30/07/2011

Visite à Nyon

bronze-venus.jpgJe suis allé à Nyon voir les trois musées de la ville.

Dans le musée romain, j'ai trouvé fabuleuses les statuettes en bronze représentant Vénus, Apollon et Hécate. Elles servaient d'objets religieux portatifs à un Romain installé au bord du lac, concentrant la force des dieux figurés, et elles sont restées presque intactes, grâce à leur petite taille. Leur grâce est infinie; elles ont une dignité singulière. Ô ces dieux qui hantaient les airs entre la Terre et la Lune, et qui étaient le reflet terrestre des clartés du Ciel! Ils étaient comme des hommes parfaits et immortels, régnant sur les fées au sein du mystère des éléments; ces statuettes l'expriment bien.

Le château est joli, a des pièces en myriade, et on a depuis ses fenêtres de magnifiques vues, sur le lac couvert de charmants voiliers, ou sur la vieille place de Nyon, ceinte de beaux bâtiments blancs. Une sorte de vapeur argentée semblait, là, porter les souvenirs de nombreux siècles d'histoire. Quelques allusions à l'époque savoyarde du Pays de Vaud m'ont fait plaisir. Les barons de Vaud, princes de Savoie, ont souvent séjourné à Nyon.

Le musée du Léman m'a paru sympathique par ses maquettes de sous-marins, allusives notamment à Auguste Piccard, et qui m'ont rappelé les vieux rêves de la science-fiction: je trouve plus jolies ces machines vernies et en petit format qu'en vrai. Car, lorsqu'elles sont en marche, elles font du bruit, sentent mauvais, ne brillent que quand elles sont neuves, et puis nous sommes saturés de machines: il y en a trop. Mais il n'y a pas assez d'art. Or, finalement, en modèle réduit, ces engins montrent leur caractère charmant de poissons artificiels, de poulpes mécaniques.

JonasFriseNB.jpgMais ce que j'ai préféré, ce sont les espèces de boîtes vitrées montrant, au travers de maquettes et de figurines, les naufrages célèbres d'autrefois. C'était joli, et les tout petits espaces, encadrant les plus grands pour montrer les différentes phases ou aspects des catastrophes étaient gracieux. La plus grosse boîte montrait, sous la surface du lac, des sirènes emportant les malheureux marins vers les profondeurs, où régnaient d'énormes poissons d'allure baroque: j'adore cette façon de mêler l'histoire et le mythe, et d'exprimer un sentiment au travers de figures fabuleuses. Car les fonds obscurs des flots, qui ne rendent pas forcément les corps des défunts, semblent abriter des forces inconnues, que l'homme ne maîtrise pas, qui le défient toujours; l'abîme qui s'étend sous la surface fait peur, et des images inquiétantes en naissent nécessairement. Puisque c'est naturel, il faut l'assumer, et l'intégrer à l'ensemble de ce qu'on représente; les sirènes et les poissons géants, purs symboles, prolongent le réel dans l'inconnu, nourris par le pressentiment. Cette forme d'art populaire qui renvoie à ce qu'inspirent dans l'âme les choses mêmes, je la trouve sublime.

Nyon m'a toujours plu.

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28/07/2011

Lamartine et l’éther infini

Turner-William-Soleil-couchant-sur-un-lac.jpgDans Raphaël, Lamartine montre que la méditation transcendantale qui mêle l'âme à l'éther cosmique au travers de ce que les éléments en contiennent, lorsqu'on les contemple, lorsqu'on regarde avec piété les objets de la nature qui manifestent la beauté du monde - que cela, dis-je, n'est pas le propre des spiritualités orientales: cela existe aussi en Occident; le Romantisme l'a beaucoup développé. Souvenons-nous de ce merveilleux passage: Je m'assis sur le mur tapissé de lierre d'une immense et haute terrasse démantelée qui dominait alors le lac, les jambes pendantes sur l'abîme, les yeux errants sur l'immensité lumineuse des eaux qui se fondaient avec la lumineuse intensité du ciel. Je n'aurais pu dire, tant les deux azurs étaient confondus à la ligne de l'horizon, où commençait le ciel, où finissait le lac. Il me semblait nager moi-même dans le pur éther et m'abîmer dans l'universel océan. Mais la joie intérieure dans laquelle je nageais était mille fois plus infinie, plus lumineuse et plus incommensurable que l'atmosphère avec laquelle je me confondais ainsi. Cette joie ou plutôt cette sérénité intérieure, il m'aurait été impossible de me la définir à moi-même. C'était comme un secret sans fond qui se serait révélé en moi par des sensations et non par des mots; quelque chose de pareil sans doute à ce sentiment de l'œil qui entre dans la lumière après les ténèbres, ou d'une âme mystique qui croit posséder Dieu. Une lumière, un éblouissement, une ivresse sans vertige, une paix sans accablement et sans immobilité. J'aurais vécu dans cet état autant de milliers d'années que le lac déroulait de lames sur le sable de sa plage, sans m'apercevoir que j'aurais vécu plus de secondes que n'en occupait chacune de mes respirations. Ce doit être la cessation du sentiment de la durée du temps pour les immortels dans le ciel: une pensée immuable dans l'éternité d'un moment!...

