15/12/2011

Église abbatiale d’Hautecombe

Abbaye-hautecombe--47-.jpgJe voudrais revenir sur le beau décor de l'église abbatiale d'Hautecombe, que j'ai visitée récemment.

On remarque, autour des cénotaphes, de sublimes pleureuses, sortes de fées qui versent des larmes sous leurs capuchons blancs. Elles avaient placé l'âme de ces héros que sont les princes de Savoie sur la Terre, dans des corps humains, et voici qu'elle repartait loin de leur portée: leur tristesse en est forcément infinie, car elles les aimaient, les fées ayant toujours aimé les héros parmi les hommes, puisque par eux seuls elles peuvent gagner le Ciel, étant en quelque sorte bannies dans l'atmosphère terrestre afin d'y accomplir les tâches qui sont les leurs. Qu'elles sont nobles, ces demoiselles qu'accompagnent parfois, dans les ensembles sculptés, des anges qui justement emmènent ou accueillent l'âme de ces princes et ces princesses dans le royaume des cieux!

J'aime aussi particulièrement un tableau médiéval, proprement cistercien, exposé dans l'église (et qui n'est pas celui ci-dessous, bien qu'il représente la même onirique scène): il montre quelque chose d'étrange: la sainte Vierge entourée d'anges de feu, et dont le sein nu envoie un rayon doré jusque dans la bouche de saint Bernard de Clairvaux. mod_article504627_1.jpgLa façon dont le symbole est représenté, en mêlant la chair et l'esprit, faisant du lait de Marie divinisée la sagesse mystique à laquelle s'abreuve le fondateur de l'ordre de Cîteaux, est inhabituelle et, dans sa hardiesse, a quelque chose de grandiose. Soudain, il apparaît que, sur le plan mystique, dans l'ordre de l'Esprit, les choses ne sont pas vécues différemment de la manière dont on peut les vivre physiquement, sauf qu'elles ne sont justement pas vécues physiquement. L'ordre naturel a son équivalence sublimée dans l'ordre spirituel. On ne peut pas dire que cela ne rappelle pas certaines images orientales ou mythologiques montrant des héros ou des saints s'unissant à des déesses ou à des fées. Le contact était évidemment rendu chaste par la distance, le rayon lumineux jaillissant du sein de la Vierge sans que celui-ci soit touché, ce qui rappelle qu'il s'agit seulement d'une union spirituelle: on ne peut toucher le corps glorieux de la Sainte par son corps de chair terrestre, impur. Mais le rayon, qui est le lait sacré de la mère universelle, peut, lui, entrer dans la bouche et l'âme de l'homme pieux. La nourriture en est réelle; l'âme en est divinement alimentée. J'ai adoré ce mélange entre le haut et le bas, entre l'esprit et la matière, entre le Ciel et la Terre, l'absence de rupture apparente qu'ont les deux mondes, au sein de l'image, laquelle réunit ces deux mondes, pour donner l'image de l'unité. Le tableau peut être longuement médité. Les anciens moines cisterciens le méditaient longuement, et trouvaient dans l'image une source de chaleur, de lumière.

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