14/01/2012

Culte des images et êtres dénués de corps

abside.jpgDans le livre biblique de la Sagesse, attribué traditionnellement au roi Salomon, l'origine du culte des images que l'on condamnait n'est pas, comme on le pourrait le penser, dans une interdiction de principe de représenter des êtres purement spirituels - dénués de corps, comme eût dit Corneille. Moïse lui-même n'avait-il pas fait représenter, sur l'Arche de l'Alliance, deux Chérubins, que Salomon ensuite reproduisit en plus grand dans le Temple de Jérusalem? Loin de n'accepter les images que si elles imitent la réalité sensible, ce livre de la Sagesse tend au contraire à dénoncer le faux réalisme des images qui embellissent le sensible sans cesser de lui ressembler. Il affirme, en effet, que le culte des images est lié aux rois qui se sont fait faire des portraits enjolivés afin d'être adorés même de leurs sujets qui vivaient loin de la cour. Il en donne aussi une origine a priori plus touchante: ce sont les chers disparus, dont on fait les portraits afin d'entretenir l'illusion qu'ils sont toujours présents. Ce faisant, on les immortalise, et cela conduit à leur donner des attributs divins et à leur vouer un culte, dit Salomon. Mais de nouveau, il s'agit bien d'images qui imitent la réalité sensible.

Ce que Moïse condamnait chez les Égyptiens apparaît donc clairement: il s'agit de la façon dont les images divinisaient des êtres vivants qui ne sont pas, comme les anges, des principes divins ayant revêtu une apparence sensible. Lorsque le caractère immatériel de l'êtreRamses-II.jpg représenté est explicite, lorsque son lien avec la pensée divine est clair, la représentation n'en est pas interdite.

Car les chérubins de l'Arche devaient porter la divinité: ils n'étaient pas en eux-mêmes divins. Ils n'étaient qu'une image de ce qui l'est. Et ils apparaissaient comme tels, puisqu'ils ne ressemblaient pas à des êtres sensibles connus: leurs ailes, déjà, l'empêchaient.

L'illusion qu'un être se confond avec son image est précisément entretenue par le réalisme. Ou, bien sûr, par une forme de matérialisme qui ferait des anges, par exemple, une espèce inconnue, vivant sur une autre planète, mais ayant un corps au sens physique. On a bien tendu à assimiler les êtres divins de l'Antiquité à des êtres corporels exotiques, au cours des siècles. La science-fiction prolonge à cet égard nombre de romans médiévaux. Mais les hommes qui ressemblent à tout le monde et accomplissent des exploits miraculeux ne sont pas différents. Tel fabuleux séducteur qui, dans les romans, ou les médias, rappelle Jupiter est encore une façon d'idolâtrer certains hommes. Lorsque la réalité de leur vie est étalée au grand jour, on tombe fréquemment de haut: on a tellement envie de croire à des hommes divins - qui seraient en même temps de chair, de sang, d'os!

22:41 Publié dans Spiritualités | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

Les commentaires sont fermés.