30/09/2011

Littérature & folklore en Suisse romande

WITZ-Konrad-Lapechemiraculeuse-1443-44-Temperasurbois-132x1.jpgA ma connaissance, les fables du folklore n'ont réellement pénétré la littérature de Suisse romande qu'au début du vingtième siècle. Au dix-neuvième siècle, alors qu'en France et en Savoie beaucoup d'écrivains introduisaient, dans leurs récits, leurs poèmes, du folklore, des mythes locaux, les écrivains suisses s'y refusaient: Töpffer trouvait que c'était trop de fantaisie, et Vinet et Amiel continuaient à vivre dans les images de la Bible, lorsqu'ils voulaient pénétrer le monde du rêve, de la vision: ils parlaient des anges, de l'infini, de l'éternité, conformément au langage des Psaumes. On peut estimer que c'est dû au protestantisme, dans lequel les images de la Bible restaient vives et familières; il apparaissait comme inutile de revivifier son imagination aux sources enchantées de la mythologie locale.

Pourtant, Germaine de Staël avait mesuré et apprécié cette tendance dans la littérature allemande: elle en parla à propos de Klopstock; et Amiel, qui adorait la dame de Coppet, fut continuellement tenté de composer un poème à la gloire du roi Gondebaud. Mais on le sait velléitaire: finalement, il n'en fit rien.

Reine_Berthe_et_les_fileueses,_1888.jpgUn écrivain fondateur, de ce point de vue, fut Charles-Albert Cingria: son livre sur la Reine Berthe en fait une fée - et Cingria glorifie à travers elle les anciens rois de Bourgogne. Il reprend les légendes qui ont couru ou ont été créées sur cette reine fileuse en les prenant tout à fait au sérieux - en les érigeant en symboles. Son ami Gonzague de Reynold aimait aussi ces traditions folkloriques comme renvoyant à l'âme de la Suisse, et j'ai lu, de lui, un recueil de poèmes assez fabuleux qui évoquaient les esprits élémentaires animant en secret les vents et les pluies dans nos montagnes. Ramuz, lui aussi, se saisit constamment du folklore des Alpes pour le mêler à ses récits: il parlait des esprits qui hantaient les chalets et les monts maudits, fit aussi le portrait d'un vagabond qui était le diable déguisé. Par la suite, Maurice Zermatten s'efforça, encore, de donner au folklore valaisan une dimension véritablement littéraire.

Curieusement, Guy de Pourtalès préféra se référer aux légendes sur saint Louis; lorsqu'il était local, il se contentait des symboles liés au christianisme: il restait classique.

balmat.jpgBlaise Cendrars ne chanta pas beaucoup le folklore suisse, et pourtant, il adorait le folklore en général: il reprit celui de Chamonix et créa un véritable mythe autour de Jacques Balmat et de trois noyaux de pruneaux qu'il eût laissés dans la glace et qui, retrouvés, se fussent avérés magiques, se manifestant comme remplis du pouvoir de bonne fortune - et gloire: pour eux, dit l'auteur, on s'est beaucoup battu, dans les vallées de l'Arve et du Giffre! On retrouvait souvent les propriétaires avérés des noyaux morts et dévalisés... Blaise Cendrars a repris magnifiquement d'autres traditions légendaires, d'origine plus exotique; mais le Faucigny est tout proche de la Suisse et entretient avec elle d'anciens liens.

07:58 Publié dans Littérature & folklore | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

28/09/2011

Hegel et l’ange de la Liberté

Hegel_portrait_by_Schlesinger_1831.jpgSelon France Farago, professeur patenté de Philosophie et auteur d'un petit livre censé, du coup, être de référence sur Les Grands Philosophes, Hegel se caractérise de la façon suivante: La Raison n'est plus seulement, comme chez Kant, l'ensemble des règles et des principes suivant lesquels nous pensons le monde. Elle est également la réalité profonde des choses, l'essence de l'Être lui-même, qui est Esprit. Fils de ses œuvres, l'Esprit se révèle dans l'histoire. Celle-ci est le progrès de la conscience, de la raison et de la liberté qui ont fini par féconder l'ordre du politique lui-même. La pensée, le concept du droit se fit tout d'un coup valoir et le vieil édifice d'iniquité ne put lui résister, dit Hegel de la Révolution française qui lui apparaît comme la reconnaissance de la liberté dans l'État.

Je dois dire que non seulement cette façon de présenter Hegel confirme tout ce que j'ai pu lire chez les auteurs les plus sérieux - car j'ai peu lu Hegel même -, mais que, de surcroît, je trouve cette conception des choses tout à fait juste, tout à fait admirable, et que j'y adhère pleinement.

