26/04/2012

François Hollande contre Nicolas Sarkozy

bourgeois-gentilhomme-615.jpgComme je suis citoyen français, je dois bientôt choisir entre Nicolas Sarkozy et François Hollande. Je dirai d'abord que mon impression est que pour beaucoup de gens le choix est évident parce qu'il est culturel: ils appartiennent à un milieu, familial, social, professionnel qui les amène tout naturellement à faire un choix. De ce point de vue, je suis porté vers François Hollande, étant issu de ce milieu bourgeois bohème si souvent brocardé, à tort ou à raison. Mais j'aimerais aussi laisser sa part à la raison, et comparer les deux.

Je dois en premier lieu dire que dans le domaine culturel, il me parait nécessaire que l'État s'efface. Or, dans les faits, cela passe par la libéralisation des secteurs liés à la culture. Je suis favorable à la libre entreprise aussi dans ce domaine, et pense, par exemple, que les écoles associatives devraient pouvoir se développer en France. Je suis opposé aux monopoles d'État en général, et d'accord avec Daniel Cohn-Bendit quand il dit que le monopole qu'une certaine entreprise nationalisée a sur l'électricité a eu sa part dans le développement de l'industrie nucléaire, à laquelle je suis opposé, estimant que les conditions ne sont pas réellement réunies pour empêcher ses effets mauvais. L'État se pose comme un garant infaillible, mais je crois qu'il préjuge trop de lui-même. Il en va d'ailleurs pareillement dans le domaine culturel: il se pose comme mû par l'Esprit saint, comme s'il pouvait guider la nation vers la lumière, mais je n'y crois pas. Je crois à cet égard aux vertus de la liberté, principe qu'on ne rappelle jamais Michel_Onfray_2009_2.jpgassez. Sur ce point, je me sens même des affinités avec Michel Onfray.

Mais ce qu'on appelle le libéralisme renvoie en général à l'égoïsme perçu comme moteur fondamental de l'économie. Or, je crois que l'État ne doit pas contrôler la vie culturelle, mais qu'il doit veiller à l'égalité, et que cette égalité est le moyen d'entretenir une vraie fraternité économique. On m'a dit que François Hollande voulait réglementer les loyers. C'en est un exemple. Je suis favorable à ce que les loyers soient fixés par la loi. Il faut cependant garder à l'esprit que la nationalisation d'un secteur peut ne pas signifier du tout la fraternité économique, une nation pouvant également être égoïste vis-à-vis des autres et entrer avec elles dans une forme de concurrence sauvage.

Pour conclure, je dirai trouver que Nicolas Sarkozy crée trop de tensions entre les citoyens. Sans doute, il a défendu les cultures régionales, ou traditionnelles, qui étaient injustement méprisées, bannies. Mais il aurait sans doute dû surtout chercher à libéraliser la vie culturelle dans son ensemble; or, parallèlement, il a tendu à attaquer certaines traditions qui ne lui plaisaient pas. J'estime que ce n'est pas bien. De son côté, François Hollande veut rester équilibré, il a parlé de transition énergétique, assuré qu'il respecterait la diversité, et il est sans doute nécessaire d'avoir un peu de calme dans les chaumières, après cinq années de tension et de sueur. Je suivrai donc le mouvement général du milieu dont je suis issu en votant pour lui.