MILLAIS-Ophelie.jpgNotons cependant que la tradition occidentale demeure, au sein de cette méditation qui doit quelque chose, assurément, à Rousseau méditant l'éternité face aux vagues infinies du lac de Bienne, et que, même, elle couronne l'envolée mystique du poète du Lac. Car, en dernière instance, Lamartine ne peut s'empêcher d'établir une comparaison entre lui-même et les immortels du ciel, les anges, ne voyant plus le temps passer. Il utilise la pensée pour tracer l'esquisse d'un mythe: celui de l'homme heureux, face au lac du Bourget, qui demeure immortel en méditation, tandis que le temps se déroule hors de son espace de perception: soudain, il prend le rythme du lac même, qui demeure inchangé au cours des millénaires. Cela rappelle ces légendes d'hommes se rendant au pays des fées, et vivant quelques jours parmi elles quand, au dehors, parmi les hommes, se déroulent plusieurs siècles. La fée qu'il va rencontrer sur le lac, on le sait, c'est Julie: la première fois qu'elle sera à la portée de sa main, elle est dans une barque remplie d'eau, évanouie, l'essentiel de son corps s'étendant sous le cristal liquide. Vision d'Ophélie, ou de Blanche-Neige dans son cercueil de verre - d'une fée, enfin. Un baiser la ramènera à la vie!

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24/07/2011

Exposition Nabis à Lausanne

img_Le-debarcadere-a-Cannes_Pierre-BONNARD_ref~N1442_mode~zoom.jpgAu musée de l'Hermitage, à Lausanne, la collection de peinture d'un couple de mécènes est actuellement présentée; je suis allé la voir. Ceux qui font des dons aux peintres qu'ils aiment sont des sortes de saints laïques et on a raison de les célébrer.

L'importance, au sein de ce groupe des Nabis, d'Odilon Redon et de sa conception de la peinture se traduit par une forme d'influence souterraine. Car, alors qu'il prenait des sujets fabuleux, relatifs à la mythologie ou à la religion, Bonnard, par exemple, se contente de sujets pris dans la nature sensible, qu'il essaye néanmoins de transfigurer en les noyant dans le flou du rêve, et en faisant ressortir les couleurs, en les rendant plus profondes qu'en réalité. Un de ses tableaux montrant des gens sur un débarcadère, devant la mer et une autre rive violette, m'a particulièrement plu. Cela m'a rappelé les plus Pierre_Auguste_Renoir_Noirmoutier.jpgbelles pages de Marcel Proust. La démarche est au fond la même: par la couleur, l'image, sublimer le souvenir en le liant à un monde enchanté.

Quelques tableaux de Renoir, faisant d'un simple bois une sorte de jungle primitive, foisonnante et colorée, m'ont également charmé. Et puis, au dernier étage, deux tableaux de Rouault m'ont frappé; l'un d'eux, évoquant une rue orientale à travers de grosses bandes de couleurs sombres, a immédiatement ressuscité en moi le souvenir d'un rêve que j'avais fait, et qui se passait en Afrique: des bâtiments à demi ruinés étaient ceints d'hommes en armes.

Un tableau de Bonnard met en scène des faunes, des nymphes: je n'ai pas reconnu le rayonnement singulier de ces êtres, dans son tableau; cela m'a paru artificiel. Mais cela témoignait de toute façon du désir du peintre de saisir l'essence élémentaire des choses, de montrer, à travers les objets, les éléments qui les constituent, au sein de l'éther. Les contours en sont donc forcément noyés.

amazone.jpgCela ne rend pas les formes forcément flottantes pour autant, et les tableaux de Matisse m'ont laissé sceptique: je trouve que les lignes en sont plus relâchées que réellement libres. Mais j'ai vu dans la librairie du musée qu'Aragon (grande référence de la littérature parisienne) lui avait consacré tout un livre admiratif, et je connais des gens qui l'adorent. Je n'en dirai donc pas de mal.

