29/11/2011

Fables du folklore dans la littérature contemporaine locale

les-contes-fantastiques-d-arvillard-bcd3b807ab200f669e8e7afb8469650c.jpgJe connais quelques écrivains contemporains qui, en Savoie et en Suisse romande, reprennent des traditions légendaires locales et essaient de leur donner une dimension nouvelle, de les prolonger vers le mythe.

J'ai parlé ici de Galliano Perut, poète genevois qui a fait un drame sur Nicolas de Flue en évoquant brièvement ses inspirations célestes.

Je connais aussi Freddy Touanen, Thononais qui a publié de beaux contes sur le haut Chablais: ils sont pleins d'étranges figures symboliques. Plus au sud, et en dialecte, Pierre Grasset a publié des contes épiques sur le Val Gelon, en Savoie. La Clusienne d'origine Elisabeth Charmot, avec son roman Les Mariés-des-Inons, reprenait avec succès des traditions fabuleuses de la vallée du Giffre et du Val d'Aoste, mais aussi de Suisse. Et on doit parler de Jean de Pingon, Savoyard installé en Suisse et naturalisé qui a approfondi les traditions légendaires locales vers la science-fiction, comme dans Les Mémoires du roi Bérold - qui reçut, en son temps, le prix de la Ville de Genève. Bientôt devrait paraître de lui un nouveau roman, Le Peintre et l'alchimiste, mêlant un merveilleux lié à Saint-Maurice, en Valais, à des êtres d'outre-espace: à d'immortels Extraterrestres, vivant au fond de l'univers! Jean de Pingon est marqué à la fois par Ramuz et la science-fiction française et américaine - mélange qui crée des perspectives singulières, fascinantes. Cela n'est pas sans rappeler les pages consacrées par Michel Butor à son havre de Lucinges, dans la terre duquel il voit, l'hiver, s'activer les gnomesdune_moon.jpg comme au sein de fourneaux mécaniques, pour faire surgir, au printemps, les feuilles et les fleurs!

Dans sa poésie, Marcel Maillet lie aussi l'hiver enneigé et la lumière qui baigne les saules du Léman à des figures divines, volontiers inspirées de la mythologie grecque.

Je dois également signaler que le Normand Pascal Quignard a repris une légende savoyarde, dans un de ses livres. Il la raconte avec grâce, mais en la ramenant trop explicitement à des théories psychanalytiques: le mystère s'en évapore, en fin de compte; la poésie s'en efface.

Sinon, j'en ai déjà parlé, il y a Le Gardien du feu, de l'Ardéchois Pierre Rabhi, qui évoque les visions d'anges que les Bédouins avaient au sein de leurs campements du Sahara: j'aime beaucoup ce roman, qui me fait penser au Dune de Frank Herbert, lequel place également d'étranges figures dans d'immenses déserts de sable, qu'anime une religiosité inspirée par l'Islam. Mais Pierre Rabhi n'évoque évidemment pas de machines futuristes, comme le fait Frank Herbert: il rappelle davantage Ramuz.

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27/11/2011

Il a neigé sur le jardin de Marcel Maillet

9_ML10L.jpgLes éditions Le Tour viennent de faire paraître un recueil de poésie de Marcel Maillet, écrivain chablaisien reconnu, auquel j'ai consacré plusieurs pages dans mon livre Muses contempo-raines de Savoie. Ce petit livre a pour titre Il a neigé sur le Jardin, et j'ai l'honneur d'en avoir produit la modeste préface. J'aime les images fabuleuses de Marcel Maillet, car il ne les regarde pas comme une simple production de la fantaisie: il leur donne une valeur profonde, presque sacrée. Sans doute, il ne veut pas affirmer que le monde divin a telle ou telle forme, contient tel ou tel élément précis; mais il évoque quand même une nymphe qui a une valeur propre, et le seuil du gouffre de lumière auquel se sont arrêtés jadis dames mystiques et chevaliers braves, ou qu'ont franchi des prophètes, avant de le repasser pour les hommes, et les éclairer des gemmes fabuleuses qu'ils en ont rapportées!

