08/02/2012

Le Maroc de Steven Spielberg

Screen shot 2011-08-18 at 11.12.37.jpgDans le Tintin de Steven Spielberg, un trait m'a paru ressortir - consciemment ou non - à la propagande: la première image de la ville marocaine où le héros d'Hergé se rend montre une femme voilée qui pompe de l'eau pour que des hommes puissent remplir leurs brocs. Hergé avait-il ce genre de messages subliminaux? Cela me rappelle l'adaptation du Seigneur des anneaux de Peter Jackson (lequel a justement produit Tintin): on y décelait, je crois, l'idée du bien placé en Occident, le mal en Orient, et cela semblait s'appliquer à l'époque présente. Le Figaro s'était exprimé dans ce sens pour oser opposer, à la sortie du film, les vertus de Gandalf aux vices d'Oussama Ben Laden!

Tolkien contestait formellement ce type d'interprétations. Il disait, comme philologue, avoir été passionné par la langue turque, et ne rien rejeter de la culture orientale. Il admettait que nombre de ses figures renvoyaient à la mythologie des anciens Germains, mais il niait que cela eût une vraie importance, le fond de la chose étant, à ses yeux, constitué par des réalités d'ordre spirituel non liées aux traditions nationales.

D'ailleurs, dans le Le Seigneur des anneaux, il dit explicitement que les Orientaux qui attaquent les Helmsdeep-siege.jpgOccidentaux n'ont rien de mauvais en soi, qu'ils ont seulement été induits en erreur par Sauron - l'ange du mal, originaire de l'ouest divin, mais déchu et devenu mauvais. Le rapport conflictuel entre l'est et l'ouest fait seulement référence, comme l'a bien vu T. A. Shippey, aux guerres des Goths contre Attila, évoquées par l'historien goth Jordanès, et répercuté dans le cycle des Nibelungen. L'enracinement de l'inspiration de Tolkien dans la littérature occidentale médiévale et antique - opposant les Grecs aux Perses, par exemple - l'explique à lui seul. Mais il en était conscient.

On ne peut jamais savoir si la justice se trouve à tel ou tel endroit du monde: la lumière de la justice, je dirais, éclaire tantôt un point de la Terre, tantôt un autre; il n'y a, à cet égard, rien de constant. Mais certains cinéastes américains ou apparentés aiment bien cristalliser leurs petits messages politiques dans des films dont ils savent que, bons ou mauvais, ils seront vus par des millions de gens dans le monde. Ils aiment bien faire croire, aussi, que les grands auteurs européens qu'ils adaptent à l'écran ont les mêmes petites conceptions qu'eux. Peut-être même aiment-ils se l'imaginer.

08:53 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook

Commentaires

Vraiment bien fait ton article, j'attend d'en lire plus. Bonne continuation et à bientôt :)

Écrit par : mutuelle des animaux | 14/02/2012

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