La liberté apparue dans l'histoire en 1789 correspond pour moi non seulement au pressentiment de Joseph de Maistre selon lequel la Révolution française est une sorte de miracle, de prodige - c'est-à-dire de matérialisation d'une pensée divine -, mais, aussi, rama_h1.jpgcorrespond directement au sublime mythe que Victor Hugo créa, quand il évoqua l'ange de la Liberté pourfendant et anéantissant le démon de la Bastille. Dès l'origine, les Jacobins furent conscients que la pensée de la liberté avait quelque chose de divin, et Doppet vouait une sorte de culte au génie de la Liberté; il n'était évidemment pas le seul, puisque cela se traduisit par l'érection de la fameuse statue de l'ange doré de la Liberté, place de la Bastille à Paris, au sommet de la fabuleuse Colonne de Juillet - qui n'est autre que le pilier secret de la République!

On ne peut pas dire que celle-ci fut, en France, fondée sans miracle. L'Esprit père et fils de l'histoire, dont parle Hegel, n'est-il pas également magnifique? C'est Vishnou qui part de Brahmâ et débouche en Shiva. Râma (avatar par excellence de Vishnou, dans l'hindouisme, et héros du célèbre - et sublime - Râmâyana) est immortel; même Napoléon - que Hegel admirait - ne fut-il pas un de ses échos, au sein de l'histoire de France?

07:57 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

24/09/2011

Amiel et le rôle intellectuel de Genève

Alexander_visits_Diogenes_at_Corinth_by_W__Matthews_(1914).jpgAmiel avait des contradictions. Il avait des sentiments qui le tiraient hors de la bienséance, dans laquelle il souhaitait toutefois demeurer. Il se disait profondément universaliste, d'un côté, et de l'autre, il fut nommé professeur d'Esthétique à l'université de Genève après avoir écrit un essai sur la littérature de Suisse romande. Il est également connu pour des chansons à caractère très patriotique qu'il composa. Et à la fin de sa vie, alors même qu'il lisait constamment les philosophes à la mode à Paris pour se tenir au courant, pour bien connaître ce qui lui apparaissait comme des références incontournables, il marqua la spécificité de Genève sur le plan littéraire, en soutenant son autonomie, en défendant la frontière qui permettait à la cité de Calvin de conserver son indépendance vis-à-vis de Paris; il écrivit notamment: Nous avons tout à perdre à nous franciser et à nous parisianiser, puisque nous portons alors de l'eau à la Seine. La critique indépendante est peut-être plus facile à Genève qu'à Paris, et Genève doit demeurer dans sa ligne, moins asservie à la mode, cette tyrannie du goût, à l'opinion régnante, au catholicisme, au jacobinisme. Genève doit être à la grande nation ce que Diogène était à Alexandre, la pensée indépendante et la parole libre qui ne subit pas le prestige et ne gaze pas la vérité. Il est vrai que ce rôle est ingrat, mal vu, raillé; mais qu'importe?

C'était assez hardi. Pour être diffusé dans tout le public francophone, il faut forcément s'appuyer sur Paris: l'Île de France a d'ailleurs à elle seule la majorité des lecteurs, et donc des acheteurs des livres; elle gouverne le marché. Il faut donc aller dans son sens.

Son propre intérêt est du reste de diffuser ce qu'elle publie le plus largement possible - sans qu'on puisse en cela la restreindre d'aucune façon. Or, ici, Amiel veut tempérer cette force de pénétration de l'activité culturelle parisienne et défendre un îlot autonome de production littéraire et philosophique, estimant que Genève est pour cela la mieux placée. On peut l'accuser de régionalisme, de provincialisme, d'orgueil: il n'en pense pas moins que sa ville doit résister à ce qui vient de France afin d'éviter l'uniformisation de la pensée, et de permettre à celle-ci de se mouvoir selon le sentiment individuel de vérité - plus que selon le sens, je dirais, de communion sociale. En somme, à la fin du dix-neuvième siècle, Amiel jugeait la frontière entre la Suisse et la France culturellement utile.

Presque cent cinquante ans plus tard, est-ce toujours pertinent? Chacun en jugera à sa guise.

Mais cinquante ans plus tôt, le poète savoyard Jean-Pierre Veyrat avait recommandé de se détourner d'une manière plus décisive encore de Paris. La frontière empêchait ses livres libéraux d'entrer dans le duché, et il s'en félicitait.

Qui veut être soumis à une autre ville sans pouvoir exercer un jugement sur ce qui en vient, et ne pas pouvoir librement en accueillir le bon et en rejeter le mauvais?

08:55 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

22/09/2011

Littérature fabuleuse de Franche-Comté

vouivr11.jpgJ'ai déjà parlé de la manière dont, dans plusieurs régions de France, on avait, à l'époque romantique, mêlé le folklore local et la grande littérature, en faisant remarquer que ce qui s'était fait en Savoie, à cet égard, ne se trouvait pas facilement dans le commerce et les bibliothèques; j'ai comparé cela avec la Bretagne et l'Île de France. Mais qu'en est-il, sur ce point, de la Franche-Comté, où j'ai vécu quelque temps, il y a plusieurs années?

