01/12/2011

Mort de Ken Russell

Altered States in the mouth of madness.jpgLe cinéaste anglais Ken Russell est mort il y a quelques jours et j'avais vu de lui un film qui m'avait frappé, adapté d'un roman de science-fiction de Paddy Chayefsky, Au-delà du Réel (Altered States). C'était l'essence du psychédélisme contemporain. Le thème tournait autour de la possibilité de remonter à l'origine métaphysique de l'humanité et du monde en passant par l'hérédité, par l'héritage physique. Naturellement, cette forme de mysticisme matérialiste renversait le système de valeurs habituel, et la plongée dans les mystères de la chair passait par des visions démoniaques, pour le héros, une régression dans l'ordre humain, mais aussi, à l'écran, de la nudité, et des postures suggestives, surtout chez la femme du personnage principal, dont j'ai oublié qui la jouait. Les femmes qui accompagnent les héros et que le réalisateur dénude, il faut l'avouer, ont souvent un rôle peu substantiel: leur personnalité ne marque pas toujours; on se souvient mieux que le personnage principal était joué par William Hurt.

La science-fiction, dans ce film étrange, venait de ce que les visions de ce héros avaient sur son corps un effet visible: plus il remontait loin dans le passé, plus il se transformait en singe. On approchait du thème du loup-garou. Les visions étaient dues aux rites des Indiens d'Amérique, amplifiés par des procédés plus modernes et liés à la technologie. Finalement, il se changeait en monstre informe, puis en énergie pure, avant d'être sauvé, disait-on, par l'amour de sa femme, ce qui n'avait pas une vraisemblance énorme, mais permettait de terminer le film sur une note érotique, car cet amour conjugal était assez concret, pour ainsi dire. Il ne s'agissait pas de traumatiser le spectateur: il fallait bien le rassurer par des supports familiers, comme est le corps de la femme.

Ce psychédélisme, c'est toute une époque.

J'ai vu un autre film de Ken Russell, qui se passait à Genève et mettait en scène, avec force images et visions bizarres, à nouveau, Lord Byron, les Shelley et leurs amis. Mais il ne m'a pas vraiment marqué. Il se nommait Gothic, je crois.

08:09 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

Commentaires

Gothic était intéressant, mais avait ce côté boursouflé des films de Russell à l'époque qui altérait considérablement l'impact d'un scénario osé (les circonstances de la création de l'oeuvre de Mary Shelley au cours d'une nuit mémorable). Mais, comme toi, j'ai été (et suis encore profondément) fasciné par Altered States, ses visions fantasmagoriques teintées de mysticisme sublimées par un montage très réussi.

Écrit par : Vance | 07/12/2011

Oui, c'est impressionnant. Mais je crois que "Gothic" fut le commencement du déclin, pour Russell. Il est venu après "Altered States", et il continuait à être baroque, mais il n'était plus très inspiré. Ce qui est impressionnant, dans "Au-delà du Réel", c'est la plongée dans des états antérieurs, et la transformation du corps même en ces états antérieurs. C'est justement la force du psychisme sur le physique, qu'en réalité dans ses discours le film nie, de façon contradictoire. Car au bout de la quête, le personnage affirme qu'il n'y a que du néant, que Dieu n'existe pas. Mais si c'est vrai, alors, le psychisme qu'il représente n'a aucun pouvoir sur la matière, comment donc le psychisme humain pourrait à son tour modifier la corporéité? Cela n'a pas de logique. Il y a des choses fascinantes, des éléments frappants, mais l'ensemble paraît incohérent et baroque, mêlé d'idées toutes faites, typiques du temps, telles que: Dieu n'existe pas, ou: le fond des choses est pur néant, ou: le sexe, il n'y a que ça de vrai, ou: l'homme n'est qu'une bête décorée d'humanité, etc.

Écrit par : RM | 07/12/2011

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