08/10/2011

Tomas Tranströmer, prix Nobel

tomas-transtromer-b2ed6.jpgJe dois dire que, comme à peu près tout le monde en France, j'ignorais tout de Tomas Tranströmer, qui vient de recevoir le prix Nobel de Littérature, mais je dois dire, aussi, que je suis content qu'il s'agisse d'un poète, et que sa doctrine, en matière de poésie, me convient tout à fait, et le fait d'autant plus qu'elle va à l'encontre de celle qui, à mon avis, domine la poésie française depuis plusieurs décennies, et avec laquelle je ne suis justement pas d'accord. Le rejet de l'image, notamment, ne reçoit de ma part aucune forme de sympathie: pour moi, c'est une erreur fondamentale, le rythme des mots déployant forcément la pensée en images; ou alors, il ne s'agit plus que de philosophie rythmée.

Naturellement, Tomas Tranströmer - justement connu pour pratiquer l'image, pour créer des métaphores - précise bien qu'il ne s'agit pas de rhétorique creuse: car pour justifier ce rejet de l'image, on a pu dire qu'elle n'était que construction vide. Il s'agit en réalité, dit le poète suédois, de donner à voir le néant, d'y déceler des formes: car il s'agit du néant de la matière, mais l'Être s'y déploie sous forme d'images de l'âme. Quelle belle idée! Je la partage complètement.

Tomas Tranströmer a ensuite ses sujets de prédilection: en particulier, la nature. Les images qui surgissent de ses creux, de ses failles - la fissure du Mur des Trolls - établissent un lien entre l'âme, qui crée ces images, et la nature, qui les reçoit - mais en résonance avec ce qui l'habite mystérieusement: ces images montrent donc l'âme de la nature même, et la relient à l'être humain.

A ma connaissance, Tomas Tranströmer ne reprend pas de symboles religieux connus: François de Sales voyait l'image de la sainte Vierge derrière la Lune, Mur-des-Trolls.jpgmais notre poète n'en dira jamais autant; il évoquera plutôt, comme ci-dessus, les êtres fantastiques terrestres propres au folklore scandinave - ou les figures de la mythologie grecque, comme le font tous les poètes occidentaux. Mais il établit de clairs liens entre la force du ciel qui par les arbres imprègne la terre et en eux fait naître la verdure, et la liberté qui éclot dans les corps, tourbillonnant dans le sang des Parques et plus loin encore (dit-il dans le poème Cohésion): l'homme lui aussi, en soi-même, peut sentir des fruits naître; sa nature intérieure est bien celle de l'arbre, et son être obscur est imprégné de lumière céleste, agissant jusque dans le Destin. La poésie crée un lien entre l'homme et l'univers en les unissant par l'image, ou n'est pas. Tomas Tranströmer peut servir de modèle.

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