On y trouve, déjà, un roman épique au sens premier du terme, mêlant merveilleux nourri de folklore et histoire patriotique: Le Diamant de la Vouivre, de Louis Jousserandot. L'ayant lu, je le trouve admirable. Il évoque les liens entre la Vouivre, divinité tutélaire locale, et le capitaine Lacuson, chef de l'armée espagnole en Franche-Comté - thème abondamment illustré, dans la tradition comtoise.

Il existait également un ouvrage assez récent, en quatre volumes, qui reprenait de larges extraits des écrivains francs-comtois du dix-neuvième siècle, dont certains avaient écrits, dans un style tout à fait noble, des contes fabuleux faisant s'unir des mortels et des fées ou intervenir des monstres; c'est peu connu, et ce n'était disponible que par fragments dans cette sorte de compilation, mais je l'ai trouvé sans difficulté en bibliothèque. Charles Nodier était, il faut le noter, parmi ces auteurs, mais il était loin d'être le plus flamboyant. Dans ces volumes, on trouvait, également, la légende de l'empereur Frédéric Barberousse attendant immortellement dans une grotte l'heure de son retour parmi les hommes que Victor Hugo, né à Besançon et ami de Nodier, reprendra dans son drame des Burgraves; la Comté entretenait des liens profonds avec le Saint-Empire.

saint_10.jpgDisponible aisément aussi était la Vie des Pères du Jura, qui évoquait, en latin, la vie des ermites fondateurs de l'abbaye de Saint-Claude: le texte était médiéval, et de pur style hagiographique; les démons y prenaient la forme de fées de la forêt qui cherchaient à corrompre les saints. Les miracles étaient monnaie courante, les reliques de saint Claude même, un des premiers abbés, ayant des vertus incroyables, qui avaient donné lieu à un pèlerinage d'une importance considérable. Pour couronner le tout, les ermites fondateurs de ce qu'on appelait autrefois la Terre de Saint-Claude étaient réputés issus d'une communauté de prêtres d'un temple voué à Mercure à Izernore, dans l'actuel département de l'Ain. Il s'agissait visiblement de druides voués à Lug, car ils se mariaient, mais les saints Romain et Lupicin, premiers ermites de Saint-Claude, étaient célibataires et convertis au christianisme; ils ne se nourrissaient que d'herbes, et c'était assez fabuleux, magique.

On trouvait enfin une chronique franc-comtoise qui enracinait le peuple des Séquanes, habitants antiques du pays, dans la légendaire Troie, et les liait aux Allobroges et aux Helvètes. Mal connue, mais d'une culture riche et originale me parut la Franche-Comté.

07:50 Publié dans Littérature & folklore | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

20/09/2011

Florence Jouniaux et les télépathes antiques

4842R.jpgMa camarade Florence Jouniaux, ma filleule au sein de la Société des Auteurs savoyards, a publié une trilogie de fantasy, L'Héritière du don, dont j'ai lu le premier volume. Il m'a semblé que c'était largement inspiré d'Ursula Le Guin, l'auteur américain de Terremer, et en même temps mêlé de notions issues de l'Antiquité romaine, ce qui est normal, pour Florence, qui est professeur de latin au lycée de Thonon.

Le livre possède une atmosphère agréable. Le monde y est idéalisé. Les méchants ne sont pas très efficaces: les gentils s'en sortent facilement. Ils sont protégés par des loups pleins d'empathie, plus intelligents qu'ils n'en ont l'air. Les montagnes boisées sont pleines d'hommes sauvages assez étranges. L'héroïne, une enfant de huit ans, a la faculté de transporter sa conscience dans des animaux, notamment dans le corps d'un bel oiseau blanc, par lequel elle connaît les joies du vol. Elle se rend chez des sages qui essaient aussi, par la méditation, de développer des dons de télépathie.

