28/07/2011

Lamartine et l’éther infini

Turner-William-Soleil-couchant-sur-un-lac.jpgDans Raphaël, Lamartine montre que la méditation transcendantale qui mêle l'âme à l'éther cosmique au travers de ce que les éléments en contiennent, lorsqu'on les contemple, lorsqu'on regarde avec piété les objets de la nature qui manifestent la beauté du monde - que cela, dis-je, n'est pas le propre des spiritualités orientales: cela existe aussi en Occident; le Romantisme l'a beaucoup développé. Souvenons-nous de ce merveilleux passage: Je m'assis sur le mur tapissé de lierre d'une immense et haute terrasse démantelée qui dominait alors le lac, les jambes pendantes sur l'abîme, les yeux errants sur l'immensité lumineuse des eaux qui se fondaient avec la lumineuse intensité du ciel. Je n'aurais pu dire, tant les deux azurs étaient confondus à la ligne de l'horizon, où commençait le ciel, où finissait le lac. Il me semblait nager moi-même dans le pur éther et m'abîmer dans l'universel océan. Mais la joie intérieure dans laquelle je nageais était mille fois plus infinie, plus lumineuse et plus incommensurable que l'atmosphère avec laquelle je me confondais ainsi. Cette joie ou plutôt cette sérénité intérieure, il m'aurait été impossible de me la définir à moi-même. C'était comme un secret sans fond qui se serait révélé en moi par des sensations et non par des mots; quelque chose de pareil sans doute à ce sentiment de l'œil qui entre dans la lumière après les ténèbres, ou d'une âme mystique qui croit posséder Dieu. Une lumière, un éblouissement, une ivresse sans vertige, une paix sans accablement et sans immobilité. J'aurais vécu dans cet état autant de milliers d'années que le lac déroulait de lames sur le sable de sa plage, sans m'apercevoir que j'aurais vécu plus de secondes que n'en occupait chacune de mes respirations. Ce doit être la cessation du sentiment de la durée du temps pour les immortels dans le ciel: une pensée immuable dans l'éternité d'un moment!...

MILLAIS-Ophelie.jpgNotons cependant que la tradition occidentale demeure, au sein de cette méditation qui doit quelque chose, assurément, à Rousseau méditant l'éternité face aux vagues infinies du lac de Bienne, et que, même, elle couronne l'envolée mystique du poète du Lac. Car, en dernière instance, Lamartine ne peut s'empêcher d'établir une comparaison entre lui-même et les immortels du ciel, les anges, ne voyant plus le temps passer. Il utilise la pensée pour tracer l'esquisse d'un mythe: celui de l'homme heureux, face au lac du Bourget, qui demeure immortel en méditation, tandis que le temps se déroule hors de son espace de perception: soudain, il prend le rythme du lac même, qui demeure inchangé au cours des millénaires. Cela rappelle ces légendes d'hommes se rendant au pays des fées, et vivant quelques jours parmi elles quand, au dehors, parmi les hommes, se déroulent plusieurs siècles. La fée qu'il va rencontrer sur le lac, on le sait, c'est Julie: la première fois qu'elle sera à la portée de sa main, elle est dans une barque remplie d'eau, évanouie, l'essentiel de son corps s'étendant sous le cristal liquide. Vision d'Ophélie, ou de Blanche-Neige dans son cercueil de verre - d'une fée, enfin. Un baiser la ramènera à la vie!

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