24/10/2011

Le merveilleux dans les littératures régionales francophones

Gérard Klein, l'auteur de science-fiction, a pu écrire que la littérature régionale était schure.jpgcomme la science-fiction en ce qu'elle demeurait à la marge tout en déployant une capacité - réprimée par l'élite bourgeoise - à créer des fables, à mêler le merveilleux à l'histoire. J'ai déjà évoqué la Bretagne, la Savoie, l'Île-de-France, la Franche-Comté, la Suisse romande. Mais ailleurs dans l'espace francophone, qu'en est-il?

Les Légendes du Berry de George Sand, quand je les ai lues, m'ont paru flamboyantes: les monstres des marais faisaient vraiment peur. Pour l'Alsace, Édouard Schuré a évoqué avec génie les mythes du mont Sainte-Odile. Pour la Provence, Frédéric Mistral a repris en abondance les traditions folkloriques et légendaires du noble comté, dont il a fait comme l'épopée. En Corse, des seigneurs de Bonifacio étaient réputés issus d'une union entre un chevalier et une fée de la mer. Le Pays basque est rempli de vierges brillantes qui sont apparues dans les fourrés sauvages... En France, je ne connais rien d'autre; mais je suis persuadé que cela existe partout.

Je connais un peu la littérature belge, souvent liée à la Flandre, dont une partie est en France: ma grand-mère de Roubaix restait fidèle à Charles Deulin, auteur de Contes d'un buveur de bière dignes des frères Grimm, et j'ai beaucoup lu Charles De Coster, auteur immense de Thyl Ulenspiegel - héros ressuscité en permanence par les êtres élémentaires, les dieux de la terre de Flandre! De Coster a également écrit de sublimes Légendes flamandes. Et puis Jean Ray Emile_Nelligan.JPGa abondamment repris des légendes portuaires de Flandre et des Pays-Bas, mettant en scène des monstres marins et des fantômes hantant les maison, et dominant le fantastique francophone durant le vingtième siècle.

Au Québec, je connais surtout, allant dans ce sens, les poèmes d'Émile Nelligan qui reprennent le merveilleux chrétien, et qui s'enracinent dans la tradition locale: je me souviens d'une belle composition sur Notre-Dame des Neiges, ange tutélaire de Montréal. Nelligan aimait aussi évoquer les loups des plaines glacées en leur donnant des yeux de braise. Il faut d'ailleurs signaler que malgré le culte dont il fait l'objet au Québec, Jean Orizet, dans son épaisse Anthologie de la Poésie française parue aux éditions Larousse, a marqué son mépris pour Nelligan, lui préférant un compatriote qui mettait en alexandrins sa vie quotidienne: point de vue typique des intellectuels français de notre temps, car ils détestent le merveilleux, notamment lorsqu'il est nourri de religiosité chrétienne et de folklore local. Mais Gérard Klein affirme qu'ils le détestent aussi quand il a des formes futuristes!

Je parlerai un autre jour de l'Afrique et de l'Indochine.

08:47 Publié dans Littérature & folklore | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook

Commentaires

Thyl Ulenspiegel... Histoire captivante! Et ça me rappelle mes origines.

Écrit par : hommelibre | 24/10/2011

Hé! oui, Goetelen, c'est flamand, non?

Écrit par : RM | 24/10/2011

Hé oui! Même si je n 'y ai jamais vécu et que je ne connais que par des vacances, il y a un lien.

Écrit par : hommelibre | 24/10/2011

En fait, je ne connais pas vraiment non plus, ma grand-mère était de Roubaix et avait un nom qui venait de la Belgique méridionale (proche de la frontière avec la France), Van Den Bruwaene, mais elle s'est installée dans la région parisienne, dans le Val de Marne, alors qu'elle avait douze ou treize ans, et donc, je n'ai pas de lien réel avec la Flandre! Mais enfin, je lui dois peut-être ma haute taille et mes tendances à la blondeur - qui se sont étiolées, néanmoins, depuis que je suis sorti de l'adolescence.

Écrit par : RM | 24/10/2011

Oui, c'est un nom bien belge!

La Flandre est une très belle région. Il faut aimer les pays plats, mais cela a un charme fou et beaucoup de poésie. Et j'aime les grands espaces.

Pour la blondeur pour moi c'était jusqu'à 2-3 ans, après j'ai viré. Mais tous les flamands d'origine n'étaient pas blonds, et mon père ne l'était pas.

Écrit par : hommelibre | 24/10/2011

Non, mais la proportion de blonds est quand même plus grande en Flandre qu'en Savoie ou dans le Berry, dont ma mère est originaire. Enfin, mon arrière-grand-père ashkénaze qui s'appelait Markel, un nom allemand, était blond aussi. Mais il n'était pas grand.

Écrit par : RM | 24/10/2011

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