25/12/2011

L’Enfant cosmique à Noël

Dans les pays latins, au moins d'Amérique, je l'ai entendu dire, le Père Noël n'existe guère, et les cadeaux sont donnés par l'Enfant Jésus: durant la nuit de Noël, on ajoute sa figure à la crèche et l'on 2001.jpgplace des cadeaux auprès. Ce qui importe le plus, c'est la crèche, comme dans l'ancien christianisme: le catholicisme, qui a le culte des formes, les cristallise; il est conservateur.

Cela me fait curieusement penser à un film réalisé dans un milieu au sein duquel le culte de l'Enfant Jésus était passé de mode, 2001: l'Odyssée de l'espace. Car on sait qu'à la fin, un enfant immense et transparent occupe l'espace intersidéral, scrutant la Terre et semblant attendre l'éveil de l'Homme. Arthur C. Clarke, d'une nouvelle duquel le film a été adapté, parle d'un être spirituel à venir, créé à partir de la captation des forces qui, dit-il, ont formé le cerveau et l'utilisent à présent comme support. N'a-t-on pas remarqué que les abeilles se comportaient entre elles comme des neurones sans que rien de sensible les relie? Une organisation les unit au sein de l'éther.

Clarke dit que ce cerveau dématérialisé est un enfant parce qu'il n'a pas encore appris à évoluer avec sa nature propre. Mais l'image du film est assez saisissante: le cocon de cristal brillant dans lequel plane cet enfant ressemble à un œuf, mais aussi à 60600991.jpgces bulles dans lesquelles on mettait les êtres divins dans l'iconographie religieuse ancienne, ou orientale.

On sait aussi que cet enfant a été créé à partir de l'être profond de l'homme parti à sa recherche, Dave Bowman - cosmonaute qui est allé au bout de l'univers -, et que c'est passé par l'intermédiaire du mystérieux Monolithe Noir, qui semble contenir le secret de la pensée en l'être humain, l'y avoir fait naître. Si on apprenait que l'enfant divin du film de Kubrick est apparu dans le monde à Noël, serait-on surpris? Cela manque d'ailleurs peut-être au film, de l'avoir rendu explicite: il a privé de couleurs cet être fabuleux; son air lunaire ne correspond pas à l'or et au feu dont d'habitude l'Enfant divin s'entoure. Jacques de Voragine, l'auteur de la Légende dorée, disait que plusieurs Saints avaient eu la vision de cet être grandiose dans l'orbe du Soleil - s'avançant au-dessus de l'humanité. La froideur de ce que montre Kubrick crée une faille. Comme si le célèbre cinéaste avait eu à l'esprit l'image de l'hiver physique, la neige, la glace, l'albumine qui se dépose par fragments sur le monde à cette époque de l'année! et non ce que les chrétiens médiévaux regardaient comme l'apport secret de l'Enfant divin: l'or, le feu - le jaune de l'œuf, si on m'autorise cette comparaison apparemment triviale -, qui vont se placer dans la Terre et permettre à l'Homme de renaître - en même temps que la Nature, au sens végétal du terme. Sa figure reste austère, comparée à celle de l'enfant dans la crèche des pays pétris d'art baroque que sont ceux du sud européen et américain. D'un autre côté, elle est plus éthérée. On dira que l'art médiéval, en Occident, conciliait les deux. Mais dans un monde moins vaste.

13:54 Publié dans Spiritualités | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

Commentaires

Même en Lorraine, il y a quelques temps du moins, c'était l'Enfant Jésus qui apportait les cadeaux.
Un très grand de nous plonger dans cette puissante histoire à la fois symbolique et incarnée.
Que Noël vous soit bienfaisant!

Écrit par : Marie-France de Meuron | 25/12/2011

Merci, à vous aussi! C'est vrai qu'en principe dans les pays catholiques l'Enfant Jésus apportait les cadeaux, et l'arrivée du Père Noël depuis l'Amérique (bien qu'il vienne d'Europe du nord, je crois) dans les pays catholiques est assez récente. C'est le précurseur d'Halloween, à cet égard. Mais saint Nicolas reste un grand saint. Il n'a simplement pas la force de promesse de l'Enfant. Merci de votre passage, et de votre voeu, je vous dirai aussi que Noël vous soit bienfaisant!

Écrit par : RM | 25/12/2011

Les commentaires sont fermés.