Félix Vallotton est amusant; il crée des atmosphères assez oniriques, aussi, avec ses couleurs décalées et tout d'un bloc. Mais on ne respire pas forcément beaucoup, dans cet univers clos. Il est autre, et il trouble, mais il ne fait pas forcément envie: il ne crée pas le désir de s'y fondre. J'ai plus aimé Bonnard.

L'Amazone de Manet est également très convaincante; elle a la dignité des légendaires guerrières prêtresses de Diane, tout en étant vêtue de façon moderne; une vague mélancolie est sur elle. La nature autour de son visage est comme dissoute; la femme seule se matérialise. Une exposition à voir.

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22/07/2011

Art baroque à Evian

Mars Rubens.jpgJe suis allé voir l'exposition, à Evian, de la collection d'art baroque des princes de Liechtenstein, et il est remarquable que les sujets religieux y soient assez rares. Les scènes mytholo-giques dominent, et même les tableaux réalistes étaient alors conçus pour idéaliser la nature. D'ailleurs la my-thologie, à laquelle plus personne ne croyait, était elle aussi regardée comme devant embellir les choses, l'histoire - le monde physique. Elle était l'expression de sa beauté; les dieux étaient placés dans sa sphère.

Une scène réellement religieuse a pourtant été peinte par Rubens, et il est troublant de constater que c'est l'une de celles qui ont le plus frappé les esprits, car il s'agit de religion antique, mais personne, précisément, n'y voit plus rien de religieux: Mars, sous la forme d'un beau et mâle guerrier à la cape rouge volant au vent, se précipite vers une jolie femme aux voiles légers qui a l'air d'implorer sa présence. Elle vient de l'invoquer en faisant brûler quelque offrande propitiatoire au pied de sa statue. Et lui, porté par un rayon divin, se matérialise, et accourt vers elle, un air plein de compassion au visage. L'amour est entre eux.

La belle cape du dieu le lie aux éléments d'en haut, et rappelle tous les vêtements qui sont battus par le vent dans les Métamorphoses d'Ovide. Il faut savoir que le christianisme disait qu'en réalité les dieux de l'Olympe étaient des démons de l'air. Mais Rubens n'en voulait pas moins leur rendre leur antique charme, lié aux voluptés terrestres.

ti02.jpgLes paysages sont beaux à pleurer, d'une lumineuse profondeur, avec ses temples silencieux et ses forêts obscures. Les fêtes galantes semblent confondre les êtres humains peints avec les nymphes et les faunes de l'antiquité, car ils colorent de leurs habits et de leurs visages clairs les ombrages forestiers, étant à l'orée des bois profonds. Le mystère semble s'étendre au-delà: dans l'ombre, on s'aime déjà un peu. Cela rappelle Rousseau.

Les femmes sont blanches et scintillantes, leurs robes sont flamboyantes; parfois, on ressent de la mélancolie: à côté des femmes d'albâtre, pures comme des anges, sont des hommes sombres, pareils aux satyres, sous le regard de dieux de pierre qui semblent vivants, mais indifférents; ils laissent s'écouler, étant souvent des fontaines, une eau pure et lustrale, idéale.

Une nature morte incroyable m'a stupéfait: dans l'obscurité, les coupes brandissent leur or, leur argent, et les fruits et les jus prenaient des teintes vives, rayonnantes, comme si une force magique était en eux; le fond était obscur, et les grains de raisin et la pulpe d'orange semblaient être des pierres précieuses données par les fées, tant ils luisaient: ils avaient leur éclat propre. La nature était regardée comme abritant une puissance secrète, dont l'origine était inconnue. On ne voulait plus la rattacher aux mystères du christianisme. Cela renforce le sentiment d'une énigme profonde, qui instaure une forme de souffrance: quelque chose de miraculeux semble à portée, et s'échappe continuellement.

Cela se recoupe bien avec l'art littéraire et théâtral du classicisme français, Racine, Corneille, La Fontaine. Un charme divin se répand sur les choses, sans que les dieux apparaissent, sinon de façon déjà bien matérialisée, comme s'il s'agissait seulement d'hommes divinisés.