Je brode, comme qui dirait, mais je suis fier d'avoir préfacé ce recueil, car Marcel Maillet est pour moi un excellent poète, dont j'approuve le style enflammé. Certains ne sont pas de mon avis: ils pensent que le style épique manque de distinction, et que les images mystiques ne sont pas convenables. Mais je suis loin de partager cette opinion! Je crois seulement qu'il faut veiller à ce que les expressions grandioses se recoupent toujours avec des vérités profondes - que les mots soient soutenus, en quelque sorte, par l'essence des choses même.

Un magnifique recueil, que celui de Marcel Maillet! J'en suis sûr, il fera date. Son prix est de 10 € seulement!

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25/11/2011

Tatouages thérapeutiques d’Ötzi

Hildegard_von_Bingen_Liber_Divinorum_Operum.jpgDans la Tribune de Genève d'un week-end de septembre, un article d'Anne-Muriel Brouet fut consacré au fameux Ötzi - retrouvé mort dans la glace de l'Ötztal, et qui aurait vécu il y a plusieurs milliers d'années (et a surpris, parce qu'il montrait que la civilisation du temps était moins fruste qu'on avait cru). Elle a écrit, notamment: Son corps est couvert d'une cinquantaine de tatouages. Leur localisation, correspondant à des points d'acupuncture, signale qu'ils étaient plus thérapeutiques que symboliques. A mon avis, il n'est pas judicieux de distinguer de cette façon les symboles de la médecine, pour les époques anciennes. Anne-Muriel Brouet présuppose, de manière plutôt moderne, que les symboles n'ont pas de lien avec la réalité physique, qu'ils sont pure fiction abstraite, mais ce n'est vrai que de ceux que de notre temps; dans les temps anciens, il n'en était pas du tout ainsi.

Il y a eu, à la fondation Bodmer, il y a un ou deux ans, une exposition passionnante sur la médecine ancienne, et il s'avérait que le corps était alors regardé comme en lien avec l'univers: les points d'acupuncture renvoient aux astres, à la manière dont l'énergie cosmique circule dans le corps. Cela existait autrefois en Occident et, en réalité, il en est toujours ainsi, par exemple, au Tibet: l'âme a un lien étroit avec le corps, lequel est visualisé par le biais de l'intuition davantage que par celui de l'analyse physique. Hildegarde de Bingen avait encore, dans l'Allemagne du douzième siècle, une conception de la médecine qui n'était pas du tout coupée des symboles, ceux-ci étant l'image du lien profond entre le corps et le ciel par l'intermédiaire de l'âme. Car on pensait que les élans de l'âme n'étaient pas contenus dans le seul cerveau; ils s'appuyaient sur tous les organes: aucune partie du corps n'était dénuée d'âme - n'était coupée de la vie de l'âme.

A Épidaure, où la médecine occidentale est née, on liait le corps aux quatre éléments, lesquels étaient à leur tour reliés aux astres - aux dieux. Le remède qu'on pouvait donner était regardé comme chargé de force divine; Apollon était dans le remède qu'on prélevait d'une plante préparée selon un rituel qui avait aussi une portée religieuse. Le médecin était en même temps un prêtre, et il était assimilé par le malade à Apollon lui-même. La purification précédant la prise du chakras-yu-ho-kung.jpgremède et imposée à l'entrée de l'hôpital était de nature à la fois médicale et mystique: le patient inhalait des fumées thérapeutiques qui lui faisaient en même temps avoir des visions de monstres qui peuplaient son âme et dont alors il se débarrassait.

Anne-Muriel Brouet devait donc dire, à mon sens, que les tatouages n'avaient pas seulement une valeur symbolique abstraite, mais aussi une valeur thérapeutique concrète: car on ne distinguait pas le corps et l'âme, au temps de cet Ötzi; l'un était le prolongement de l'autre.

