29/12/2011

Le Père Noël et ses couleurs

3053073710.jpgJ'ai lu ici ou là que le Père Noël eût eu à l'origine un manteau vert, et que c'est une marque célèbre qui par sa publicité lui eût imposé le même rouge que son produit arbore sur ses emballages. Mais la date de cette publicité m'a laissé immédiatement sceptique, car, grand lecteur de J. R. R. Tolkien, je connais ses Lettres du Père Noël depuis l'enfance, et ce livre contient des images du Père Noël réalisées dès avant la date en question, et le montrant tout de rouge vêtu, avec la barbe et les franges blanches que nous lui connaissons. Il ne me paraissait donc pas vraisemblable que la marque américaine célèbre eût transformé le vert en rouge. Pour ce qui est de saint Nicolas, l'Église catholique le plaçait bien, en général, sous un manteau rouge, dans les images qu'elle faisait de lui.

Dans le célèbre poème de Clarke Moore qui a popularisé le Père Noël, composé en 1822, il n'est ni vert ni rouge, cependant, puisque dit couvert de fourrure animale. L'écrivain lui donne ses autres traits habituels, le faisant jovial et bedonnant, lui attribuant des yeux luisants et des joues roses - sans respect réel pour la solennité exigée par l'Église catholique lorsqu'on parle d'un Saint! Il la tourne plutôt en dérision, l'appelant saint Nick, et faisant de lui un vieil elfe. (Tolkien n'avait pas d'autre source d'inspiration, sans doute: pour lui, les Saints et les Fées appartenaient au même peuple béni de la Terre et du Ciel!) Cependant, les éditions que le dix-neuvième siècle a ensuite données de ce texte portaient en couverture le Père Noël en manteau et en capuchon rouges, même quand de la verdure s'y mêlait, notamment à sa coiffure: du houx, du gui, une branche de sapin!

Il est vrai que des images le représentaient aussi en vert, et même en bleu. Lescrooge.jpg Père Noël n'est pas tenu par une couleur particulière: il a une garde-robe bien remplie, et saint Nicolas lui-même pouvait changer de couleur à l'occasion, si l'envie lui en prenait!

J'ai dans l'idée que le Père Noël a aussi pour origine les rois mages: or, il y en a souvent un qui est en rouge, un autre qui est en vert; cela pourrait expliquer l'hésitation.

Mais la Providence m'a récemment fait tomber sur A Christmas Carol, de Charles Dickens, qui date de 1843: on y trouve un Esprit du Noël Présent qui was clothed in one simple deep green robe, or mantle, bordered with white fur. Il a, sinon, le même air que le saint Nicolas de Clarke Moore: jovial, et les yeux étincelants. Il a aussi un fourreau vide, et rouillé. En outre, il a une taille de géant, trait qui n'est généralement pas attribué à saint Nicolas. Dickens ne dit d'ailleurs pas qu'il s'agit de ce noble patron des enfants. Mon avis est que sa couleur verte ne renvoie pas au tant à ce Saint qu'au Sapin de Noël - cet arbre toujours vert, image du Paradis et de son Arbre de Vie. La haute taille de cet être mystérieux peut s'expliquer de cette façon. Il est l'esprit de l'arbre de Noël, peut-être confondu avec le saint Nicolas dont Clarke Moore avait parlé vingt ans auparavant. Mais on ne peut pas dire, je crois, que saint Nicolas ait généralement été assimilé à la couleur verte, et que la grande marque américaine qu'on connaît lui ait imposé une couleur nouvelle.

08:56 Publié dans Littérature & folklore | Lien permanent | Commentaires (14) | |  Facebook

Commentaires

Un Savoyard devrait au moins mentionner Chalande, nom du personnage issu de Saint-Nicolas, en Savoie et dans les communes réunies, y compris dans certaines communes protestantes. Lui a été tué par l'inculture, l'ignorance et Coca-Cola.

Écrit par : naville vincent | 29/12/2011

A mon avis, il faudrait faire un article spécial. Mais Jean-François Mabut en a fait un, justement, qui porte sur ce sujet, le 22 décembre 2009, et il citait à son tour Benjamin Chaix, et un article que celui-ci avait publié dans la "Tribune de Genève":

"C'est la fête aux Chalande. Qu'on s'appelle Chalande, Challande, Challandes ou Chalandon, on peut s'enorgueillir d'être un peu parent du Père Noël. Comme le rappelle le «Dictionnaire étymologique des noms de famille», chalende, ou chalande, désignaient la fête de Noël dans les anciens dialectes du Dauphiné et du Lyonnais [ainsi que de Savoie, donc].
Ces noms sont des dérivés du latin calendae, qui signifie calendes, premiers jours de l'année romaine. A certaines périodes de l'Histoire, la nouvelle année commençait le jour de Noël. C'était le cas à Genève de 1305 à 1574. Les calendes de janvier, qui étaient le prétexte à de grandes fêtes, furent ainsi confondues avec la Nativité. «Quel âge as-tu, Bastien? Oh là, monsieur, j'ai 14 ans contre Chalende.» Cette petite phrase citée par Henri Mercier en 1914, indique bien qu'à Genève on disait Chalende à la place de Noël.
Réplique du «Bon Enfant» vaudois et du «Samichlaus» zurichois, Chalande est aussi l'incarnation de Noël en un vieillard pourvoyeur de réprimandes ou de gâteries. «Chalande est venu, sa barbe de paille, son chapeau pointu, cassons les anailles, et mangeons du pain blanc jusqu'au Nouvel- An». La comptine typiquement genevoise indique bien le lien fait entre un Noël personnifié et la période faste que sa venue annonce."

