16/10/2011

Genève et les trésors immortels

Les-meulieres-du-Mont-Vouan-Viuz-en-Sallaz1_medium.jpgMa bonne amie blogueuse Barbie, après avoir lu mon article sur les légendes de Genève, m'a indiqué une page Internet au sein de laquelle on pouvait en lire une. Or, j'ai pu constater qu'elle ressemble de près à une légende qui existe à Viuz en Sallaz sur les meulières de Vouan: chaque année, à Noël, les creux, qui sont des portes, s'ouvrent, et on peut alors accéder à une salle du palais des fées qui contient un trésor grandiose. Mais il faut ressortir avant le douzième coup de minuit - les portes ne s'ouvrant qu'au premier. Inutile de dire que rares sont ceux qui parviennent à s'arrêter à temps: c'est comme quand on va au casino et qu'on commence à gagner. L'intérieur d'un casino est d'ailleurs chatoyant à souhait: un vrai temple enchanté. Celui de Baden-Baden a des peintures de femmes divines, sur ses murs!

Cette légende se trouve aussi en Bretagne, selon Le Braz; mais mon avis est que ces motifs viennent en réalité des prêtres catholiques médiévaux qui racontaient des histoires édifiantes pour Peer-Gynt-piece-picaresque-tres-contemporaine.jpgfrapper les esprits en reprenant des thèmes mythologiques anciens: fées, dames blanches, spectres... Or, il faut se souvenir que Viuz en Sallaz fut sous la sujétion de l'évêque de Genève. On peut après tout imaginer que le même prêtre a raconté à peu près la même histoire, ou que les prêtres du diocèse avaient le même recueil d'exemples à présenter aux ouailles en sermon: les évêques avaient précisément pour charge d'établir ces recueils.

Cela a aussi pu se transmettre de façon orale. Cela expliquerait les menues différences: ruines d'un château pour les citadins que sont les Genevois, parois rocheuses à Viuz en Sallaz, qui est un village! Et donc, fantôme d'une défunte qui de son vivant logea au château, fée du mont au sein de la roche.

La Voix des Allobroges, à l'époque où ce noble journal paraissait sur papier, m'avait demandé des poèmes en rapport avec la Savoie, et je m'étais dit que je pourrais reprendre en vers les légendes locales: je participerais moi aussi à la mythologie universelle! J'en ai donc, alors, publié un sur ces fées de Vouan. La forme - un sonnet assonantique - est un peu imitée de Jean-Vincent Verdonnet, mon ami de Vétraz-Monthoux:

Au Vouan les fées se cachent sous la roche;
Leur cité d'or se tient sous la montagne.
Quand vient Noël soudain s'ouvre une porte
Qui montre aux yeux la splendeur et la flamme.

Jadis plus d'un croyant voir un trésor
Luire à portée a mis toute son âme
A s'emparer d'escarboucles énormes
Qui ressemblaient à de grandes étoiles!

Hélas, sur eux se sont closes les grottes;
Des profondeurs celui qu'on nomme l'Orc
Fit s'étirer ses griffes pour ces hommes.

On les entend gémir dans les abîmes.
Quel héros viendra donc des Terres fines
Les délivrer de ces affres terribles?

Un peu sombre, peut-être, mais quand même pas sans espoir.

09:49 Publié dans Littérature & folklore | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook

Commentaires

La théorie de la boucle et du recyclage artistique et ecclésiastique dans toute sa splendeur, ces hommes piégés au Vouan ont fini comme les Nephilims…déchus au fond d’une grotte eux aussi, à cause d’un élément féminin, fées ou femmes de mortels, elles les ont doucement conduit en enfer, pas étonnant que les prêtes aient utilisés ce genre de récit dans leurs sermons ; ))) Ô Rémi

Écrit par : Barbie Forever | 16/10/2011

Hum, Barbie, la femme, c'est la beauté, c'est une réalité, le corps de la femme reflète la beauté du ciel, ses courbures semblent être celles de la lune, du soleil, tout ce qui est beau. Ici, le problème est que l'argent tente, et a l'air d'être beau, lumineux, irrésistible. Il est donc lié à la femme. Mais les fées n'ont de sexe qu'en rapport avec ce qu'on projette sur elles. Les géants peuvent être aussi des tentateurs, pour les hommes et les femmes qui voudraient être rois, princes, et chercheraient par exemple des armes qui les rendraient puissants. Alors, il est probable qu'on placerait, à côté des objets, non plus des fées, mais des géants mâles. J'ai lu récemment un roman de Leigh Brackett - une femme - appelé "L'Epée de Rhiannon", un magnifique roman populaire, et les armes magiques sont liées à un esprit tentateur masculin. Les trésors, ça brille, comme les yeux des femmes. Il n'y a pas, je pense, de misogynie à dire qu'il faut rester maître de soi même face à cette beauté, car lorsque le désir fait perdre la tête aux hommes, souvent les femmes mêmes en pâtissent. Même pour une femme belle, il faut savoir, au douzième coup de minuit, laisser la porte se refermer, sinon, la femme elle aussi peut en souffrir. L'excès de succès ne corrompt-il pas?

Écrit par : RM | 16/10/2011

Heureusement que la nature a épargné ma lignée de glaçons ! Car je crois que les femmes dans ma famille ont dû se reproduire uniquement par clonage ou par l’intervention du Saint Esprit !

A part ça, le pouvoir est souvent synonyme de responsabilités et des comptes à rendre, l’idéal serait l’argent sans forcement vouloir le pouvoir et sans oppresser quiconque (belle utopie) et bien sûr être libre comme l’air.

Le succès est passager, la beauté est éphémère…seulement les belles idées sont éternelles.

Écrit par : Barbie Forever | 17/10/2011

Oui. Mais l'argent que nous utilisons, ô Barbie, n'a pas de vraie valeur en soi, il ne renvoie qu'au droit d'acheter, en principe. C'est un pouvoir. Les trésors, cela dit, ont leur valeur propre, contrairement à la monnaie que nous utilisons, et dont la valeur réelle est très inférieure à leur valeur légale. Il s'agit donc bien d'un pouvoir donné par l'Etat. Le trésor, c'est autre chose: les bijoux, l'or, l'argent, les pierres précieuses, c'est de la beauté, le sel du règne minéral parfois transformé encore par l'art! Comme la femme est le couronnement des êtres animés, en beauté et grâce!

Écrit par : RM | 18/10/2011

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