Il en était également ainsi dans l'agriculture, ainsi que le montrent les Géorgiques de Virgile, et même dans les relations amoureuses, ainsi qu'une lecture réellement attentive de Vâtsyâyana le dévoile. Mais j'en parlerai un autre jour, si je puis.

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21/11/2011

Salon du livre des Marches, en Savoie

livre-en-marches.jpgLe week-end prochain, je serai au salon du livre des Marches, près de Chambéry. C'est la première fois que je m'y rends, et je me réjouis, car j'aime changer de département: cela me fait voyager. Je ne connais pas si bien la Savoie du sud - comme l'appellent les régionalistes. Le public est différent de celui de la Haute-Savoie, l'atmosphère est également différente. On rencontre de nouvelles sortes de personnes.

Au début de ma collaboration avec les éditions Le Tour, je participais souvent à des livres qui concernaient aussi bien le département de la Savoie que celui de Haute-Savoie: Le Siège de Briançon de Jacques Replat, que j'ai préfacé, se passe au bord du lac d'Annecy, mais aussi en Maurienne et en Tarentaise, et Replat lui-même, quoique vivant à Annecy, était né à Chambéry. La nouvelle des Prisonniers du Caucase de Xavier de Maistre, que j'ai aussi préfacée, a été écrite par un Chambérien bien connu, qui a sa statue devant le Château des Ducs. Et puis il y a eu mon livre Portes de la Savoie occulte, qui évoque la littérature au temps des princes et les mystères que les écrivains aimaient alors évoquer, en rapport avec la dynastie. Mais il s'est avéré que le public ne réagissait pas favorablement à cette invocation à l'ancienne Savoie: pour lui, ce n'était pas une référence culturelle significative, distincte - légitime. Je me suis donc, par la suite, concentré sur la Haute-Savoie, et en particulier sur sa partie septentrionale, car il n'y a pas non plus de cohérence claire dans la Haute-Savoie en général: le département n'a pas de culture qui lui soit commune.

J'ai, cependant, retenté récemment la chose, avec mes Muses contemporaines de Savoie. Je dois dire que le succès n'en est pas retentissant. A Annecy, un libraire important600px-Vitrail_-_Savoie.jpg a renvoyé les exemplaires en disant que la Haute-Savoie n'était pas la Savoie. J'aurais dû mettre: Muses contemporaines des Pays de Savoie. Mais c'eût été trop long. Le titre ne pose évidemment pas de problème à Chambéry, et il y a plusieurs écrivains du département de la Savoie qui sont représentés. Mon camarade tarin Jean-Luc Favre, par exemple, ou l'excellent patoisant Pierre Grasset, ou encore le noble poète gastronome Philippe Roman, le fin poète potier Émile Simonod et le célèbre Mauriennais à demi corse - par son père - Paul Vincensini, dont le talent est reconnu. Je suis donc heureux de me rendre à ce salon, qui aura lieu samedi après-midi et dimanche toute la journée. Pour les habitants de Genève, venir à Chambéry serait naturellement l'occasion de visiter la belle maison des Charmettes de Jean-Jacques Rousseau. Et aussi de voir la cité qui a abrité les princes tant haïs de 1602! Ceux qui parmi eux ont été reconnus comme des hommes d'excellence sont honorés dans la cathédrale Saint-François-de-Sales: c'est toute une atmosphère!

