19/01/2012

Retour sur les Apsaras

Indra 2.jpgJ'ai évoqué les Apsaras, à propos de Malraux, qui en avait volé des représentations sculptées à Angkor, ainsi qu'il le raconte dans La Voie royale. Il s'agit en réalité de danseuses célestes vivant à la cour d'Indra, roi des dieux. Lisant, par ailleurs, le Dhammapada, recueil de versets fondamentaux tirés de l'enseignement de Bouddha, j'ai eu l'idée qu'en réalité le bouddhisme extrayait de l'hindouisme la pure essence morale; Indra y est d'ailleurs présenté comme un modèle, un exemple à suivre pour tous les hommes: Par la vigilance Indra a atteint l'empyrée, la vigilance est louée, la négligence est blâmée (30). Or, je crois que ses fées qui dansent, si on peut dire, sont présentes aussi dans le Dhammapada au travers de leur essence morale: Les amis et les parents accueillent cordialement le voyageur, celui qui a accompli un long chemin; de la même façon le juste est accueilli lorsqu'il passe de ce monde dans un autre: ses bonnes actions saluent sa rentrée avec joie (219-220).

N'est-ce pas sublime? Les bonnes actions sont, j'en suis persuadé, le biais moral par lequel l'intelligence doit appréhender la figure des Apsaras. On reconnaît alors, en profondeur, les Houris du Coran, vierges pures du Ciel qui accueillent de la même façon les justes au paradis: il s'agit aussi de leurs bonnes actions devenues des êtres vivants! Ces êtres, les Tibétains les appellent Dakinis, et je crois que ce sont encore les mêmes que les anciens Germains appelaient Walkyries - suivantes d'Odin, guerrières argentées. Dans le Crépuscule des Dieux, Richard Wagner reprend cette sublime tradition dont, indirectement, se moquait Malraux: il fait voir, à Siegfried, au moment de sa mort, Brünnhilde qui, s'éveillant une seconde fois, et ouvrant ses yeux pour toujours, souffle sur lui son haleine suave, et l'accueille dans le pays divin. Ici, il s'agit aussi de la conscience de Siegfried, en réalité: car un élixir maudit l'avait fait oublier cet être immortel à l'armure luisante et, au moment de Apsara.jpgsa mort, le charme est rompu, et sa bonne action, qui est d'avoir tué le Dragon et d'avoir, précisément, délivré la Walkyrie, reparaît sous la forme de cette femme divine:
Brünnhilde, heilige Braut!
Wach auf! Öffne dein Auge!
Wer verscloß dich wieder in Schlaf?
Wer band dich in Schlummer so bang?
Der Wecker kam;
er küßt dich wach,
und aber der Braut bricht er die Bande:
Da lacht ihm Brünhildes Lust!
Ach, dieses Auge,
ewig nun offen!
Ach, dieses Atems wonniges Wehen!
Süßes Vergehen,
seliges Grauen -
Brünnhild' bietet mir - Gruß!

Quelle beauté, dans cette tirade, et la musique qui l'accompagne - et la suit! Siegfried, porté par les sons, entre dans un royaume divin.

13:02 Publié dans Thaïs & Khmers | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

Les commentaires sont fermés.