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Commentaires

Bonjour à tous ! J’habite en Italie depuis 30 ans mais je suis et je reste français et…je vote. J’ai attentivement suivi le “faux” débat de hier soir et voici ce que je souhaite dire :
- les journalistes ont été minables, ou presque, du début à la fin – comme manières et comme substance. Mais qui les a choisi ? Leurs questions à monsieur Hollande étaient aussi longues que ridicules (exp. :…le foot…. et les gros sous !) et ils étaient d’autant plus pleins de hargne que :
- Mr Hollande était mou et en difficulté (devant ces petits journalistes de kermesse), et s’enlisait comme un potache dans le bourbier de ses pauvres réponses… et ceci du début à la fin. Ça fait plutôt mauvais genre pour une personne qui pourrait bientôt devoir affronter les vrais loups français et ceux du monde entier. Mr Hollande est peut-être une très brave personne mais il n’a pas du tout (à mon avis) la carrure d’un Président de la République Française…et j’en suis désolé car je serais plutôt Socialiste que Capitaliste. J’attends donc le débat face à face pour décider…. Mais, je crains le pire !
Note : à ce niveau de responsabilité, je pense que 8/20 est très bien payé.
- Mr Sarkozy a été combattif, clair, précis, très précis, sur tous les points et à tous les niveaux, avec des exemples et des chiffres. Mr Sarkozy est peut-être une vraie bête de scène (et pourquoi pas ?) mais, en plus du spectacle et de l’humour (de très fin à beaucoup moins fin) dont il est capable, il assure à chaque instant et, pour le moins, semble bien connaître ses copies ! Bon, pour ne pas qu’on me taxe de ce que je ne suis pas, je vais suggérer ici deux grosses erreurs tactiques et, en fait, « réelles » de mr Sarkozy : la première est de ne pas avoir tendu la main avec plus de vigueur aux socialistes, en particulier quand « ils parlaient » du choix-dilemme d’élire des responsables FN ou Socialiste. Sarkozy est alors tombé dans le panneau et a mis beaucoup de temps avant de dire (à peu près) qu’ils jugeront selon la qualité des postulants… Mais il devait le crier avant et bien haut et bien plus fort ! Oui, il existe des gens de qualités, voire exceptionnels, de partout, « sauf à l’extrême des extrêmes » !!! ; la deuxième « erreur », très regrettable, est de ne pas même avoir cité et encore moins ajouté les énergies renouvelables après avoir péroré la cause du nucléaire. Bien-sur que l’on ne peut pas passer du tout nucléaire à moitié nucléaire en deux jours, mais il fallait absolument annoncer qu’un gros effort de « virage vert » en faveur des nombreuses filières concernant les énergies renouvelables allait être pris (et après il faut tenir ses promesses… !) afin de donner de l’espoir aux gens, afin de faire comprendre aux gens qu’en France on est sensible à toutes les problématiques et aussi que l’on est près à saisir toutes les opportunités de travail et de diversification concernant les ressources et sources énergétiques.
Note : à ce niveau de responsabilité, je pense que 16/20 est très bien payé…car l’exercice était relativement facile, tout particulièrement pour ce candidat hors pair à 360 degrés.
Toutefois, non, je ne sais pas encore pour quel de ces deux Capitaines au long cours je voterai dans quelques jours…car il me semble que si l’un doit encore éclore et réveiller son « énergie capitale », l’autre pourrait encore sensiblement renforcer sa « fibre sociale » et énergético-écologique… Pour décider il est fondamental que je vois ces « grandes personnes » argumenter leurs programmes, les défendre, nous les certifier, plus que leur passé ; raison pour laquelle j’aurais bien aimé pouvoir assister à deux ou trois face-à-face, intenses mais courtois, profonds mais clairs, capables de tirer un fil conducteur décisif entre aujourd’hui et la sortie de crise, droit vers le progrès social, la justice et le bien-être pour tous ; des face à face capables d’engager aussi bien notre futur Président que chacun de nous… car je ne veux pas assister à la mise en place d’un mauvais fil de funambule, instable, cassant, glissant, duquel pourrait désormais très vite choir, outre à un Président insuffisant, tout espoir de redressement, d’équité, de liberté et de fraternité dans ce si beau pays, exemple récurent pour le monde entier, qu’est la France ! Jean-Charles L., simple citoyen attentif.