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19/11/2011

Littérature fabuleuse dans les anciennes colonies françaises

ANTAR-Document-4A.jpgLes anciennes colonies françaises ont fourni à la littérature francophone un paysage nourri de folklore local, au même titre que les régions francophones d'Europe; mais il faut distinguer deux groupes. Car les pays dotés dès l'origine d'une écriture ont en général proposé aux savants des livres à traduire: en Indochine, d'abord - avec, par exemple, les œuvres cambodgiennes dont Auguste Pavie a livré des versions -, mais aussi en Afrique du nord - avec l'épopée d'Antar. Sans doute, les traditions folkloriques ont pu s'insérer dans des œuvres plus récentes, comme dans Le Gardien du feu, de Pierre Rabhi, dont j'ai déjà parlé. Mais en ce qui concerne l'Afrique noire, le cas est plus général, car, souvent, on est passé directement d'une tradition orale locale à des écrits en français, l'écriture ayant été enseignée en même temps que la langue du colonisateur. C'est d'ailleurs, sur le plan pédagogique, une erreur profonde, dictée essentiellement par des intérêts politiques, mais le fait n'en existe pas moins, et cela a eu son effet positif: des traditions mythologiques africaines sont entrées de plain-pied dans la littérature francophone.

Je veux parler de deux livres qui à cet égard m'ont marqué. Le premier est l'épopée mandingue du héros Soundjata, rédigée et publiée en français par le Guinéen D. T. Niane, et évoquant un conquérant fameux du treizième siècle qu'animait une force divine et qui est devenu le saint empereur du Mali! Aujourd'hui encore on lui voue un culte, et on l'estime changé en divin hippopotame.

Le second livre dont je veux parler, je l'ai trouvé à Yaoundé, au Cameroun (où je me suis rendu il y a quelques années): il se nomme Au Pays des initiés, et est de Gabriel Mfomo, prêtre catholique Photo 019.jpglocal. Cela dépasse les contes qu'on fait venir habituellement d'Afrique subsaharienne: s'y trouvent des êtres véritablement divins, s'exprimant au travers d'animaux étranges - et l'origine cachée et méconnue du Roman de Renart et des Fables de La Fontaine s'y trouve indirectement dévoilée: comme dans la religion de l'ancienne Égypte, les dieux s'expriment par la voix des bêtes; cela explique en profondeur pourquoi les bêtes parlent,dans ces écrits. Même la source des Métamorphoses d'Ovide se comprend mieux: les immortels s'y changent en animaux, apparaissant sous cette forme. Repensons à Soundjata!

Mais puisque j'ai parlé du Cameroun, j'aimerais saluer mon ami Jean-Martin Tchaptchet, Helvéto-Camerounais qui, dans La Marseillaise de mon enfance, évoque plaisamment les croyances qui avaient cours dans le Cameroun de son enfance - les rois y rendant par exemple invisibles les attaquants des équipes de football, pour leur permettre de marquer des buts! Un excellent livre, plein de poésie et d'ironie, que celui de mon camarade, président des Poètes de la Cité.

Et puisque nous sommes en Suisse, n'oublions pas la belle Anthologie nègre de Blaise Cendrars - un classique! Car Blaise Cendrars était passionné par les fables folkloriques du monde entier; ce fut un grand homme.

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17/11/2011

Esperluette, salon du livre à Cluses

thumb-esperluette---le-salon-du-livre-de-cluses--5517.gifDimanche prochain, 20 novembre, de 14 h à 18 h, je serai au salon du livre de Cluses (Parvis des Esserts), appelé Esperluette, pour présenter mes deux derniers ouvrages, Muses contemporaines de Savoie, les écrivains savoyards depuis 1900, et De Bonneville au mont-Blanc, itinéraire littéraire de la vallée de l'Arve. Dans le second ouvrage, Cluses même a un chapitre qui lui est consacrée: Théophile Gautier l'a évoquée, mais aussi Gœthe, André Chénier, Horace-Bénédict de Saussure... Dans le premier, la noble capitale du décolletage est représentée au moins par Elisabeth Charmot, qui en est originaire!

Au salon seront également présents, soit samedi, soit dimanche, soit les deux, des écrivains récemment publiés par les éditions Le Tour (de l'association desquelles je suis le secrétaire): Marcel Maillet, Michaud Michel, Gérard Bosson, trois écrivains qui font justement partie de ma revue des Muses contemporaines: cela constitue une équipe!

