09/09/2011

Le château de Germaine de Staël

coppet.jpgJe suis allé visiter le château de Coppet, où, comme on sait, a vécu l'excellente Germaine de Staël, dont j'ai lu plusieurs écrits, à commencer par De l'Allemagne, qui rendit assez furieux Napoléon pour qu'il la bannisse de Paris et la contraigne à vivre à Coppet. Car ce livre, qui a fondé le romantisme en France, fut le premier grand pavé dans la mare jeté dans le culte de Louis XIV et de la littérature qui s'est faite sous son égide. Quand Chateaubriand, dans Le Génie du christianisme, recommandait d'abandonner les figures de la fable antique de les remplacer par le merveilleux chrétien, Napoléon applaudissait; mais quand Madame de Staël citait, dans son livre, les critiques allemands qui recommandaient le rejet du modèle classique français, jusque-là dominateur en Allemagne, pour vanter les mérites de Shakespeare et de la littérature médiévale allemande, Napoléon était scandalisé. Dans ses conquêtes, en réalité, il ne s'appuyait pas seulement, comme on le croit souvent, sur les idées de la Révolution, mais aussi sur le prestige de la tradition française: estimant, de toute manière, que les premières étaient le fruit spontané et naturel de la seconde.

Ce coin enfoncé dans la transmission de l'héritage culturel de la France, cette moue de mépris affichée devant l'image de Louis XIV, allait fonder le romantisme, et être le coup de tonnerre qui marqua, par exemple, l'apparition du génie de Victor Hugo. La France elle-même ne pouvait subsister et rester grande, dans l'esprit de celui-ci, que si elle abandonnait le modèle Classique, qui l'enfermait dans dStael.jpge trop étroites limites; elle devait se ressourcer dans Shakespeare et Milton, l'Ancien Testament, la Renaissance, le Moyen Âge: alors seulement pouvait-elle être à la mesure de l'Europe nouvelle.

Sur le plan personnel, Germaine de Staël montrait peut-être que Genève était perméable à l'influence allemande et anglaise à un moment où Paris restait dans l'idée, dominatrice depuis Boileau, qu'il s'agissait de pays barbares, impropres à la grande littérature. Elle a d'ailleurs accueilli, à Coppet, non seulement Chateaubriand, mais aussi Byron, Schlegel... Sinon, un portrait de Rousseau trônait dans son salon, qu'on peut encore voir.

Ce salon est l'endroit du château que j'ai préféré: j'ai trouvé le tapis incroyable. Il avait des couleurs fabuleuses, tirant sur le jaune, et semblant happer l'âme dans un monde autre. Les formes imprimées sur le tapis se mouvaient, sous mes yeux, et m'absorbaient dans leur sein, m'emportaient dans leur royaume! Une sorte de phénix, de grand oiseau d'or à la mine d'aigle, austère et sévère, m'a en particulier sidéré: déployant ses ailes de feu, il me saisit dans ses serres et m'emmena dans un lieu que je décrirai un autre jour. Tout ce que je peux dire, c'est que Madame de Staël y était vivante, lumineuse et belle, et qu'elle marchait sur le lac, mais que ce lac était entièrement fait de lumière; des couleurs y flottaient. Impressionnant!

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