Le rythme est un peu lent; les mystères, un peu réduits, car on ne sait pas par quel moyen les consciences peuvent ainsi passer d'un corps à un autre. Cela me rappelle sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus et son Histoire d'une âme, écrite à la fin du dix-neuvième siècle, et dont la lecture, je l'avoue, m'a assez plu, à l'époque où je l'ai faite - il y a de nombreuses années. On retrouvait l'atmosphère de François de Sales: le monde dans lequel la sainte vivait était entièrement intérieur, et les figures de la religion chrétienne y étaient parfois plus palpables que celles qui étaient incorporées et faisaient partie de sa vie physique! En tout cas, elle aussi disait qu'elle saisissait parfois les pensées d'autrui, même si elle n'allait pas jusqu'à prétendre qu'elle se mettait dans leur corps ou celui d'un animal. Acquérir des facultés paranormales ne l'intéressait pas du tout. Si elle saisissait les pensées d'autrui, c'était pour faciliter les conditions de la vie en communauté à laquelle elle était soumise, car elle était devenue carmélite: cela relevait de la nécessité. Elle disait, du reste, qu'elle ne se croyait pas de don particulier, mais que Dieu lui faisait la grâce de véhiculer les pensées d'autrui jusque dans son âme. Dieu, ou un ange. C'était beau et poétique: c'était aussi le monde d'Homère: Pallas Athéna transportant les pensées de Zeus jusque dans l'âme d'Ulysse!

Le livre de ma camarade manque peut-être, de mon point de vue, d'ampleur: il reste jusqu'au bout dans le monde sensible. J'aime les récits où l'on ouvre les portes du mystère - du divin. Mais évidemment, tout lecteur de ce blog peut et même doit courir l'acheter, puisque son auteur est ma filleule!

11:33 Publié dans Lettres | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook

16/09/2011

Attestation de l'Escalade

Clovis2.jpgAmiel disait qu'une société reposait fondamen-talement sur un acte de foi, et que cette foi s'appuyait à son tour sur le miracle, dont il faisait d'abord la perception intérieure de la main de Dieu derrière la nature. Joseph de Maistre avait des pensées proches, et comme il était catholique, il croyait que la France ne pouvait être issue que du baptême et du sacre de Clovis - dont on sait qu'il s'accompagna de prodiges marquant la volonté divine, le Saint-Esprit, sous la forme d'une colombe, ou d'un ange, apportant du ciel la sainte ampoule contenant l'huile du sacre.

Victor Hugo estima néanmoins qu'on pouvait aussi établir l'intervention des puissances célestes dans la fondation de la République: il créa, à cette fin, la figure de l'ange de la Liberté abattant Lilith, fondatrice occulte de la Bastille!

A Genève, la mère Royaume est au fond regardée comme ayant servi d'instrument à la Providence - comme si Dieu même avait voulu abattre la puissance des princes de Savoie et permettre la fondation d'une cité libre. La république de Genève elle aussi est fondée dans le miracle - même si cela ne s'est pas accompagné de faits surnaturels. Hugo disait d'ailleurs que la conception du miracle fondée sur le paranormal était dépassée: il s'agissait à présent de voir les impulsions divines dans l'âme même des hommes, dans ce qui les animait au fond de leur conscience, et non dans la rupture des lois physiques. Jean Valjean sentait près de lui un ange; mais il ne le voyait pas. Amiel alla dans le même sens.

La présence de la Divinité au Pacte de 1291, manifesté dans les images qui représentent cet événement fabuleux sous la forme d'une brillante clarté, est implicitement admise par ceux qui le célèbrent; elle l'est même par ceux qui nient l'historicité du fait, puisque cela en fait un escalade-mere-royaume.jpgmiracle au sens antique: l'événement n'a pas eu lieu physiquement, il n'a eu lieu que dans les esprits, et pourtant, il a fondé un système qui existe vraiment! Il s'agit d'une vision collective, en quelque sorte.

Je suis néanmoins persuadé que du moment qu'un auteur important dit que les hommes qui ont participé à un événement étaient mus par les puissances d'en haut, on trouvera toujours des gens pour nier la réalité de l'événement même. Un jour, on le fera pour la prise de la Bastille - à cause de Victor Hugo.

Mais les Genevois célèbrent toujours la mère Royaume - plus que les Savoyards ne célèbrent le martyre de saint Maurice, événement fondateur, autrefois, de leur petite patrie: la Savoie était dite née sous l'impulsion de son âme, du Saint ressuscité et devenu astre! Certains ont essayé de créer des fêtes solennelles à d'autres dates, mais cela n'a pas encore vraiment pris.

07:28 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

14/09/2011

Interview de Louis Terreaux sur les écrivains savoyards

terreaux_louis_claude.jpgInterrogé par la Voix des Allobroges, l'universitaire chambérien Louis Terreaux a commenté la récente parution de son livre sur la Littérature savoyarde. Il a notamment dit que les écrivains savoyards n'étaient jamais devenus professionnels, comme on a pu le voir en France. Cependant, j'aimerais dire que ce n'est pas faute d'avoir essayé: les débouchés étaient simplement moins nombreux. François-Amédée Doppet, Jean-Pierre Veyrat, Joseph Dessaix en sont des exemples. Au lendemain de l'Annexion, du reste, Charles Buet et Henry Bordeaux sont partis faire fortune à Paris avec leurs romans. La littérature a aussi tendu à se placer sur le marché en Savoie.