Ils vous attendent tous: n'hésitez pas à venir.

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15/11/2011

Nabuchodonosor comme seul dieu

Trois-Hebreux-et-Nabuchodonosor---Enluminure---Guiard-des-.jpgDans le livre biblique de Judith, il est raconté que le chef des armées du roi Nabuchodonosor, Holopherne, a reçu pour mission de raser toutes les cités saintes et de couper tous les arbres sacrés des peuples à l'ouest de Ninive, pour que le seul dieu à demeurer fût précisément le roi Nabuchodonosor. Les peuples avaient si peur qu'ils vénéraient ou feignaient de vénérer Holopherne comme un céleste Envoyé: Tantusque metus prouinciis illis incubuit, ut uniuersarum urbium habitatores, principes et honorati simul cum populis, exirent obuiam venienti, excipientes eum cum coronis, et lampadibus, ducentes choros in tympanis et tibiis. Nec ista tamen facientes ferocitatem ejus pectoris mitigare potuerunt; nam et ciuitates eorum destruxit, et lucos eorum excidit; paeceperat enim illi Nabuchodonosor rex, ut omnes deos terrae exterminaret, uidelicet ut ipse solus diceretur deus ab his nationibus quae potuissent Holofernis potentia subjugari. Mais, comme le dit la citation ci-dessus, les processions en l'honneur d'Holopherne n'empêchèrent pas celui-ci de détruire les cités et d'exterminer tous les dieux de la Terre afin que son maître fût le seul dieu vivant!

Cette façon de cristalliser sur la personne du Prince l'idée de la divinité se reverra chez les empereurs romains, et même les rois de France. L'Église catholique la tempéra, jusqu'à un certain point, et dans un premier temps: Jacques de Augustus.jpgVoragine disait que si les empereurs romains avaient persécuté les chrétiens, c'est parce que ceux-ci osaient dire qu'il existait un dieu au-dessus d'eux! L'idée qu'il existait un dieu au-dessus du Prince, dans l'Antiquité, s'imposa peu à peu et, diminuant le prestige de l'Empereur, favorisa sa chute.

Cependant, l'absolutisme monarchique, en conciliant le catholicisme et le culte du Prince, ramena bien cette tendance. Et même à l'époque moderne, dans la mesure où on rend souvent à l'État un véritable culte, où on l'assimile, de l'aveu de nombreuses personnes, à la Providence, cela n'a-t-il pas persisté, quoique sous une forme plus intellectualisée?

En France, les Jacobins, lorsqu'ils instaurèrent le culte de l'Être suprême, avaient prévu ce danger - avaient deviné que l'élan religieux étant spontané, chez l'homme, s'il ne trouvait pas de butée, il s'orienterait vers des choses terrestres, telles que l'État. Mais cela a été mal compris, et on a décidé d'ôter toute allusion au divin, comme s'il était possible d'en ôter aussi le sentiment, ce qui cependant n'a pas empêché le sentiment réel de se tourner vers certaines choses de ce monde comme s'il s'agissait de quelque chose de divin. Cela agit aussi de façon inconsciente. Amiel assimilait cela à du fétichisme. J'y reviendrai, si je puis.

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11/11/2011

Conférence à Seynod: l’haleine des Muses sur Annecy

Mediatheque_diaporamaPage1colFull.jpgSamedi 19 novembre, à 10 h 30, à la médiathèque de Seynod, près d'Annecy, je présenterai mon dernier livre, Muses contemporaines de Savoie, les écrivains savoyards depuis 1900, en mettant l'accent en particulier sur les écrivains du bassin annécien, et notamment sur Léo Gantelet, grâce auquel j'ai pu faire cette conférence, car il est une figure majeure de cette noble cité de Seynod. J'aime ses livres, et je me souviens avec émotion de la belle atmosphère qui règne dans celui qu'il a consacré à son pèlerinage bouddhiste dans l'île japonaise de Shikoku: quand il longe la mer et songe à la Terre lancée dans le vide, alors qu'il est au milieu d'un monde pour lui inconnu, je le trouve bouleversant. Il a aussi évoqué le lac d'Annecy avec une grâce indéniable, faisant de sa beauté le reflet du monde des âmes.