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20/07/2011

La Russie selon Rivière

25913-003-FC23F57E.gifOn m'a donné récemment un petit livre de Jacques Rivière, paru aux éditions de l'Aire, sur la Russie, rassemblement de notes écrites en 1916, et Rivière montre que le peuple russe a le sens de la communauté; pour lui, la propriété privée et individuelle n'a pas la même valeur qu'en France. Il s'ensuit une qualité et un défaut. La qualité est que les Russes sont toujours prêts à donner à autrui ce qui leur appartient; le défaut est que, pour eux, le vol n'a pas la même gravité que pour un Français. Mais, pour Jacques Rivière, qui était catholique fervent, ce sens de la communauté est christique: les larrons, du reste, ne sont pas si maltraités par l'Évangile; quant au don de soi et à la pauvreté d'âme, le peu d'attachement à ce qui n'a qu'une valeur transitoire - les biens de ce monde -, ils correspondent aussi aux vertus évangéliques.

D'ailleurs, car dans ce qui guide obscurément le peuple, l'âme russe met spontanément un dieu, tandis que l'individu français n'est mû que par des pulsions animales - l'intérêt égoïste.Coq_gaulois-statue.jpg Sur les Gaulois, il a ce bon mot: Toutes les difficultés de l'histoire de France viennent de la nécessité de faire vivre ensemble sans coups de bec tous ces petits coqs. Mais il néglige ce qui relie l'âme individuelle à la divinité, et qui fut tant exploré par le romantisme. Celui-ci était effacé de la culture des hommes de son temps; on se référait alors soit au classicisme - le siècle de Louis XIV -, soit à l'époque contemporaine. Or, de mon point de vue, le lien avec la divinité qu'on voyait dans la volonté du Prince sous la monarchie absolue a été transféré, à la fin du dix-neuvième siècle, vers l'État.

Rivière assure que le sentiment individuel ne pourra au fond jamais se renforcer en Russie, que le sens de la communauté est un trait éternel du peuple. Les trais nationaux sont figés, à ses yeux. Il en donne comme preuve la forme des langues, comme si celles-ci n'évoluaient pas, ne pouvaient pas changer sans aussitôt devenir autres. Une langue, en passant d'un état à l'autre, devient à ses yArmoiries-619aa.jpgeux une autre langue.

Dans les faits, il n'en est pas ainsi: les évolutions sont continues; les changements soudains ne sont que des effets d'optique, seules des phases successives apparaissant à l'écrit, comme un dos de baleine n'émergeant que de temps à autre; mais l'esprit trace le chemin qu'elle effectue sous l'eau à partir des fragments qu'il perçoit. Il n'y a qu'une seule baleine, et non plusieurs montrant à chaque fois leur dos propre!

Je crois plutôt, comme Teilhard de Chardin, que les peuples sont amenés à synthétiser leurs qualités, et que, venant en quelque sorte d'Orient, le sentiment du divin global peut s'insérer dans l'individu et lui faire aimer, plus que sa propriété privée matérielle, la maison particulière qui lui est réservée dans la cité du ciel! Le collectivisme et l'individualisme ne sont pas inconciliables: il s'agit seulement de savoir ce qui, parmi les hommes, est propre à chacun, et ce qui est propre à tous, et d'équilibrer les deux.

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16/07/2011

Moûtiers et saint Pierre de Tarentaise

4470_270x180.jpgJe suis allé à Moûtiers pour signer mon dernier livre - Muses contemporaines de Savoie -, et j'en ai profité pour visiter cette noble capitale de la Tarentaise.

Moûtiers est une ville industrielle qui fut autrefois un centre religieux important. La similitude avec Saint-Claude, dans le département du Jura, où j'ai vécu quelques années, m'a sauté aux yeux: dans les deux cas, il s'agit d'une ancienne théocratie dont le siège était au fond d'une vallée très encaissée, qui est devenue une cité industrielle, tandis que le tourisme profite davantage à des villages des hauteurs désormais soustraits à son influence. L'aspect extérieur en est pauvre. Les bâtiments les mieux entretenus abritent les représentants de l'administration centrale. Pendant ce temps, souvenir 50555_58603587418_2508083_n.jpgde l'ancienne aristocratie locale, une magnifique demeure de style tarin, carrée, au toit immense, descendant presque jusqu'à terre et se déployant en quatre pans distincts, tombe en ruine en plein centre ville.