Louis Terreaux, par ailleurs, essaie de faire de Jean-Jacques Rousseau un Savoyard: sa présence dans son livre a fait l'objet de quelques critiques. A Chambéry, affirme-t-il, le philosophe genevois s'était intimement mêlé au peuple. A mon avis, c'est un peu un mythe, car il fréquentait surtout des Suisses récemment convertis au catholicisme et réfugiés en Savoie, telle Mme de Warens, ou son amant Claude Anet. Il n'a pas réellement fusionné avec le peuple savoyard. Dans un poème sur les Charmettes, il dit, ainsi, que grâce à sa science d'homme civilisé, il aide les bergers du cru à ne pas avoir peur de l'orage... Et les passages sur les Savoyards dans La Nouvelle Héloïse vont dans le même sens: Rousseau en parle comme d'étrangers. Lamartine même s'est senti plus proche d'eux, et il n'est pas dans le livre.

Enfin, j'aimerais dire que la spécificité de la littérature savoyarde n'est pas simplement dans la référence personnelle des écrivains à la Savoie, comme l'affirme également Louis Terreaux. Elle se décèle, aussi, dans un lien plus fort qu'en France avec la tradition religieuse et dynastique. François de sales et monde divin.jpgLes poètes romantiques mêmes trouvaient dans le mysticisme salésien de quoi nourrir leur imagination, alors qu'en France, une lignée d'écrivains ecclésiastiques plus rationalistes, Bossuet en tête, contraignit indirectement le Romantisme à rejeter le catholicisme en l'assimilant au classicisme et à Louis XIV. Le fond de spécificité de la littérature savoyarde est donc constitué des méditations de François de Sales sur les images du monde spirituel et, plus tard, du lien entre l'imagination romantique et les symboles catholiques et dynastiques - ce qui rejoint le style de l'église abbatiale d'Hautecombe voulu par Charles-Félix. On peut dire qu'à cet égard, la Savoie a eu une tendance rappelant le Tibet.

Louis Terreaux a raison, néanmoins, quand il dit qu'après l'Annexion, les écrivains savoyards se sont fondus dans la vie culturelle française. Du reste, les écrivains qui ont voulu continuer à déployer des images du monde divin ont tendu à se démarquer de cette vie culturelle, soit en employant la langue savoyarde, comme le fait Pierre Grasset, soit en se rattachant à la littérature suisse - et notamment à Ramuz -, soit en manifestant des choix politiques relevant de l'autonomisme, comme Jean de Pingon, l'auteur des Mémoires du roi Bérold. Et puis l'ancien folklore nourrit toujours l'imagination de nombreux écrivains, tels Freddy Touanen ou Élisabeth Charmot. La littérature savoyarde est sans doute devenue comparable à celle de Bretagne, autre région de France culturellement excentrée. Mon sentiment global est que Louis Terreaux donne des choses une image un peu trop lisse.

09:08 Publié dans Littérature & folklore | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

12/09/2011

Conférence à Evian: écrivains du Léman, rive gauche

Anna de Noailles.jpgSamedi prochain, le 17 septembre, à 17 heures, à l'occasion des Journées du Patrimoine, je ferai une conférence à la médiathèque d'Evian sur les écrivains du vingtième siècle ayant eu un lien fort avec la rive française du Léman, et en particulier avec Evian, en m'appuyant sur mon dernier livre, Muses contemporaines de Savoie - les écrivains savoyards depuis 1900. Le nom qui surgit immédiatement à l'esprit est celui de la comtesse de Noailles, qui a longtemps vécu à Amphion, mais il ne faut pas oublier Henry Bordeaux, qui est originaire de Thonon, ni mon ami Marcel Maillet, dont j'apprécie beaucoup les vers, et qui est lié en profondeur à Douvaine. Pour Evian même, on ne devra pas non plus laisser dans l'obscurité les belles pages que Ménaché, qui y a eu une maison, a consacré au lac tel qu'on le voit depuis cette noble cité. Et puis il y a Valère Novarina, originaire de Thonon, comme Bordeaux, et comme, aussi, le poète Hyacinthe Vulliez, qui vit aujourd'hui à Annecy. Chantal Deesse chinoise.jpgDaumont, qui est à demi genevoise, fait face au Léman depuis Bons-en-Chablais: il faudra en parler. Pareil pour l'excellente Clusienne Elisabeth Charmot qui, elle, s'est installée à Thonon, où vit également Freddy Touanen, qui a évoqué avec une profonde grâce les légendes des montagnes à l'entour. Et Jean-Vincent Verdonnet, qui a fait dans la noble capitale chablaisienne ses études secondaires, a chanté en beaux vers le lac. Le Chablais a une histoire littéraire tellement riche!