Le poète le plus primé d'Annecy est néanmoins Jacques Ancet, dont j'aime beaucoup les vers, qui sont comme un flot faisant passer sous l'œil intérieur des images qui disparaissent aussitôt qu'elles sont nées.

Je suis également un grand admirateur d'un écrivain qui s'est emparé de légendes locales et les a mêlées pour en faire une sorte de récit mythologique, au sein duquel les bergers s'unissent à des étoiles: c'est Georges Chapier, peu connu, mais qui a été pour beaucoup dans la 441px-LacAnnecy.jpgfascination que la littérature savoyarde a exercée sur moi. J'ai eu l'impression, après l'avoir lu, que celle-ci dissimulait des trésors.

Je parlerai aussi d'Anna de Noailles et de son disciple Oscar David, qui ont écrit de beaux poèmes sur Annecy et son lac, ainsi que d'Hyacinthe Vulliez et Jean-Vincent Verdonnet, qui ont mêlé le lac et ses environs à leurs méditations mystiques. Il faudra enfin que je dise quelques mots sur Michel Dunand, vieil Annécien qui dirige la Maison de la Poésie dans sa chère ville.

Cela me donnera l'occasion de parler d'auteurs différents de d'habitude, car dans mes conférences, je me suis centré, à cause des lieux où je les ai faites, sur la région d'Annemasse, le Chablais, le Faucigny; mais cette fois, je me rendrai plus au sud!

Le bassin d'Annecy a une atmosphère distincte, différente de celle du nord du département (de Haute-Savoie), et j'aime cette atmosphère: Annecy est le lieu où j'ai passé mon adolescence, et j'y ai encore des souvenirs poignants. A Seynod même, j'ai bien connu une certaine... Mais j'en parlerai un autre jour.

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09/11/2011

Almanach 2012 des Pays de Savoie

untitled.pngL'Almanach 2012 des Pays de Savoie des éditions Arthéma vient de paraître et peut être trouvé dans les bureaux de presse de Savoie et de Haute-Savoie. J'y suis l'auteur de deux articles, un sur les mémoires du prince Eugène de Savoie, dont j'ai préfacé la récente réédition chez Anatolia, et un autre sur saint Amédée de Lausanne, qui est lié à la fois au Dauphiné, à la Savoie et à la Suisse romande, et qui a écrit de belles homélies mariales dont je cite des passages que j'affectionne, faisant de Marie une sorte de déesse, pleine de beauté et de force, élue reine par les anges, guidant les hommes depuis le ciel et agissant jusque dans la nature. (On sait que la cathédrale de Lausanne fut conçue comme devant être sa maison sur terre; selon les historiens, elle fut, jusqu'à l'arrivée des Bernois, un vrai palais des anges.) Il y a néanmoins beaucoup d'autres articles intéressants, notamment sur les châteaux de la Savoie, ou les établissements scolaires, les fées de Féternes et les légendes qui les concernent (elles seraient à l'origine d'une lignée de seigneurs ayant disposé de leur trésor, à la façon des Nibelungen), et un Genevois qui a donné son nom à une partie du Salève: le naturaliste Gosse. A se procurer, donc!

