22/09/2011

Littérature fabuleuse de Franche-Comté

vouivr11.jpgJ'ai déjà parlé de la manière dont, dans plusieurs régions de France, on avait, à l'époque romantique, mêlé le folklore local et la grande littérature, en faisant remarquer que ce qui s'était fait en Savoie, à cet égard, ne se trouvait pas facilement dans le commerce et les bibliothèques; j'ai comparé cela avec la Bretagne et l'Île de France. Mais qu'en est-il, sur ce point, de la Franche-Comté, où j'ai vécu quelque temps, il y a plusieurs années?

On y trouve, déjà, un roman épique au sens premier du terme, mêlant merveilleux nourri de folklore et histoire patriotique: Le Diamant de la Vouivre, de Louis Jousserandot. L'ayant lu, je le trouve admirable. Il évoque les liens entre la Vouivre, divinité tutélaire locale, et le capitaine Lacuson, chef de l'armée espagnole en Franche-Comté - thème abondamment illustré, dans la tradition comtoise.

Il existait également un ouvrage assez récent, en quatre volumes, qui reprenait de larges extraits des écrivains francs-comtois du dix-neuvième siècle, dont certains avaient écrits, dans un style tout à fait noble, des contes fabuleux faisant s'unir des mortels et des fées ou intervenir des monstres; c'est peu connu, et ce n'était disponible que par fragments dans cette sorte de compilation, mais je l'ai trouvé sans difficulté en bibliothèque. Charles Nodier était, il faut le noter, parmi ces auteurs, mais il était loin d'être le plus flamboyant. Dans ces volumes, on trouvait, également, la légende de l'empereur Frédéric Barberousse attendant immortellement dans une grotte l'heure de son retour parmi les hommes que Victor Hugo, né à Besançon et ami de Nodier, reprendra dans son drame des Burgraves; la Comté entretenait des liens profonds avec le Saint-Empire.

saint_10.jpgDisponible aisément aussi était la Vie des Pères du Jura, qui évoquait, en latin, la vie des ermites fondateurs de l'abbaye de Saint-Claude: le texte était médiéval, et de pur style hagiographique; les démons y prenaient la forme de fées de la forêt qui cherchaient à corrompre les saints. Les miracles étaient monnaie courante, les reliques de saint Claude même, un des premiers abbés, ayant des vertus incroyables, qui avaient donné lieu à un pèlerinage d'une importance considérable. Pour couronner le tout, les ermites fondateurs de ce qu'on appelait autrefois la Terre de Saint-Claude étaient réputés issus d'une communauté de prêtres d'un temple voué à Mercure à Izernore, dans l'actuel département de l'Ain. Il s'agissait visiblement de druides voués à Lug, car ils se mariaient, mais les saints Romain et Lupicin, premiers ermites de Saint-Claude, étaient célibataires et convertis au christianisme; ils ne se nourrissaient que d'herbes, et c'était assez fabuleux, magique.

On trouvait enfin une chronique franc-comtoise qui enracinait le peuple des Séquanes, habitants antiques du pays, dans la légendaire Troie, et les liait aux Allobroges et aux Helvètes. Mal connue, mais d'une culture riche et originale me parut la Franche-Comté.

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