Je vous invite donc à vous rendre nombreux à cette conférence: la médiathèque est dans le palais Lumière, où se tiennent des expositions de peinture intéressantes et originales que je vais en général voir et que je présente parfois par écrit. On y entre par l'arrière, mais je m'exprimerai face au lac, au-dessus de l'entrée de devant: il y a une belle baie vitrée, qui permet de rêver en laissant sa pensée glisser sur les flots, marcher sur les ondes comme saint Pierre parvint finalement à faire. On se donne ainsi l'occasion de rencontrer la fameuse dame du lac, mystérieuse et belle. Les poètes que je citerai en parlent plus ou moins. Ils imaginent fréquemment les terres infinies, faites de vapeurs d'argent, dans lesquelles elle vit. J'en reparlerai à l'occasion, si je puis.

20:37 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

09/09/2011

Le château de Germaine de Staël

coppet.jpgJe suis allé visiter le château de Coppet, où, comme on sait, a vécu l'excellente Germaine de Staël, dont j'ai lu plusieurs écrits, à commencer par De l'Allemagne, qui rendit assez furieux Napoléon pour qu'il la bannisse de Paris et la contraigne à vivre à Coppet. Car ce livre, qui a fondé le romantisme en France, fut le premier grand pavé dans la mare jeté dans le culte de Louis XIV et de la littérature qui s'est faite sous son égide. Quand Chateaubriand, dans Le Génie du christianisme, recommandait d'abandonner les figures de la fable antique de les remplacer par le merveilleux chrétien, Napoléon applaudissait; mais quand Madame de Staël citait, dans son livre, les critiques allemands qui recommandaient le rejet du modèle classique français, jusque-là dominateur en Allemagne, pour vanter les mérites de Shakespeare et de la littérature médiévale allemande, Napoléon était scandalisé. Dans ses conquêtes, en réalité, il ne s'appuyait pas seulement, comme on le croit souvent, sur les idées de la Révolution, mais aussi sur le prestige de la tradition française: estimant, de toute manière, que les premières étaient le fruit spontané et naturel de la seconde.

Ce coin enfoncé dans la transmission de l'héritage culturel de la France, cette moue de mépris affichée devant l'image de Louis XIV, allait fonder le romantisme, et être le coup de tonnerre qui marqua, par exemple, l'apparition du génie de Victor Hugo. La France elle-même ne pouvait subsister et rester grande, dans l'esprit de celui-ci, que si elle abandonnait le modèle Classique, qui l'enfermait dans dStael.jpge trop étroites limites; elle devait se ressourcer dans Shakespeare et Milton, l'Ancien Testament, la Renaissance, le Moyen Âge: alors seulement pouvait-elle être à la mesure de l'Europe nouvelle.

Sur le plan personnel, Germaine de Staël montrait peut-être que Genève était perméable à l'influence allemande et anglaise à un moment où Paris restait dans l'idée, dominatrice depuis Boileau, qu'il s'agissait de pays barbares, impropres à la grande littérature. Elle a d'ailleurs accueilli, à Coppet, non seulement Chateaubriand, mais aussi Byron, Schlegel... Sinon, un portrait de Rousseau trônait dans son salon, qu'on peut encore voir.

Ce salon est l'endroit du château que j'ai préféré: j'ai trouvé le tapis incroyable. Il avait des couleurs fabuleuses, tirant sur le jaune, et semblant happer l'âme dans un monde autre. Les formes imprimées sur le tapis se mouvaient, sous mes yeux, et m'absorbaient dans leur sein, m'emportaient dans leur royaume! Une sorte de phénix, de grand oiseau d'or à la mine d'aigle, austère et sévère, m'a en particulier sidéré: déployant ses ailes de feu, il me saisit dans ses serres et m'emmena dans un lieu que je décrirai un autre jour. Tout ce que je peux dire, c'est que Madame de Staël y était vivante, lumineuse et belle, et qu'elle marchait sur le lac, mais que ce lac était entièrement fait de lumière; des couleurs y flottaient. Impressionnant!

07:26 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

07/09/2011

Littérature régionale d’Île de France

les-Nymphes-de-la-N-va.jpgOn pourrait croire que l'Île-de-France n'a pas de littérature régionale parce qu'elle abrite la capitale de la France, mais en réalité, on trouve beaucoup d'œuvres littéraires qui font de Paris et de ses alentours un lieu dont la poésie est naturelle et spontanée, sans lien particulier avec son statut officiel. Dès le dix-septième siècle, on chantait les nymphes de la Seine en ayant conscience que toutes les rivières du monde avaient des nymphes. On cherchait simplement à transposer Ovide: Racine et La Fontaine s'adonnèrent à ce jeu, et ils le firent à la suite d'Honoré d'Urfé, alors très admiré, et qui l'avait effectué pour le Lignon, dans le Forez - affirmant même que celui-ci avait contenu l'immortelle mère de tous les Gaulois, la célèbre nymphe Galatée.

