08/08/2011

Château de Chillon et comtes de Savoie

Suisse,%20Montreux,%20Chateau%20de%20Chillon%20(3).jpgJe suis allé il y a quelques jours au château de Chillon, et il est grand et beau, et les liens du pays avec les princes de Savoie y sont livrés avec beaucoup d'éclat: on y rappelle que l'anneau de saint Maurice était l'emblème des rois de Bourgogne, qui étaient sacrés dans l'abbaye de Saint-Maurice, et que les moines de cette abbaye ont donné aux comtes de Savoie cet objet, pour marquer qu'ils étaient précisément les vrais héritiers du royaume de Bourgogne. Saint-Maurice et Chillon étaient, au treizième siècle - date la plus importante pour la construction de la forteresse -, tous deux dans le Chablais, dont le nom signifie bout du lac. Pour le Chablais actuel, cela n'a plus beaucoup de sens; certains croient que le vrai sens d'un mot se décèle dans son origine, mais ce n'est pas réellement le cas, à mon avis.

Le château de Chillon est idéalement aménagé pour les visiteurs: c'est un labyrinthe; il constitue un monde à soi seul: une véritable cité, quoique d'un seul bloc.

L'histoire de sa restauration est remarquable. L'État l'a longtemps soutenue, avant que la Fondation Chillon ne prenne le relais, et je crois que c'est ainsi qu'on devrait fondamentalement concevoir les choses: le rôle de l'État, dans la Culture, ou le Patrimoine, devrait être regardé comme provisoire, et considéré comme un soutien en profondeur avant qu'un système privé chateau-chillon-underground-dungeon_1.jpgviable, mêlant, grâce à l'enthousiasme de ses animateurs, dons directs et revenus d'exploitation, n'aboutisse. Il est pour moi aberrant de regarder l'État comme devant être le propriétaire définitif d'un édifice à vocation culturelle. Dans certains endroits, c'est la règle, mais, à mes yeux, c'est une de ces règles dont Voltaire disait: quoi de plus sacré qu'un ancien abus? Ce qui s'est passé pour le château de Chillon doit apparaître, selon moi, comme la vraie règle - l'idéal vers lequel tendre, qu'on parvienne ou non à l'atteindre -, et que ce soit l'un des plus beaux châteaux médiévaux que j'aie vus d'emblée le confirme, à mes yeux. Je ne pense pas qu'on puisse dire que ceux des départements de Savoie et de Haute-Savoie l'égalent; en leur sein, l'abbaye d'Hautecombe, qui date du dix-neuvième siècle, est la merveille principale. Aucun monument ne rend mieux hommage à la Savoie médiévale que le château de Chillon.

08:03 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook

Commentaires

Super article et superphotos. Vous qui savez beaucoup sur l'histoire savoyarde, savez-vous si Anne de Lusignan, femme de Louis 1er de Savoie est enterrée à l'abbaye d'Hautecombe? Elle avait été enterrée dans la chapelle de Sainte-Marie-de-Bethléem du couvent de Rive (Genève), dans une robe de bure comme elle l'avait souhaité. Après cela, j'ai perdu sa trace! Mais le récent rapport de fouille cite la découverte de plusieurs squelettes. Le couvent se trouvait sur l'emplacement de la FNAC, mais la chapelle était construite à l'angle de la rue d'Italie et de celle du Vieux-Collège. Pendant longtemps, un petit pommier du Japon ornait ce coin fort à propos, mais il a disparu lors de divers travaux. Le couvent fut transformé en grenier à blé après avoir été utilisé par Jean Calvin qui y donnait des conférences; ce fut aussi le premier collège, avant la construction de l'actuel.

Écrit par : NIN.À.MAH | 08/08/2011

Merci de ce bel article et des superbes photos qui l'illustrent, Rémi.
Quant à votre propos sur les relations entre l'Etat, les fondations privées et le patrimoine culturel, je le trouve intéressant. Il mériterait peut-être quelques nuances. Mais l'idée serait à creuser. Avez-vous songé à la manière de rendre propice une telle démarche?

Bien à vous, Hélène

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 08/08/2011

Merci à vous, pour vos compliments.

Je ne sais plus où a été ensevelie Anne de Chypre, mais pour Hautecombe, cela m'étonnerait, il me semble que lorsque les comtes de Savoie sont devenus ducs, ils ont arrêté de s'y mettre, et peut-être bien que la logique, jusqu'en 1536, était d'aller à Genève, il me semble bien que le corps d'Anne y fut mis.

Sinon, Hélène, l'exemple du château de Chillon doit guider les responsables: enthousiasme de mécènes privés, et ferveur du public, qui paie l'entrée. L'Etat soutient quand il y a l'un ou l'autre, mais que cela ne suffit pas, notamment parce que les mécènes enthousiastes ont peu d'argent. Mais ai-je compris votre question? Les hommes politiques qui pensent comme moi n'ont qu'à reprendre l'idée, et si je fais un jour de la politique, j'en parlerai. En tant qu'acteur culturel, il est vrai que j'ai envoyé une lettre à plusieurs possibles sponsors pour un livre que j'ai écrit sur la littérature savoyarde au fil des siècles, intégrant celle de la période savoyarde de la Suisse romande (surtout le Pays de Vaud), en précisant que j'étais lassé par la tutelle de l'Etat sur la question, mais le réflexe est de continuer à considérer que c'est à l'Etat de prendre en charge ce genre de choses. Je cite, donc, Voltaire, sur les anciens abus qui deviennent règles d'or. Que puis-je faire de plus?

Écrit par : RM | 08/08/2011

(Le corps d'Anne y fut mis, et il doit toujours y être: à Hautecombe, il y a surtout des cénotaphes, des tombes symboliques, sans corps dedans.)

Écrit par : RM | 08/08/2011

Pour aller dans le sens du commentaire de NIN.A.MAH, les noms de rues du quartier que vous citez près de Rive confirment son caractère pieux. Les traces qui en restent sont "Rue du Purgatoire", "Rue de l'Enfer" et la désormais disparue "Rue du Paradis" dont le début se situait au no 43 de l'actuelle rue de la Fontaine et dont la prolongation a été ensevelie sous le bastion qui surplombe la rue de la Fontaine.

Sinon, Rémi,oui, nous nous sommes compris sur le rôle et les soutiens financiers des uns et des autres de l'Etat et du privé. Et en effet, la tâche ne manquerait pas d'intérêt mais je conçois qu'elle soit loin d'être aisée!

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 08/08/2011

Cela ne doit et ne peut se faire que de façon très progressive, en intégrant, pour chaque entité culturelle, au sein du Conseil d'Administration, une Fondation privée, qui peut n'être au départ qu'une simple association, et en accroissant son importance à mesure que ses membres ou ses donateurs sont actifs, et que les visites payantes du public, dans les cas où cela existe, permettent de financer les choses. A l'inverse, l'Etat doit songer à abandonner, très progressivement, ce qui, à l'épreuve, ne suscite aucune forme d'enthousiasme, même pas dans le cadre d'une association. Sinon, l'accumulation devient un boulet, une prison. Le château de Chillon doit servir de modèle et représenter l'idéal, même pour les fonctionnaires qui dirigent les institutions culturelles.

Écrit par : RM | 08/08/2011

Les commentaires sont fermés.