22/10/2011

Figures du karma fatal dans le cinéma thaï

Boonmee.jpgOn se souvient des étranges mais fascinants spectres noirs de la Palme d'Or de Cannes Oncle Boonmee: ils étaient les figures des vies antérieures - ou des remords - de l'oncle; ils venaient de son karma. Or, dans les films thaïlandais qu'on pu voir récemment, ces figures sont très présentes: la Thaïlande a conservé de façon assez vivace ses anciennes croyances. Il faut d'ailleurs remarquer qu'il est, de tous les pays riches d'Asie, le seul qui n'ait pas subi le joug de l'Occident: les rois de Siam sont restés pleinement souverains.

J'ai regardé, par curiosité, un film intitulé Ong-Bak 2, la Naissance du dragon, parce qu'il était consacré à l'histoire de la Thaïlande médiévale et à la façon dont les princes de Siam se sont imposés aux seigneurs régionaux: leur action apparaît comme aussi impitoyable que celle du cardinal de Richelieu dans Cinq-Mars de Vigny, mais le film est plus directement imité d'un film chinois de Zhang Yimou, La Cité interdite, dont les décors étaient d'une beauté incroyable, et qui faisait de la demeure de l'Empereur un paradis sur Terre, mais qui faisait également de ce prince un être impitoyable, écrasant jusqu'à ses enfants, s'ils lui résistaient: car sa cruauté n'empêchait pas son omnipotence. Il gardait quelque chose de divin: la force!

Le roi de Siam du film thaï de Tony Jaa est tout aussi cruel, atroce; mais le culte du Prince doit être moins présent en Thaïlande qu'en Chine, car la demeure du Roi n'a rien de somptueux comme celle de l'empereur de Chine dans La Cité interdite. D'ailleurs - et c'est le plus extraordinaire -, le roi de Siam ne gagne la bataille, dit le film, que parce que le héros, qui veut se venger de lui - il est le fils d'un seigneur régional assassiné par le Prince -, a un mauvais karma. Or, ce mauvais karma apparaît: il est un spectre fin et noir avec des yeux rouges, comme ceux d'Oncle Boonmee. La différence est qu'il s'agit d'un film d'action: le spectre combat le jeune héros, qui contre lui ne parvient à rien: il se heurte nazgul_animated.jpgau Destin même! Le pire est que ce jeune héros a appris à dompter le roi des éléphants, en posant la paume de sa main sur le haut du crâne de l'animal, ce qui est un geste magique: mais le spectre le chasse de la noble encolure et met sa propre main sur l'endroit fatidique. Le moment est fort.

Il faut néanmoins remarquer que les spectres noirs qui renvoient au karma fatal - ou à une partie noire de soi-même ou du groupe auquel on appartient - sont présents, sous une forme atténuée, chez David Lynch. Dans la littérature occidentale, on les voit également: par exemple, dans Le Masque de la Mort rouge de Poe, ou sous les traits des Nazgûl, chez Tolkien.

09:49 Publié dans Cinéma, Thaïs & Khmers | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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