La cathédrale, néanmoins, est en cours de restauration. D'illustre mémoire, elle fut instituée par Charlemagne! La figure principale y fut l'évêque saint Pierre de Tarentaise.

Cette vallée du duché de Savoie eut une sorte de prestige. Elle rayonnait, dans les esprits, d'une lumière pleine de couleurs qui s'élançait jusque par delà les sommets: on la voyait, depuis les vallées voisines; elle faisait l'étonnement de tous. C'était comme si les anges avaient déposé, au bord de l'Isère, une étoile, brillant au front de l'Évêque, et dont l'éclat se diffusait en permanence dans la cathédrale. La nuit, elle était comme une lanterne, pour tous les peuples!

L'essentiel de cette lumière a dû être placé dans l'art baroque local, très renommé: il est flamboyant, coloré - fabuleux. Il a en quelque sorte cristallisé l'éclat obscur de l'ancien temps. Comme il risquait de s'échapper - de se dissiper dans l'espace -, on a trouvé le moyen de le fixer dans ces œuvres d'art aux couleurs incroyables. François de Sales, très vénéré en Tarentaise, y fut pour beaucoup, je crois.

Les Ceutrons, ancêtres des Tarins, sont glorieux, par les hauts faits qu'on leur attribue; baroque_3.jpgplus d'un poète local les a chantés. Il est d'ailleurs étonnant de constater le grand nombre de poètes qui viennent de cette vallée aux pentes abruptes: il devait y avoir une qualité sainte, dans l'air qu'on respirait; il était comme rempli de sylphes - d'êtres gracieux du royaume de féerie. L'éther y allumait les âmes d'une façon merveilleuse!

Quand j'y suis allé, les pentes, au-dessus de la cathédrale, abruptes, étaient comme couvertes d'une abondante chevelure verte; une sorte d'éclat furtif passait de feuillage en feuillage, faisant comme de vivants et fins éclairs. J'en croyais à peine mes yeux!

L'Isère avait la teinte de l'émeraude. Selon Arnollet, poète de Moûtiers, l'archange saint Michel en personne la fit jaillir d'une montagne. Elle était le sang d'un Titan qu'il avait abattu.

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14/07/2011

Hymne du 14 Juillet

bastille.jpgAujourd'hui, 14 juillet 2011, c'est, en France, la fête nationale et la commémoration de la prise de la Bastille, à Paris. On sait que Victor Hugo a tracé, à ce sujet, les contours d'une mythologie nouvelle, en faisant, dans La Fin de Satan, de la Bastille l'œuvre d'une divinité maléfique, qui s'incarna sous les traits de Lilith puis d'Isis, à laquelle selon certains on eût rendu un culte, à Paris même, dans les temps anciens. Hugo dit que l'ange de la Liberté, radieux et beau, est venu, et a éclairé la femme voilée, et que, sous le voile, un horrible squelette est apparu, et que les rayons éblouissants de l'ange l'ont désintégré, consumé, anéanti.

On sait peut-être aussi que j'eusse aimé que la République de France ne tombât pas dans un matérialisme étroit, et poursuivît sur cette lancée, allât plus loin encore que Victor Hugo sur ce chemin de la création d'une mythologie, à travers des épopées, des poèmes, des hymnes, des odes. L'occasion est donc venue de publier ici un poème en l'honneur du beau génie de la liberté que sur la place de la Bastille, à Paris, on a honoré d'une statue dorée, sise sur une grande colonne verte, appelée justement Colonne de Juillet:

le-genie-de-la-liberte-495416523-759070.jpgÔ génie immortel de la liberté sainte,
Tu te meus dans l'éther et gardes la Cité
Comme un ange envoyé par les dieux dans la crainte
Que les forces du mal en chassent la beauté:

De cent failles sans nom s'élèvent des vapeurs
Jaunâtres que remplit une horde de formes
Effroyables sous le ciel, et leur bouche dit: Meurs!
- Et sur les cœurs se referment leurs doigts énormes.

Alors, ô guerrier d'or aux ailes éclatantes,
Tu t'élances d'un trait vers ces larves rampantes,
Et leur jettes ta foudre, et les mets en morceaux:

Car l'étoile à ton front fait jaillir mille flammes
Dès que l'enfer paraît, et soudain des monceaux
De monstres abattus sont perçus par les âmes!