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07/11/2011

François Hollande à l’assaut de l'Élysée

robocop_murphy.jpgJ'ai trouvé qu'au lendemain de son élection comme candidat du Parti socialiste aux prochaines élections présidentielles de France, François Hollande avait eu des discours grandioses, au moins par le ton déchaîné, peut-être fait pour démentir sa réputation de mou. Comme il plaisante moins qu'avant, et arbore toujours un masque figé d'homme d'État, quand je l'ai entendu parler, j'ai, je ne sais pourquoi, aussitôt songé aux magnifiques partitions que le génial mais regretté Basil Poledouris a composées pour Robocop et Starship Troopers, deux films de science-fiction magistraux de Paul Verhœven. Cela mêle l'atmosphère militaire à un fond plus romantique, plus mélancolique, et on sait qu'en particulier le second, chef-d'œuvre adapté d'un roman de Robert Heinlein, reprend l'esprit militaire et conquérant de cet écrivain tout en le parodiant. Le fond mélancolique de la partition de Poledouris vient enrichir en le contredisant l'élan guerrier, et fait d'une épopée nationaliste une forme de tragédie cosmique. Quant à Robocop, il n'est pas directement satirique, mais l'idée d'un policier qui est un robot à tête humaine a quand même quelque chose de comique: le personnage a fait rire, en son temps.

Le fait est que je ne suis pas tellement enthousiasmé par François Hollande. Je trouve globalement que ses idées n'ont rien que de très bourgeois, et que son ton ardent fait surtout du bruit. Il essaie d'emballer la machine électorale pour s'emparer de l'Élysée, mais je trouve les idées d'Éva Joly bien plus novatrices et courageuses. On dirait que François Hollande veut mettre toute son énergie à faire ce que font les socialistes depuis presque toujours: aller dans le sens de ce que veulent globalement les fonctionnaires! Mais je pense que lorsqu'on se trouve face à un choix entre faire ce qui est juste et faire ce qui est conforme à la tradition nationale, il ne faut pas suivre la 19178892.jpg-r_760_x-f_jpg-q_x-20091005_024131.jpgseconde, mais, froidement et courageusement, sans parler fort, rompre avec la tradition pour faire ce qu'on regarde comme juste. Voltaire le disait, ironiquement: un ancien abus est toujours sacré. On le croit constitutif de l'identité du pays! Or, le critiquer chez les autres n'est rien: cela ne fait que flatter l'orgueil national. Ce qu'il faut, c'est faire des choix qui arrachent à une coque devenue trop lourde - et qui désormais empêche d'évoluer. Éva Joly me paraît tout à fait consciente qu'il en est ainsi. Ses propositions, qui échappent à la superstition entourant les habitudes collectives de notre doux pays de France, me semblent porter la marque de cette capacité à donner de vraies nouvelles perspectives.

Quoi qu'il en soit, Basil Poledouris, il est fabuleux!

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03/11/2011

Salon du livre du château de Ripaille 2011

303068_243665399024221_100001422888729_700838_238659335_n.jpgComme chaque année depuis pas mal de temps, je serai au salon du livre du château de Ripaille, près de Thonon, pour l'édition de cet automne 2011: c'est le 6 novembre, dimanche prochain. Je présenterai un ouvrage que je n'avais pas l'an passé: Muses contemporaines de Savoie, les écrivains savoyards depuis 1900, avec dedans des écrivains du Chablais en général et de Thonon en particulier: ils sont présentés de façon assez claire, à mon avis. Un lecteur de Bretagne, originaire d'Ugine (en Savoie), m'a envoyé une lettre pour me féliciter de cet ouvrage, et dire son contentement d'avoir pu appréhender la démarche souvent assez compliquée des auteurs de façon aisément accessible. Une lettre d'un admirateur, cela fait toujours plaisir! Mais j'ai justement essayé de mettre à la portée de tous des voies qui fréquemment sortent des travées habituelles, et n'hésitent pas à toucher du doigt la lumière de l'âme, le mystère qui dort au fond des choses.