J'ai pensé qu'il fallait varier l'approche, et éviter la répétition. C'est peut-être le problème avec mon assimilation à un "Savoyard", cela invite à traiter toujours un peu les mêmes sujets. Mais j'ai aussi étudié la littérature anglaise, j'ai eu un Diplôme d'Etudes Supérieures en Etudes Anglaises, à la Sorbonne.

Écrit par : RM | 29/12/2011

(Cependant, on dit que les termes locaux ont été plutôt supprimés par les Etats locaux et l'éducation de masse, ou la Télévision nationale française, pour ce qui est de l'espace francophone. Je ne pense pas, en l'espèce, que les grandes marques américaines, ou la culture telle que la publicité de masse la véhicule, soit très concernée. Car lorsqu'ils diffusent leurs publicités en France ou en Suisse romande, les Américains traduisent "Father Christmas" par "Père Noël" - et non "Père Chalande" - à la demande des autorités locales, c'est donc bien elles qui sont responsables.)

Écrit par : RM | 29/12/2011

Mysterious Resemblance...Le summum de la classe tout en teintes glacées, pour Ambre: http://youtu.be/d-kcczAff40

Écrit par : Barbie Forever | 29/12/2011

Rémi, je me suis trompée, cette vidéo était pour un comm dans un autre billet! Voilà le comm pour celui-ci :



Que pensez-vous des ossements volés qui détient l’Italie concernant le vrai saint ? Et la bataille scientifique pour les étudier, même Venise réclame l’authenticité d’une partie de l’squelette et dans le tombeau de Myre il ne leur reste plus rien il paraît!

Écrit par : Barbie Forever | 29/12/2011

C'est divertissant cette origine de Père Chaland, nous avons gardé notre Saint Nicolas et son père fouettard, saint Nicolas est gentil, distribue des bonbons, des mandarines et des speculoos en passant par la cheminée, le père fouettard est tout noir ( de suie ) il est chargé de la besogne de gronder des vilains garnements qui se cachent de nuit pour vérifier si Saint Nicolas est bien vrai.
Ce père fouettard en Flandre est appelé Zwarte Piet, difficile de traduire, parfois cela veut dire un emmerdeur, ou parfois un mouton noir, la différence entre bourreau et victime est mince. Quand les bons pères blancs ont importé saint Nicolas en Afrique, certains africains ont un peu mal pris que le père fouettard soit tout barbouillé de noir, alors que Saint Nicolas qui est censé passer par la même cheminée soit resté rose et impeccable dans sa vêture.
Ces polychromies sont, comme vous le montrez ci-dessus souvent les fruits des imaginaires ...
Le géant vert Hanuman, que j'ai partagé hier, semblait avoir un faciès de singe c'est un autre monde, peut-être mais je ne crois pas que dans la religion chrétienne, le bestiaire peut prendre l'apparence d'un saint ...

Écrit par : capucine | 29/12/2011

Officiellement, non, peut-être, Capucine, mais on le sait très bien, que l'Eglise catholique a souvent faits Saints des êtres mythologiques, parmi lesquels se trouvent des êtres apparentés aux "génies", qui ont justement des têtes animales, à la façon des dieux égyptiens: or, saint Christophe se trouve justement dans ce cas, et ce n'est pas vraiment caché par Jacques de Voragine, dans la "Légende dorée": car il le présente comme ayant une taille gigantesque. On en fait communément un géant, et on le dit "cynocéphale" - à tête de chien. Dans le Râmâyana, le géant, c'est plutôt, en principe, le Raksasa que combat Hanuman, mais en fait, Hanuman est aussi le bon géant, qui se rallie à Râma: car il peut prendre une taille immense. En profondeur, pour moi, cela renvoie à l'âme des éléments, les éléments peuvent se rattacher aux hommes qui font le bien et les porter, les aider.

Sinon, Barbie, je n'ai pas d'avis sur les ossements de saint Nicolas, je ne sais même pas s'ils ont conservé des vertus de guérison miraculeuse ou de sanctification, comme on le pensait autrefois, et si ce n'est pas le cas, leur authenticité n'a aucune importance, je suppose.