 Cet esprit qui veille sur Paris, puisse-t-il souvent s'éveiller, grâce à la foi de ses habitants!

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12/07/2011

Des idoles et des dieux

Reliquaire01.jpgJe suis allé voir l'exposition sur l'Art ancestral du Gabon, au musée Barbier-Mueller, et j'ai beaucoup aimé ces figures, qui étaient celles de défunts perçus depuis la strate de l'âme qui est réputée, au Gabon, entretenir avec le monde des morts un rapport étroit. On représente en particulier les hommes dont on se souvient encore comme ayant eu des vertus. Ils possèdent un pouvoir qu'on peut qualifier de divin, désormais: ils protègent ceux qui les vénèrent.

Certaines figures semblent liées aux esprits des éléments: on dirait des déesses, des fées - des êtres qui commandent à des éléments qu'on regarde comme porteurs du principe féminin. L'une d'entre elles est magnifique, digne de Diane, déesse de la lumière lunaire. La contempler remue l'âme en profondeur, dans un endroit qui sans doute lui ressemble; mais on ne peut l'exprimer aisément.

Ces figures impressionnantes révèlent toujours quelque chose de soi. Les masques aux traits stylisés renvoient à des qualités qu'on ne voit pas de ses yeux physiques; ils figurent ce qui demeure de l'âme une fois le corps dissout. On peut parler d'idéalisation: des panaches et des auréoles lient les êtres sculptés aux forces obscures de l'univers. Car derrière ces sortes de fantômes, il existe encore des êtres qu'on ne représente jamais.

Si on descend l'escalier de ce petit musée de la rue Calvin, on parvient devant des figures sacrées de la Nouvelle-Guinée et de la Papouasie. Un panneau explique que les artistes de ces pays ne représentaient pas les dieux que le peuple vénérait: étant purement spirituels, ils ne peuvent prendre une forme distincte. On ne sculptait que des hommes ou des femmes qui durant leur vie avaient été Roof_Finial_Figure.jpgporteurs d'un élément divin, qui leur demeurait après leur mort. Leur forme, dans le monde des morts, était tirée vers le di-vin, mais elle restait humaine. Tant qu'on gardait d'eux un souvenir, notamment!

Le rapport avec les peuples antiques est frappant. Les Romains avaient commencé eux aussi par interdire la représentation sensible des dieux, les statues étant réservées aux hommes porteurs de la force divine: les empereurs. Plutarque le dit. Mon sentiment est qu'il en a d'abord été ainsi également chez les Grecs.

L'image est comme un repère, un signe, dans la nuit de l'âme, montrant une direction; les défunts, les saints, les héros, aussi. Le beau même est comme la cristallisation, dans les nappes terrestres, du rayonnement céleste. Et, quoique ces figures du musée Barbier-Mueller puissent être effrayantes, comme l'est le monde des morts même, elles ne manquent pas de grandeur, de beauté, de noblesse.

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08/07/2011

Lamartine et le mythe de l’âme-sœur

Pygmalion.jpgLe roman autobiographique Raphaël, de Lamartine, a été réédité au mois de juin de cette année dans la collection Folio, chez Gallimard. On y découvre que pour son auteur, la valeur de l'amour n'était pas le plaisir des sens, ni même, comme dans le catholicisme, la production raisonnée d'enfants, mais était purement mystique: il s'agissait, dans l'amour de l'autre, de percevoir Dieu, d'assimiler l'être aimé à un être divin, et de trouver en lui une complémentarité qui glorifie chacun, en le faisant être plus que soi-même. La complémentarité entre les sexes, notamment, faisait retrouver l'être immortel de l'Homme, qui est antérieur, finalement, à la séparation initiale entre le mâle et la femelle. Cela fait écho à Platon, mais aussi à Dante, et à saint Paul, qui faisait de la femme le complément de l'homme.

L'être aimé crée donc, dans son âme, et par son amour même, un nouveau soi, comme dans ce passage: Combien de fois je la priai, comme on prie un tête d'une autre nature, de me laver dans une de ses larmes, de me brûler dans une de ses flammes, de m'aspirer dans une de ses respirations, pour qu'il ne restât plus rien de moi dans moi-même que l'eau purifiante dont elle m'aurait lavé, que le feu céleste dont elle m'aurait consumé, que le souffle nouveau dont elle aurait animé mon nouvel être! afin que je devinsse elle ou qu'elle devînt moi, et que Dieu lui-même en nous rappelant devant lui ne pût plus reconnaître ni séparer ce que le miracle de l'amour aurait transformé et confondu!...

