30/10/2011

Jean-Jacques Rousseau et l’Invention des Charmettes

Charmettes_1830.jpgRousseau a créé le symbole des Charmettes: il en a fait un lieu objectivement béni, enchanté. La fée qui régnait sur la maison qu'il a partagée avec Mme de Warens, certes, a rayonné, souvent, sur le cœur de celle-ci, et Rousseau n'a pas manqué d'en faire, à son tour, une dame enchantée, protectrice et aimante; mais il a aussi montré qu'elle avait trahi ce bon esprit des Charmettes en l'y laissant tout seul!

Il existe cependant une image de cette fée des Charmettes: elle est peinte sur le palier de la chambre de Mme de Warens, où elle fit placer un oratoire: une sainte Vierge assez colorée et incroyable, réalisée par un Allemand dans un style très particulier, tient l'Enfant divin dans ses bras. Sa robe est conique et lui donne la forme d'une pyramide, comme si elle était, dans le même temps, un symbole égyptien: sur sa tête est une couronne d'or! Elle a l'air d'une impératrice cosmique - ou simplement d'une reine des fées, si on limite sa portée à la combe étroite où se dresse la noble Vierge Charmettes.jpgdemeure... Rousseau, sans doute, essayait de reconnaître en elle les traits de Mme de Warens! Il contemplait l'Enfant, et s'identifiait à lui, peut-être.

Mme de Warens avait fait dresser cet autel privé parce qu'elle ne voulait pas aller dehors pour se rendre dans l'ancienne chapelle, située à la porte de la propriété même, séparée de la maison par une côte assez raide. L'hiver, assurément, on pouvait tomber, glisser. Evidemment, ensuite, on ne pouvait plus vérifier si Mme de Warens priait comme il fallait, ou non.

Quoi qu'il en soit, la maison des Charmettes est un lieu réellement magique: il s'en dégage un charme indéfinissable, et Rousseau ne semble pas en avoir fait en vain un lieu béni, chéri des cieux, fréquenté des fées. Elle est certainement marquée de lumière divine - garde assurément le souvenir d'un pas d'ange. Dans ses écrits, Rousseau en fit un écho du paradis terrestre, et Chambéry a eu raison de la faire classer Monument Historique.

Cela dit, je regrette souvent que cette noble cité n'honore pas davantage son Palais de Justice, l'ancien Sénat de Savoie: dans la pièce qu'une cheminée orne, on imagine, assis avec ses pairs, Joseph de Maistre, et une flamme vivante semble également briller en ce lieu béni. Il existe une forme de crainte timide, lorsqu'il s'agit d'honorer Joseph de Maistre - et, en général, les figures nobles de l'ancienne Savoie. Une forme de respect, sans doute: de respect sacré!

08:54 Publié dans Jean-Jacques Rousseau | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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