Cependant, au dix-neuvième siècle, la célébration par la fable de l'Île-de-France s'est développée en s'appuyant davantage sur le folklore, par exemple à travers Gérard de Nerval, qui reprit des légendes locales - notamment celle dite de l'Homme rouge -, et évoqua la figure d'Isis, dont on pensait qu'elle avait beaucoup compté dans le Paris antique. Hugo développa aussitôt l'idée dans La Fin de Satan et, dans Les Misérables, outre une présentation détaillée de l'argot parisien, le même parle d'une hydre invisible qui unit, dans les profondeurs de la cité, l'âme des malfrats; or, Balzac l'a pour ainsi dire matérialisée sous les traits du mystérieux Ferragus, maître caché de la ville, chef des Douze qui la dirigent en secret...

deesse lune.jpgOn sait, aujourd'hui, que Quasimodo, le bossu de Notre-Dame, a probablement une origine folklorique.

Ce cycle légendaire de Paris et de ses abords se trouve aisément en librairie, et pourtant, on ne trouve que difficilement les écrivains qui sont allés dans ce sens pour la Savoie, en y inventant des figures fabuleuses: j'en ai déjà parlé. On ne trouve guère que le Raphaël de Lamartine, qui a créé, dans la vallée du lac du Bourget, un authentique symbole, celui de sa chère Julie transfigurée après sa mort, dont il dit: je crois voir l'âme heureuse de celle qui m'apparut un jour dans ces lieux s'élever étincelante et immortelle de tous les points de cet horizon, remplir d'elle seule ce ciel et ces eaux, luire dans ces splendeurs, s'imbiber dans cet éther, brûler dans ces feux, pénétrer dans ces vagues, respirer dans ces murmures, prier, louer, chanter dans cet hymne de vie qui ruisselle avec ses cascades de ces glaciers dans ces lacs, et faire couler sur cette vallée et sur ceux qui s'y souviennent d'elle comme une bénédiction qu'on voit par les yeux, qu'on entend par l'oreille et qu'on sent dans le cœur! On ne peut pas dire que ce ne soit pas fabuleux; c'est l'institution d'un culte!

Lamartine a le privilège d'appartenir au panthéon national: il est donc édité à Paris. En Savoie, on n'a guère réédité, dans le même esprit, que Le Siège de Briançon, de Replat.

08:34 Publié dans Littérature & folklore | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

05/09/2011

Le Nicolas de Flüe de Galliano Perut

San_Nicola_di_Flue_A.jpgEn 1991, pour célébrer les sept cents ans du Pacte helvétique, à Genève fut créée une pièce consacrée à Nicolas de Flüe, L'Or et la terre, écrite par mon camarade Galliano Perut, le fondateur de l'association des Poètes de la Cité, dont je suis membre. Il m'en a donné le texte, et je l'ai lu.

J'apprécie la démarche consistant à célébrer une figure auguste de la Patrie, et la pièce prend soin de montrer le saint homme soumis corps et âme à la volonté divine, et suivant les signes et les visions. Il est également en harmonie avec la nature, et une scène allégorique, faisant apparaître les saisons et les mois sous forme de danseurs colorés, est sympathique et jolie: alors, Nicolas de Flüe manifeste l'accord parfait qu'il conçoit entre l'homme et son environnement.

Je goûte aussi d'en savoir davantage sur l'histoire de ce pays qui pour moi est voisin, et je comprends mieux l'équilibre qui a été trouvé, à l'époque du noble ermite, entre les cités et les vallées. Car les relations entre les villes et les campagnes ont généralement été difficiles, et on peut dire qu'en France, les premières, notamment Paris, ont souvent écrasé les secondes, s'imposant à elles sans tact particulier. Or, en Suisse, cela n'a pas été possible, car l'esprit des vallées était fort, étant à l'origine du Pacte même. Un équilibre a dû être trouvé, et Nicolas de Flüe a lié la terre aux cantons et l'argent aux individus, ce qui laissait une part à chacun tout en accordant l'ensemble.

