09/12/2011

Écrivain folklorique de la Terre de Saint-Claude

vuillermoz.JPGQuand j'habitais à Saint-Claude, je rencontrais parfois un écrivain local qui essayait de créer une littérature mêlée de folklore et de légendes et qui animait, dans ses livres, des figures assez émouvantes. Je le comparais parfois à Blaise Cendrars, car il mêlait une forme de fantaisie et de liberté de ton à une passion authentique et profonde pour le merveilleux propre aux traditions populaires: il allait jusqu'à voir dans ses images féeriques le reflet de la religiosité propre au Jura. Il se nommait - et se nomme toujours - André Vuillermoz, et était - et demeure - chanoine de son état. Son plus beau livre, parmi ceux que j'ai lus, est sans doute Bestiaire insolite, car il est le plus libre de ton, et demeure léger. La féerie s'y enracine dans un éther secret où se meuvent, invisiblement, mille êtres enchantés!

Mais dans sa région, il était plus connu pour ses exploits de skieur de fond et le récit qu'il en avait effectué, publié chez Cabédita. On le connaissait également pour avoir évoqué la figure de l'avocat Christin, nourri de la philosophie des Lumières et ami de Voltaire à l'époque où celui-ci résidait à Ferney: ils correspondaient, et le célèbre philosophe le soutenait dans son combat pour la books.jpgsuppression du statut servile de la mainmorte, c'est-à-dire l'incapacité à pouvoir léguer à ses enfants ce qu'on possédait, tout ce dont on était propriétaire devant revenir aux seigneurs. A Saint-Claude, les seigneurs, c'était les abbés, qui dirigeaient le haut Jura, qui portait alors le nom de Terre de Saint-Claude. Maints catholiques en voulaient beaucoup à André Vuillermoz d'avoir évoqué cette noble figure locale, animée par un humanisme peut-être plus chrétien, au fond, que ne l'était la défense aveugle des prérogatives des abbés; mais on lui en voulait surtout d'avoir signé un livre en commun avec un élu communiste de la ville, qui avait écrit la partie sur Voltaire même. Un communiste qui accepte d'écrire un livre conjointement avec un prêtre catholique, ce n'est pourtant pas très déplaisant. Et puis l'avocat Christin était en particulier inspiré par Rousseau, qui croyait que l'Être suprême pouvait se déceler au fond de la Nature; peut-être que ce digne avocat avait eu la révélation que les serfs de Saint-Claude devaient être émancipés en contemplant la lumière qui, le soir, se déposait sur les cimes des monts Jura! Une voix lui avait parlé, il avait agi. Il était légitime de célébrer sa mémoire.

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