05/12/2011

Les danseuses de Sinharat

Sinharat.jpgJ'ai critiqué le roman d'André Malraux La Voie royale parce que le célèbre écrivain français avait réduit les Apsaras d'Angkor à de simples danseuses de cour, effectuant une sorte de sacrilège qui, de mon point de vue, poursuivait celui qu'il avait commis en sciant des statues de pierre de ces demoiselles divines.

Quand j'étais adolescent, j'aimais la romancière populaire américaine Leigh Brackett, dont on a, tout récemment, réédité les romans martiens, regardés comme des classiques. Elle fut, en son temps, admirée de George Lucas et Michael Moorcock. Elle devait beaucoup à la génération des écrivains américains populaires H. P. Lovecraft, R. E. Howard, E. R. Burroughs. Or, parmi ses romans, s'en trouve un qui s'intitule Le Secret de Sinharat et qui évoque une cité antique et déserte de la planète Mars contenant des sculptures de danseuses auxquelles celles d'Angkor ont probablement servi de modèle.

Leigh Brackett est assez proche de Malraux, dans son regard sur la culture ancienne. Mais elle a voulu conserver à ces statues étranges une part de mystère. Elle affirme que les gens qui régnaient dans les temps anciens, au sein de cette cité ruinée, effondrée et maudite, avait acquis le pouvoir de se transporter d'un corps à un autre et donc de ne jamais mourir, en se servant d'esclaves. Ainsi étaient-ils, par la population, assimilés à des dieux.

Curieusement, Cyrano de Bergerac raconte que les hommes de la lune ont la même faculté; Lovecraft en parla aussi. Évidemment, ils n'en sont pas moins maléfiques, et Leigh Brackett a le point de vue de la philosophie moderne sur les anciennes religions: elle laisse entendre qu'elles s'appuyaient sur l'orgueil d'êtres qui exploitaient à leur profit une science dont ils étaient les seuls dépositaires.

Comme c'est en général le cas dans la science-fiction, le merveilleux illustre les idées qu'avait déjà Voltaire.

09:30 Publié dans Exploration spatiale | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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