Androgyne%20alchimique.jpgDans cette citation, on note que Raphaël fait de Julie une déesse, et que l'amour qu'il lui voue ressemble à celui que Jeanne Guyon, par exemple, vouait à Dieu: elle désirait être consumée en lui. Mais c'est dans l'espoir de renaître plus pur, plus beau, se sentant uni à l'autre, et, dans le même temps, à la divinité: tous les désirs pourraient être ainsi comblés, car en renaissant, il serait l'être idéal, possédant, dans sa nature même, la femme qu'il aime et l'astre qui l'éclaire - s'étant confondus avec l'un et l'autre. La femme aimée devient l'incarnation de l'ange gardien, qui est la figuration de l'étoile de la destinée.

L'amour avait donc ce pouvoir, cette faculté de faire des miracles, indépendante de Dieu même: indépendante des lois de l'univers que le divin Père énonce. La nature a créé deux êtres dissemblables, de sexe différent. L'amour apparaît secondairement, mais il triomphe de cette action. Il crée un monde nouveau, pour l'éternité.

L'expression de Lamartine est en tout cas d'une grande force.

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06/07/2011

Seul contre la multitude des sages

jan_va10.jpgDans le second livre des Chroniques, dans la Bible, il est raconté l'histoire de Michée qui fut consulté par Josaphat et Achab, les rois de Juda et d'Israël, et qui refusait en général d'annoncer à Achab les mêmes heureuses choses que les autres prophètes qu'il consultait. L'envoyé du roi qui alla le chercher lui précisa bien que pour ce qui était d'attaquer la Syrie, tous les prophètes avaient déjà annoncé aux deux rois un heureux dénouement, et qu'il serait bien inspiré de les imiter.

Ce à quoi il répondit, dans la version latine de saint Jérôme: Vivit Dominus! Quia quodcumque dixerit mihi Deus meus, hoc loquar. Ce que je dirai, c'est ce que le dieu qui est le mien m'aura dit. Non autre chose: les sages n'ont pas plus d'autorité que Dieu même, mais moins. Le dieu qui parle à la conscience de l'être humain est plus important que celui qui passe par la bouche des sages qui vont dans le sens souhaité par les rois.

Cependant, Achab demande ensuite à Michée comment il se fait que les autres prophètes annoncent autre chose que lui. Il répond qu'il a eu une vision, et qu'il a dieu-14,bWF4LTQyMHgw.jpgvu Yahvé trôner au milieu de son armée céleste, située à sa droite et à sa gauche, et qu'il l'a vu demander à ces esprits s'il y en avait qui savaient comment induire Achab en erreur, parce que telle était sa volonté. Plusieurs ont proposé différents moyens, et l'un a reçu l'approbation du maître éternel de toute chose, parce qu'il a prévu de répandre l'esprit du mensonge parmi les prophètes du roi. Dieu lui dit, en effet: Va, descends, et agis de la façon que tu as conçue!

Naturellement, ayant écouté ce récit, les prophètes de cour, si je puis dire, sont furieux, et l'un d'entre eux frappe Michée à la mâchoire; le roi même le fait mettre en prison, au pain sec et à l'eau, jusqu'à, dit-il, qu'il revienne victorieux de sa campagne contre les Syriens! Michée répond que s'il est effectivement victorieux, c'est que Dieu ne lui aura pas réellement parlé. Mais Achab a le cou percé d'une flèche jetée au hasard par un simple soldat, et il meurt dès la première journée de combat - au moment où le soleil se couche, dit le texte.

Une histoire magnifique. Car il n'est pas vrai que ce soit l'âme de l'État qui inspire la vérité à ceux qui savent la voir; ce qui est collectivement souhaité n'est pas forcément ce qui est vraiment.

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04/07/2011

Hector Berlioz & The Tree of Life

berlioz-02.jpgDans The Tree of Life, de Terrence Malick, la musique d'Hector Berlioz était très présente. On a pu reconnaître Harold en Italie - l'accomplissement de l'homme au-delà des lois - et le Requiem - le repos du cosmos même, la voix des anges! Berlioz est un compositeur grandiose, que j'adore, et que n'aiment pas toujours les beaux esprits: François Mitterrand, par exemple, le goûtait peu, disant lui préférer Debussy. Mais je pense que Mitterrand aimait la culture d'une façon très conventionnelle. Pour moi, Berlioz était un génie. Mais le romantisme dont il participait a été rejeté par le matérialisme du vingtième siècle.