Jean-Vincent Verdonnet a chanté en beaux vers le Léman; Marcel Maillet a vu entre les saules de ses bords briller l'Éternel; Elisabeth Charmot vit et travaille à Thonon, et elle a écrit de beaux livres; Freddy Touanen a évoqué avec beaucoup de grâce les légendes du haut Chablais; Hyacinthe Vulliez, originaire des environs de Thonon, a chanté la nature en y décelant des flammes mystiques; et ainsi de suite: le Chablais est devenu très productif, sur le plan littéraire! Le lac de toute façon y renvoie les feux des astres en dessinant dans l'air les figures étranges de nymphes que les poètes voient comme en rêve... Marcel Maillet en a parlé, dans un recueil qui sortira bientôt, et dont je reparlerai.

Les vapeurs éclairées font des arcs colorés qui sont l'entrée du pays des fées: telle est la vertu d'un lac, d'une mer!

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01/11/2011

Tintin et le retour des ancêtres

tintin-spielberg-vo.jpgJe suis allé voir le Tintin de Spielberg et j'ai trouvé jolies les couleurs, impressionnants les décors: on se serait cru dans un Disneyland renforcé. Le trésor brillait d'un feu presque magique, rayonnant. En dehors de cela, néanmoins, j'ai un peu de mal à conserver en mémoire des éléments marquants. Je n'ai pas été choqué, comme certains critiques ont dit l'avoir été, par le combat de grues à la fin: cela m'a paru plutôt amusant. J'ai été davantage rebuté par le célèbre épisode des pirates de l'époque de Louis XIV, dont le capitaine Haddock a comme la vision, en plein désert: je le trouvais bien plus intense, prenant, dans les albums d'Hergé; Spielberg l'a rendu plus extraordinaire, mais l'émotion vraie s'en est allée, à mon avis.

Ce qui m'a particulièrement ennuyé est l'idée que non seulement le capitaine Haddock est le descendant du chevalier de Hadoque, mais que le méchant descend, lui, de Rackham Le Rouge: on laisse entendre que les deux personnages contemporains réincarnent leurs propres ancêtres. Mais l'idée de réincarnation, telle qu'elle est présente en Orient, n'est pas, à ma connaissance, liée à l'hérédité. Je ne crois pas qu'au Tibet on cherche la réincarnation d'un homme au sein de sa descendance! Cette préoccupation du lien génétique est typiquement occidentale, à mon avis. Mais alors, on ne dit pas que les mêmes reviennent trois siècles plus tard: 1083741162.jpgon dit simplement qu'on défend l'honneur de la famille. Dans le Midi, le système des vengeances pesant sur les lignées soumet volontiers l'individu, qui ne revient pas à travers un descendant particulier, mais dont l'esprit survit à travers le souvenir qu'il laisse au sein de la famille.

Il y a là un sentiment d'appartenance au groupe qui me semble exhaler quelque chose d'égyptien, à vrai dire; c'était présent aussi dans l'ancienne Rome. Lorsque je suis allé en Corse, j'ai été frappé par un fait à mon sens remarquable: dans les cimetières, seulement des caveaux de famille: pas de tombe individuelle.

Dans le Nord antique, Régis Boyer l'a montré, on glorifiait au contraire le destin de l'individu. Mais peu importe. Je trouve seulement que ce mélange entre l'idée d'appartenance à la lignée et celle d'un retour des individus d'une époque à l'autre est mal venue, ne fonctionne pas. On dirait qu'on a voulu donner une image noble et belle du culte des ancêtres à travers un concept oriental qui pourtant la contredit, puisqu'il dissout le lien héréditaire dans le pur néant. Mais dans ce néant, on a justement voulu conserver le lien génétique comme s'il était sacré. Bizarre.

Hergé, quoi qu'il en soit, était simplement catholique; il voulait qu'on respecte ses ancêtres sans pour autant chercher à les venger: c'était la morale européenne habituelle, bourgeoise, chrétienne - et molle, si on veut. Ce que Spielberg a conçu me paraît excessif du point de vue d'Hergé et mal fondé en soi.

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