26/02/2012

Fiabilités de la psychologie judiciaire

En France, un drame affreux, survenu au Cambon-sur-Lignon, a mis en cause les experts en psychologie judiciaire qui avaient estimé sans danger la remise en liberté d'un jeune homme qui avait commis un viol. Personnellement, j'ai le sentiment que les psychologues se fient beaucoup trop, dans leurs idées, aux découvertes de la physiologie, qui, pour l'essentiel, établit l'importance fondamentale du cerveau dans la vie de l'âme. Je crois que cela tend à leur faire croire que les pulsions ressortissent à la vie intellectuelle et qu'au fond, il s'agit surtout de choisir ce qu'on a l'intention de faire. De cette manière, si on tombe sur une personne qui semble sincèrement s'être résolue de ne pas recommencer à agir mal, on suppose facilement qu'elle n'a que peu de possibilité de récidiver.

La psychanalyse, tout en restant dans les présupposés de la physiologie et du matérialisme scientifique, a essayé de créer un espace obscur dans lequel les pulsions se mouvaient d'une façon qui échappait aux intentions conscientes. Elle admettait le subconscient, tout en ne cherchant lesdieu11.jpg causes des actions que dans les souvenirs enfouis, dans l'enfance, voire l'hérédité. Cela en a conduit certains à inventer de toutes pièces des souvenirs, parfois remontant à avant la naissance, afin de justifier tel ou tel comportement, tel ou tel désir. On dit que ces inventions sont surtout dues au pouvoir de suggestion de certains psychanalystes, mais il s'agit aussi de les soumettre à des principes mécaniques simplistes en créant un passé pour qu'il corresponde au présent. Le docteur Knock en a le premier donné l'exemple, dans la pièce de Jules Romains: il invente à une dame une chute effectuée d'une échelle durant sa jeunesse pour la convaincre qu'elle est malade et qu'elle doit suivre un traitement!

Dans l'ancienne sagesse, on liait les pulsions irrépressibles aux cycles lunaires. Le mythe du loup-garou est né de cette façon. Or, à mes yeux, les pulsions viennent bien de la nature et des rythmes imprimés à celle-ci par les astres. On le nie, en général, mais il est bien apparu que la Lune avait une influence sur les cycles de germination et de reproduction. Lorsque ces phénomènes sont vécus de l'intérieur, ils se manifestent sous la forme de pulsions sexuelles. L'Inde antique même liait le dieu de l'amour, Kama, aux phases lunaires. En tout cas, je ne crois pas que les pulsions sexuelles soient dues à un choix conscient, d'ordre culturel ou intellectuel. Néanmoins, il apparaît que certaines personnes y sont plus sensibles que d'autres, qu'ils éprouvent plus de difficulté à les contrôler. Les raisons en restent généralement obscures. Les psychologues ne mesurent rien, de cet abîme. Pour moi, on ne peut rien y déceler, si ce n'est par la lumière de l'introspection: celle de la spéculation intellectuelle n'éclaire pas. Bien se connaître, c'est aussi voir la bête qu'on a en soi.

17:14 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook

Commentaires

Cela me rappelle l'histoire d'un homme qui avait assassiné l'amant de sa femme.
Il fut interné en asile psychiatrique et y donna toutes les preuves de bonne conduite pendant des années. On pensait le libérer lorsqu'un psychiatre eut la bonne idée de lui demander : "Et si votre femme avait un amant? Je le tuerais", répondit immédiatement le malade qui fut ainsi, de justesse maintenu interné.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 26/02/2012

Oui, une pulsion est irrépressible, la, bonne conduite extérieure pour tout ce qui ne la concerne pas ne veut rien dire.

Écrit par : Rémi Mogenet | 26/02/2012

Vaste et profonde réflexion que vous abordez là, Rémi. Je rebondis sur la dernière phrase où il est question de voir la bête en soi. Parfois je me dis que l'on devrait même douter de l'angélisme quand on le voit, tant il peut être une construction réalisée pour correspondre à ce que l'on croit qu'on attend de nous, et pour éviter de se confronter à ce qu'il y a de difficile à accepter en nous.

Notez que la bête n'est pas automatiquement un monstre débridé incontrôlable. Elle peut être même intéressante, pour autant que nous sachions faire la part des choses.

Mais l'introspection suffit-elle? Qu'est-ce qui fait agir un criminel comme celui que vous citez? Si c'est la nature, une part obscure de la nature en soi, ou si ce sont les astres, quel moyen de connaissance de soi et de contrôle avons-nous réellement? Cela de la conscience, de l'empathie, par exemple. Mais il semble que certains troubles psychiques se caractérisent par l'absence de cette conscience. Est-il encore possible, avant de commettre l'irréparable, dans les minutes ou secondes qui précèdent le crime, de réaliser qu'il est possible de dire stop? Le criminel a-t-il agi en connaissant son crime ou non?

Ma position, car il faut bien en avoir une à défaut de certitude objective, est que l'on doit tenir responsable le criminel aussi loin que possible. le fait qu'il mente lors de son arrestation, montre par exemple qu'il a conscience d'avoir fait le mal.

Le problème reste quand-même: est-il réellement capable ou non de s'arrêter avant d'aller trop loin? je ne sais pas.

Écrit par : hommelibre | 26/02/2012

John, notez que la Lune n'est pas l'ensemble des astres. Dans toutes les mythologies, les dieux s'affrontent, et les êtres solaires et les êtres lunaires notamment sont opposés. Il faut voir la bête qu'on a en soi, et aussi l'ange qu'on a en soi, et faire un choix. Essayer de biaiser avec la bête en se disant qu'elle n'est pas si laide, c'est dangereux, c'est la porte ouverte à son action. Si vous voulez même parler d'unité, je dirai que la bête ne peut être soumise que par l'ange, et non arrangée et décorée et bien peignée par sa propre intelligence. A mon avis, cela ne marche pas, et c'est l'erreur fondamentale de la psychologie moderne, de relativiser les choses, à cet égard, en s'appuyant sur l'intelligence humaine.

Écrit par : Rémi Mogenet | 27/02/2012

(Car comme disait Bouddha: "Voir le mal où il n’est pas et ne pas le voir où il est, c’est là une attitude dangereuse. Admettre que le mal est le mal, que le bien est le bien, adopter des voies justes, c’est emprunter la bonne voie (Dhammapada, 318-319).")

Écrit par : Rémi Mogenet | 27/02/2012

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