Le choix de Berlioz, de la part de Malick, est un signe. J'ai déjà essayé de montrer que ses films rappelaient beaucoup l'œuvre de Lamartine. Il s'agit de purs élans de l'âme, de forces intérieures grandioses qui peuvent mener au bout de l'univers, remonter le temps à l'origine des choses ou au contraire transporter jusqu'à la fin ultime.

Berlioz était peut-être plus imagé que Lamartine, ou même Malick: il aimait, comme Hugo, comme Chateaubriand, ce qui était haut en couleur tout en étant porteur d'une force mystique. Il n'a pas fait par hasard un opéra du Faust de Gœ the traduit par Gérard de Nerval. A la fin, il a ajouté le chœur des démons, leur faisant prononcer une langue inconnue, trouvée dans les visions de La-damnation-de-Faust.jpgSwedenborg. Ce grandiose, cosmique et mythologique, déplaisait à Mitterrand, qui prônait à l'égard du monde divin une forme de sobriété bourgeoise qu'on regarde communément comme une forme de dignité de la philosophie agnostique. Moi, je trouve que c'est fantastique. La Symphonie fantastique, du même Berlioz, tend du reste à évoquer des fantômes, des spectres. En musique, c'est un monde fabuleux; comme il n'y avait que des sons, il pouvait se permettre de grandes libertés. Pour autant, de son temps même, il fut souvent rejeté.

L'un des plus beaux passages de La Damnation de Faust est le chant à la Nature, juste avant que le malheureux docteur ne soit emporté par les démons, au milieu d'une allée de fantômes, de spectres errants, d'âmes du purgatoire, comme au sein d'un cauchemar. Faust célèbre les forêts, les montagnes, les étoiles, comme pouvant, seuls, combler ses plus profonds désirs. On entend alors rouler le tonnerre, bondir les cascades, et Berlioz livre la musique cachée des choses.

Il était bariolé, sans doute; mais Malick en a saisi le grandiose.

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01/07/2011

La maîtrise vraie de l’atome selon Isaac Asimov

coruscant_from_space_small.jpgDans le roman d'Isaac Asimov Pebble in the Sky, le lecteur est transporté dans un futur tellement lointain que l'homme, après avoir colonisé l'ensemble de la galaxie, ne sait plus exactement d'où il vient; les autorités scientifiques prennent pour une légende infondée, défendue seulement par quelques mystiques échevelés, qu'il est originaire de la planète Terre, simple monde excentré de la Voie Lactée - bien loin de la capitale de l'Empire, dont découle toute civilisation authentique!

L'humour d'Asimov est fabuleux.

Mais il ajoute que la Terre est la seule planète habitée qui soit remplie de radioactivité, et on émet l'hypothèse que celle-ci a été installée artificiellement par l'homme lui-même, et que cela fait suite à une exploitation incontrôlée de l'énergie nucléaire. De fait, dans ce futur lointain, l'homme a appris sans aucune espèce de problème à circonscrire les effets néfastes et dangereux de cette industrie - que, certes, il ne faut pas diaboliser, mais qui donne l'impression qu'on est incapable de la maîtriser réellement et complètement.

Un personnage du roman d'Asimov, à un autre qui a peine à croire que la Terre a été empoisonnée par la radioactivité créée par l'homme, dit ceci: Naturally, sir, you tend to unapocalypse.jpgderestimate nuclear reactions because you're living in the present, when they're so easily controlled. But what if someone - or some army - used such weapons before the defense had been worked out? L'ironie d'Asimov est sublime, puisqu'il désigne réellement notre présent, le présent du personnage apparaissant comme incertain - conjectural.

On pourra me faire valoir qu'il parle du nucléaire militaire, et pense à une déflagration d'origine conflictuelle. Mais voyons: la nature aussi peut être en guerre contre l'humanité, comme on l'a vu au Japon récemment. Et il apparaît alors que la radioactivité ne peut pas être contrée, annulée, circonscrite. La nature a déclenché l'explosion atomique; et l'homme lui en a donné les moyens, sans être encore à même de les contrer aucunement. On veut trop vite exploiter la connaissance, avant de l'avoir approfondie: on préfère s'imaginer qu'on a déjà tout compris!

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