La pièce, en elle-même, souffre peut-être d'avoir voulu traiter deux sujets à la fois: d'une part celui de cet équilibre à trouver entre la ville et la campagne, d'autre part la question de savoir si 250px-Statue_von_Nikolaus_v.d._Fl%C3%BCe_in_Fl%C3%BCeli-Ranft.jpgNicolas de Flüe a eu raison de quitter sa famille pour devenir un saint ermite, un Ami de Dieu - après avoir été enflammé par l'enseignement de Jean Tauler (si j'ai bien compris). Ce second thème de débat, plus personnel, et en même temps plus religieux (que politique), occupe tout le deuxième acte, quand les premier et troisième évoquent les problèmes relationnels entre les cantons. C'est assez curieux, pas seulement à cause de l'unité d'action réclamée par les théoriciens du théâtre classique, mais aussi parce que la mise en débat des choix personnels de Nicolas de Flüe relativise, en réalité, sa force symbolique. En principe, le doute, sur le choix de ce saint homme, n'était guère permis, au sein d'un spectacle patriotique, puisque, d'emblée, il est appelé fondateur de la Patrie. Il ne restait plus qu'à construire une action montrant comment son génie résout miraculeusement un problème apparemment insoluble; dès lors, le dénouement devait faire paraître sa gloire, la lumière qui se dégage de ses pensées, et les louanges dont il a fait l'objet. Transposé dans l'histoire de la Suisse, Nicolas de Flüe était un peu le devin du village de Jean-Jacques Rousseau, qui réconcilie les amants déchirés parce que l'un d'eux a été charmé par les dames de la ville; l'aspect de mystère aurait pu être plus présent; les choix personnels du saint homme, faire l'objet d'une autre pièce.

Mais j'ai aimé cette lecture.

07:40 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

01/09/2011

Détective Dee & l'épopée chinoise

detective-dee.jpgJ'ai vu, à Genève, le dernier film de Tsui Hark, Détective Dee, et l'ai apprécié, car il est nourri de mythologie chinoise. Les costumes et décors du cinéma chinois à grand spectacle sont depuis quelques années somptueux, et Détective Dee ne déroge pas à cette règle, mais, sur ce plan, les films de Zhang Yimou, plus officiels encore, et sans doute mieux pourvus financièrement, le dépassent.

Tsui Hark n'en est pas moins plus sympathique, à mes yeux, parce qu'il éprouve, à l'égard des traditions mystiques chinoises, une affection profonde qui transparaît dans ses films, lesquels contiennent toujours plus de merveilleux que ceux de Zhang Yimou. Celui-ci, en effet, place les symboles saints dans l'environnement de l'Empereur, et toute beauté semble devoir être liée à la sphère politique. Mais pour Tsui Hark, la beauté suprême, véritable, est toujours en marge, dans des monastères reculés, et cela, même si sa fragilité la conduit à devoir s'effacer quand surgit la puissance du Prince. On se souvient de l'incroyable Légende de Zu, qui montrait des demi-dieux pouvant voler, d'immortels moines vivant et méditant sur des montagnes suspendues dans le ciel, dans de véritables cités de l'air; ces êtres succédaient, ainsi, aux héros antiques, legendofzu23.jpgou aux dieux de l'Olympe, mêlant le Ciel et la Terre en cristallisant dans l'air, sous forme d'images, le flux divin. Il va de soi que ces êtres se réincarnaient, et les vivants savaient de quelle façon; eux-mêmes finissaient par en prendre conscience. Le baroque volontiers excessif des images ne doit pas faire méconnaître l'origine grandiose des concepts.

Dans Détective Dee, la clarté d'or est placée dans un monastère, qui est comme l'âme du Palais impérial, la source de sa puissance, comme l'éclat du soleil n'est que reflété par celui de la lune. Naturellement, c'est caché: cela n'apparaît pas au peuple, qui, pour ainsi dire, ne voit que la lune. Dans le monastère, les couleurs sont le jaune et le rouge; autour de l'impératrice domine le bleu. Tous sont marqués par la grâce céleste, mais d'une façon différente, et hiérarchisée. Le Grand Prêtre, qui est une femme, a une cape rouge qui prend parfois la forme du feu - devient pure flamme de couleur -, quand elle agit: elle va plus vite que la lumière, et son corps éclatant s'étend dans l'éther. On a alors un reflet du divin, un fragment du soleil occulte sur la terre. Avec ses clartés lunaires, l'impératrice a aussi en elle quelque chose de sacré, mais qui reste froid et déplaisant.

detective-dee-3-2776b75.jpgNéanmoins, Tsui Hark se veut pragmatique; le juge Dee œuvre pour l'Empire, malgré l'antipathie personnelle qu'il éprouve pour la Dame régnante: il refuse de devenir son conseiller intime, lui reprochant les crimes qu'elle commet pour exercer son pouvoir, et déclare n'agir en sa faveur que pour le bien du peuple, qui souffre toujours inutilement des désordres des grands. Quant à la Prêtresse, femme véritablement divine qu'il a aimée et a été la précédente conseillère de l'impératrice, elle meurt, tuée par ceux que leur haine de l'impératrice a égarés jusqu'à leur faire oublier l'intérêt public.

Tsui Hark, dans son cinéma, fait comme Dee: il sacrifie à la cause du peuple, mais il refuse de changer ses sentiments, et continue de préférer les moines mystiques aux princes de ce monde.

08:01 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook