comme de vivants et fins éclairs. J'en croyais à peine mes yeux!

L'Isère avait la teinte de l'émeraude. Selon Arnollet, poète de Moûtiers, l'archange saint Michel en personne la fit jaillir d'une montagne. Elle était le sang d'un Titan qu'il avait abattu.

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