18/04/2012

L’éducation au Cambodge

King Ang Duong.JPGA Kampot, j'ai acheté un livre en français pour apprendre le khmer, écrit par Pierre-Régis Martin et Dy Dathsy. On y trouve, en annexe, de passionnants renseignements sur les mœurs du Cambodge. Un trait concernant l'éducation m'a frappé: Traditionnellement, dit l'ouvrage, à l'école de la pagode et auprès de leur père, les garçons apprennent les versets du Code de civilité et ceux de la Morale des hommes. A la maison, les petites campagnardes reçoivent de la mère un enseignement oral tiré de la Morale des filles, code attribué au roi Ang Duong, qui régnait au milieu du dix-neuvième siècle. Nourris dès leur plus tendre enfance par ces formules ils trouvent sans peine les règles de conduite s'appliquant aux diverses circonstances de la vie.

Intrigué, j'ai interrogé ma tante, qui fut élevée à Phnom Penh au sein d'une école de filles. Et elle a confirmé que les maîtres enseignaient ces strophes rythmées, et même rimées: la rime, en Asie, est fréquente. Chaque semaine avait sa strophe, et chaque strophe sa teinte. Tout à coup, en classe, la maîtresse prenait sa baguette, montrait une couleur; alors, les élèves récitaient en chœur la strophe correspondante. Et lorsque, à Paris, ma tante retrouvait des Cambodgiens qui faisaient des conférences, la connivence était immédiatement installée par une allusion à ces versets, par une citation: on se reconnaît comme khmer non seulement par la langue, mais par le Code des princes.

Soudain, tout s'éclairait: le roi n'est pas seulement une idée; il est le protecteur de tout ce Code autour duquel s'organise la vie sociale. Il est son point central, l'astre par lequel il rayonne. Et les saints versets sont autant de ses rayons déposés dans les âmes. Il ne s'agit pas de quelque chose d'abstrait, de théorique.

Les vers ancrent les préceptes dans les cœurs: leur rythme fait vibrer l'âme dans ses profondeurs et y fait pénétrer les pensées élevées des sages aux seins desquels Ang Duong se nourrissait, les rois étant toujours entourés de brahmanes et de bonzes: ils ont eux-mêmes un rôle sacerdotal. On sait3204.jpg qu'en Orient, les rythmes sont essentiels: ils donnent forme à l'âme aussi bien que les concepts. On récite, au temple, le Dhammapada sans comprendre le pâli, mais en se laissant pénétrer par ses rythmes, regardés comme saints. Les couleurs utilisées par les maîtres de ma tante n'ont, je crois, rien d'arbitraire non plus: les auréoles du Bouddha, dans les représentations peintes, sont des arcs-en-ciel complets dont les couleurs renvoient aux vertus du Saint. Elles aussi parlent au cœur, directement, sans passer par le concept: les peintres sacrés le pensent. Je le crois également, à vrai dire, et je considère que l'éducation passe d'abord par les rythmes (scandés par les consonnes), les mélodies (créées par la succession des voyelles) et les couleurs - avant de passer par les idées, auxquelles l'enfant n'est pas sensible. Le mode d'apprentissage qui lui est propre explique pour moi la grande cohésion du peuple cambodgien, ainsi que son aspect extérieurement vibrant, rayonnant de  moralité. Je crois, même, que cela peut se dire de toute l'Asie.

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