Écrit par : RM | 29/12/2011

(Sinon, pour le Père Fouettard et le bon saint Nicolas, cela rappelle le Père éternel lui-même, qui tantôt récompense les bons, tantôt châtie les méchants, dans l'Ancien Testament, et je suis persuadé pour ma part que saint Nicolas n'est rien d'autre que la répercussion humanisée et particularisée de cette vision du Père divin. Mais en général, les religieux ont un problème pour expliquer que Dieu le Père peut châtier, car pour recruter, ils ont tendance à promettre de jolies choses, et ils préfèrent présenter le Père divin comme ne faisant que des cadeaux. L'idée que les coups de fouet sont utiles à l'être humain pour le remettre sur le droit chemin et lui donner le vrai bonheur est un peu compliquée, car elle distingue le court et le long terme. Le bouddhisme la comprend, néanmoins - même si beaucoup d'Occidentaux s'imaginent qu'il se contente d'orner les effusions intimes qui viennent spontanément aux coeurs -, comme quand, dans le "Dhammapada", il est dit: "Celui qui pratique le bien peut souffrir, tant que son action est encore inopérante: lorsqu'elle agira, il sera heureux" (120), et, à l'inverse: "Un être qui commet le mal peut être satisfait tant que sa mauvaise action est inopérante; lorsqu'elle agit, il est malheureux" (119). Mais le bouddhisme premier ne représente pas, même par une figure de Père, l'agent qui accomplit cela. Dans l'animisme africain, la figure de l'Ancêtre est plutôt bénéfique, en principe.)

Écrit par : RM | 29/12/2011

(Et n'a pas de lien très net, peut-être, avec les fautes qu'on peut soi-même commettre. Il faudrait voir.)

Écrit par : RM | 29/12/2011

Je n'ai pas la légende dorée sous la main, Rémi, elle est chez mes parents, mais je veux bien vous croire pour le Saint Christophe "hénaurmecéphale", je me souviens surtout des descriptions des fauves léonins qui dévoraient les premiers martyrs. Hanunam protège les villageois non ? Et Saint Christophe fait passer les voyageurs sur son dos, d'une rive à l'autre, enfin c'est souvent ainsi qu'il est représenté sur les médailles.


Si je me souviens la légende de saint Nicolas proviendrait d'une histoire de boucher qui se prépare à découper trois enfants qui lui demandent à être hébergés pour la nuit, pendant la nuit il les découpe dans son saloir, pour plus de précisions je vous mets un lien : http://www.club-j.be/saintnicolas.htm

Écrit par : capucine | 29/12/2011

Oui, cette légende est connue par une comptine que tout le monde connaît:
"Il était trois petits enfants
Qui s'en allaient glaner aux champs, etc."
Une belle histoire, très frappante, le Saint ressuscite les enfants. Elle est représentée sur l'image ci-dessus. Les enfants sont des innocents, s'ils meurent, Dieu le Père les ressuscitera, c'est bien ce que signifie cette légende.

Sinon, pour les animaux, je pense que le souvenir des animaux qui déchirent les saints martyrs est historique, la symbolique s'en est construite après, pour le coup. Globalement, tout de même, malgré saint Christophe, l'Eglise catholique a tendance à dire que les éléments sont mauvais, et donc les animaux aussi, mais enfin, beaucoup de Saints sont assimilés à des mages qui ont dompté les éléments et les ont rendus les amis de l'Homme. Par exemple, beaucoup d'oiseaux ont nourri les saints ermites, etc. Sans parler des oiseaux qui obéissaient à saint François d'Assise. Or, cela passe forcément par l'esprit des éléments, les anges, avec leurs ailes, sont d'ailleurs un peu encore l'esprit de l'élément air, et s'apparentent bien aux oiseaux. Quant à saint Christophe, sa tête de chien rappelle que celui-ci est le meilleur ami de l'Homme.

Écrit par : RM | 29/12/2011

(Et pour les animaux tueurs de martyrs, comme ils étaient poussés à cela par les hommes, le pouvoir politique, on en tenait responsable l'Empereur, et non les animaux! Il ne faut pas mettre une symbolique sur tout, je pense. Jacques de Voragine dit que les saints qui domptaient les dragons et les contraignaient à aller dans le fond de la mer étaient supérieurs à ceux qui les tuaient, parce qu'il s'agissait d'êtres vivants poussés au mal par le diable, alors qu'ils avaient été créés par Dieu le Père, et donc ne pouvaient pas être mauvais en eux-mêmes. Il compare ainsi saint Georges et saint Sylvestre, évêque de Rome qui a pris en laisse un dragon et l'a envoyé loin de la ville sans le tuer. La création est bonne en soi, saint Augustin le dit, et donc, les esprits des éléments peuvent aider les Saints, les vents leur obéir!)

Écrit par : RM | 29/12/2011

(Pour Hanuman protégeant les villages, l'hindouisme dit que le roi des dieux a envoyé des génies pour protéger les communautés humaines des éléments, de la nature. Hanuman est comme le prince de ces génies.)

Écrit par : RM | 29/12/2011

Merci Rémy. Benjamin Chaix est effectivement l'un des derniers journalistes ayant de la culture et un bonne plume.

Écrit par : naville vincent | 29/12/2011

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