06/04/2012

La planète Mars dans la science-fiction européenne

Out-of-the-Silent-Planet.jpgJ'ai évoqué la mythologie martienne qui s'était construite dans la littérature de science-fiction au travers d'Edgar Rice Burroughs et de Leigh Brackett sa continuatrice. Mais en France, ou plus exactement en Belgique, l'écrivain J. H. Rosny aîné - auteur de La Guerre du feu - a produit un roman sur Mars que je crois méconnu: Les Navigateurs de l'Infini. Il s'agit de Terriens qui se rendent sur Mars et qui y découvrent des êtres purement gazeux, mais doués de conscience - ce qui revient, en principe, à percer le secret du monde élémentaire. Mais les principaux habitants de Mars sont colorés et magiques, quoique bizarres dans leur forme, et le héros de l'histoire entretient une relation amoureuse purement platonique avec une Martienne qui aboutit à la procréation d'un être qui lui ressemble à plusieurs égards. Car les Martiens sont tels que les anges: ils engendrent sans se toucher, grâce à une union purement psychique. Cela se manifeste, sur leur corps, par de la lumière colorée et des sons musicaux: c'est dire que ce monde est beau! C'est dire qu'il est plus proche du divin que la Terre.

Or, à l'époque où ce noble roman a été écrit, Mars était présentée dans la littérature américaine comme recelant des êtres immondes; même quand ils étaient immortels et divins, ils n'avaient que de mauvaises intentions, comme John Carter le montre. La Guerre des mondes, de l'Anglais H. G. Wells, avait, dès le départ, inauguré cette tradition. Et elle s'est vue encore dans une excellente nouvelle de l'ami de Lovecraft Clark Ashton Smith: The Seedling of Mars, dans laquelle un Terrien découvre sur la planète rouge une espèce affreuse et invasive: on était proche du film Alien.

Il faudra attendre Leigh Brackett pour avoir de Mars une vision plus positive, peut-être sous l'influence des écrivains anglais. Car dès l'époque de Rosny aîné, C. S. Lewis, homme religieux et pieux, proche de J. R. R. Tolkien, montrait, dans Out of the Silent Planet, un visage de Mars qui en faisait aussi une planète enchantée: les monstres apparents étaient en réalité très humains, et ils étaient dirigés par un ange qui se rendait visible à eux. Lewis contredisait la vision de Wells et clarifiait la conception de Burroughs, et il le faisait sciemment. Le cinéma, peut-être, a fini par suivre cette orientation qu'on pourrait dire humaniste, La Guerre des étoiles et Avatar montrant des êtres extraterrestres liés au divin d'une façon particulière.

L'exotisme interplanétaire, en tout cas, n'a pas pu se passer de poésie et de mythe.

07:40 Publié dans Exploration spatiale | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook

Commentaires

Merci pour cette information précise et concise

Écrit par : kamagra | 06/04/2012

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