27/01/2012

Le soulagement des Apsaras

La_Belle_Dam_Sans_Merci.jpgJe repense encore à l'article que j'ai écrit sur La Voie royale, le roman de Malraux, et sur les Apsaras, danseuses céleste d'Indra, roi des dieux, qui accueillent en riant les âmes des saints et des héros après leur mort: qui les accueillent avec amour parce qu'elles ont été fidèles aux vertus qu'en vérité elles représentent - étant les bonnes actions qui accueillent joyeusement les justes, selon Bouddha! La croyance est universelle, et quand le roi Arthur est accueilli par les fées de l'île d'Avalon, on la retrouve en Occident. Or, il fut un temps où j'étais surtout nourri de figures de l'Occident médiéval, et mon premier recueil de poésie, La Nef de la première étoile, en porte la marque. Il est étonnant qu'un cousin américain m'ait dit avoir trouvé une ressemblance entre mon style et celui de Malraux, car, comme je l'ai dit, je n'ai jamais beaucoup aimé cet écrivain; mais pour mon cousin, c'était un compliment - d'ailleurs outré: Malraux était dans son idée une référence. Le fait est, pourtant, que loin d'appeler les apsaras de simples danseuses, j'appelais, dans ce recueil, demoiselles ou pucelles - jeunes filles, en ancien français - de véritables immortelles du monde divin - les fées d'Avalon -, et tout à fait consciemment, estimant qu'on procédait ainsi dans la poésie médiévale, et que même les filles de Sion de la Bible s'apparentent à ces êtres: elles sont les qualités de l'âme! Une sorte de sonnet évoquait, de cette façon, les déesses terrestres de l'île de l'Ouest, et les faisait accueillir les âmes de leurs chevaliers servants les plus preux, les plus fidèles:

adoubementEdmund-Blair-Leighton.jpgVous reverrai-je un jour, mes blondes demoiselles?
Quand j'irai par ma nef vers les feux du couchant,
Je verrai l'Émeraude en l'Azur des Pucelles
Dont toujours il s'élance un immense et beau chant.

Là vous me recevrez des servants le plus vôtre:
Le hardi chevalier qui dans sa quête ardue
A si longtemps souffert - combien plus que tout autre! -,
Vous le rappellerez de la vaste étendue.

Je resterai toujours à la cour de vos rois
Et placerai mon cœur dans leurs yeux de lumière;
Des ailes pousseront, quand retentiront vos voix,
A mon âme saisie en leur auguste sphère.

Puisse alors mon regard soudain s'illuminer
Et briller sur vos fronts - sur votre œil se graver.

Je n'avais pas évoqué la danse, étant alors tributaire d'une tradition qui ne voulait pas la relier aux dieux; mais à présent, je le ferais.

Le sens du poème peut paraître, également, présomptueux, puisque si les vertus sont trop ténues, on n'est pas reçu, dit-on, à la cour des fées; mais en réalité, on l'est toujours, disait Éliphas Lévi: quand on a surtout des vices, on les prend pour de méchantes sorcières. Le Bardo-Thödol des Tibétains fait aussi des divinités bienveillantes des divinités courroucées, lorsque l'âme est trop sombre. Les Dakinis deviennent d'horribles monstres féminins, alors.

07:40 Publié dans Thaïs & Khmers | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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