19/11/2011

Littérature fabuleuse dans les anciennes colonies françaises

ANTAR-Document-4A.jpgLes anciennes colonies françaises ont fourni à la littérature francophone un paysage nourri de folklore local, au même titre que les régions francophones d'Europe; mais il faut distinguer deux groupes. Car les pays dotés dès l'origine d'une écriture ont en général proposé aux savants des livres à traduire: en Indochine, d'abord - avec, par exemple, les œuvres cambodgiennes dont Auguste Pavie a livré des versions -, mais aussi en Afrique du nord - avec l'épopée d'Antar. Sans doute, les traditions folkloriques ont pu s'insérer dans des œuvres plus récentes, comme dans Le Gardien du feu, de Pierre Rabhi, dont j'ai déjà parlé. Mais en ce qui concerne l'Afrique noire, le cas est plus général, car, souvent, on est passé directement d'une tradition orale locale à des écrits en français, l'écriture ayant été enseignée en même temps que la langue du colonisateur. C'est d'ailleurs, sur le plan pédagogique, une erreur profonde, dictée essentiellement par des intérêts politiques, mais le fait n'en existe pas moins, et cela a eu son effet positif: des traditions mythologiques africaines sont entrées de plain-pied dans la littérature francophone.

Je veux parler de deux livres qui à cet égard m'ont marqué. Le premier est l'épopée mandingue du héros Soundjata, rédigée et publiée en français par le Guinéen D. T. Niane, et évoquant un conquérant fameux du treizième siècle qu'animait une force divine et qui est devenu le saint empereur du Mali! Aujourd'hui encore on lui voue un culte, et on l'estime changé en divin hippopotame.

Le second livre dont je veux parler, je l'ai trouvé à Yaoundé, au Cameroun (où je me suis rendu il y a quelques années): il se nomme Au Pays des initiés, et est de Gabriel Mfomo, prêtre catholique Photo 019.jpglocal. Cela dépasse les contes qu'on fait venir habituellement d'Afrique subsaharienne: s'y trouvent des êtres véritablement divins, s'exprimant au travers d'animaux étranges - et l'origine cachée et méconnue du Roman de Renart et des Fables de La Fontaine s'y trouve indirectement dévoilée: comme dans la religion de l'ancienne Égypte, les dieux s'expriment par la voix des bêtes; cela explique en profondeur pourquoi les bêtes parlent,dans ces écrits. Même la source des Métamorphoses d'Ovide se comprend mieux: les immortels s'y changent en animaux, apparaissant sous cette forme. Repensons à Soundjata!

Mais puisque j'ai parlé du Cameroun, j'aimerais saluer mon ami Jean-Martin Tchaptchet, Helvéto-Camerounais qui, dans La Marseillaise de mon enfance, évoque plaisamment les croyances qui avaient cours dans le Cameroun de son enfance - les rois y rendant par exemple invisibles les attaquants des équipes de football, pour leur permettre de marquer des buts! Un excellent livre, plein de poésie et d'ironie, que celui de mon camarade, président des Poètes de la Cité.

Et puisque nous sommes en Suisse, n'oublions pas la belle Anthologie nègre de Blaise Cendrars - un classique! Car Blaise Cendrars était passionné par les fables folkloriques du monde entier; ce fut un grand homme.

07:42 Publié dans Littérature & folklore | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

Commentaires

Bel article, Rémi et comme toujours, agrémenté d'illustrations superbes.

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 19/11/2011

Merci. J'essaye de choisir consciencieusement ces images. Je ne me satisfais pas toujours très vite de ce que je trouve. Pour Antar, en haut, c'est venu assez vite, mais pour le guerrier bamiléké, en bas, j'ai dû chercher pas mal de temps. (Jean-Martin Tchaptchet est issu de Bangangté, qui appartient au groupe bamiléké.)

Écrit par : RM | 19/11/2011

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