Écrit par : Largot Jean-Charles | 28/04/2012

Gauche, droite au centre, préparons nous au pire >
JACQUES ATTALI
Chacun sait, chacun répète, que la France doit réduire sa dette publique. Chacun sait, chacun répète, que la campagne ne porte pas sur ce sujet. Chacun sait, chacun répète, qu’aucune économie sérieuse n’est proposée par aucun candidat. Chacun sait, chacun répète, que les objectifs acceptés par la gauche et la droite sont totalement hors de portée, parce que nul ne sait comment réaliser l’excédent budgétaire nécessaire pendant 10 ans au moins, à partir de 2017 au mieux.
Et pourtant pourtant, rien ne change. La campagne s’étire, comme en baillant. On s’y ennuie, on n’y parle, à droite comme à gauche, que de minuscules détails, de dépenses nouvelles non chiffrées ou d’impôts symboliques, mais ne rapportant rien.
Si on continue comme cela jusqu’au 6 mai, voilà ce qui nous attend.
Le 7 mai, si Francois Hollande est élu, la droite entrera dans une grave crise et explosera, pour le plus grand plaisir du Front National. Le nouveau Président annoncera que la situation financière est épouvantable, pire que celle annoncée par les équipes précédentes, et qu’il lui faut étudier de près la réalité avant d’agir. Les marchés financiers, dont dépendent les trois quarts du financement de notre dette publique, s’inquiéteront et rendront plus couteux les emprunts que l’Etat devra faire en mai, pour payer les salaires des ses fonctionnaires. Les préteurs exigeront immédiatement du Président, et de son premier gouvernement, des réformes et des coupes très brutales, avant même les élections législatives de juin. Pour ne pas les perdre, l’exécutif tergiversera et n’annoncera rien de sérieux. Après les législatives, la gauche, qui les gagnera, dénoncera des comptes maquillés par la droite, et lui fera porter la responsabilité des économies et des hausses d’impôts nécessaires. Elle annoncera qu’il faudra trouver au moins 20 milliards en 2012 et, si la croissance n’est pas au rendez-vous, ce qui est vraisemblable, le double en 2013, et le double encore en 2014. Et plus encore dans les 3 années qui suivront. Il ne sera plus question de largesse d’aucune sorte. Pendant tout le quinquennat.
Le 7 mai, si Nicolas Sarkozy est réélu, la gauche basculera dans une grave crise ; le parti socialiste explosera ; une partie de ses membres ira rejoindre Jean-Luc Mélenchon, qui deviendra le chef de l’opposition ; la droite pourra plus aisément passer les échéances d’emprunt de juin ; elle gagnera les législatives, sous les applaudissements prudents des marchés. Mais elle devra, elle aussi, révéler, dès juillet, que le déficit budgétaire de 2012 sera finalement supérieur à ce qu’annoncent aujourd’hui les comptes, en raison dira la droite, d’erreurs impossibles à prévoir. Pour tenir les prévisions de réduction de la dette publique, qu’exigeront les préteurs, la droite décidera de coupes brutales dans les budgets sociaux, sans augmenter les impôts des plus riches. Cela se traduira par une chute de la croissance et des revenus fiscaux. La nouvelle gauche mettra des millions de gens dans la rue ; les grèves se multiplieront. Les marchés commenceront à s’inquiéter. Les taux d’intérêt augmenteront massivement. La crise sera là. Pour tout le quinquennat.
Dans les deux cas, le pays paiera le prix d’une campagne électorale totalement ratée. Non de la faute des candidats. Ni des journalistes. Mais des élites françaises , qui n’auront pas su sortir à temps, de la douceur de vivre, de la drôle de guerre, de l’ivresse trompeuse.

Écrit par : philbée nicolas | 29/04/2012

Merci de vos commentaires.

Je pense qu'il y a peu de chance que Nicolas Sarkozy se convertisse jamais aux énergies renouvelables. Il aime trop le modèle gaulliste de la France forte grâce à un Etat fort, et la force de l'Etat français à l'étranger est liée au nucléaire. Et je pense qu'il n'est pas tellement vrai qu'il faille une stature grandiose pour être président de la République, car les statures grandioses me paraissent en général de la poudre aux yeux. Même De Gaulle par exemple faisait simplement ce que la mécanique des événements le conduisait à faire, et il ajoutait des discours grandioses par dessus. Le grandiose dans les actes, cela consistait surtout à investir l'argent du contribuable dans le nucléaire, comme plus tard le grandiose de Mitterrand, c'était d'investir avec l'argent du contribuable dans la culture et l'éducation. Or, pour moi, l'un et l'autre auraient mieux fait de s'abstenir, je souhaite que l'Etat se désengage financièrement de ces secteurs, transformant son intervention en ce qu'elle prétend être: de l'aide à tous, en ordonnant la gratuité ou la baisse de prix seulement en fonction des revenus et ressources. Pour l'initiative, je crois qu'il faut la laisser aux acteurs de l'économie. Donc, pour moi, le grandiose du président de la République, c'est souvent quand il intervient dans des domaines qui ne sont pas les siens, se donnant des droits absolus rappelant Louis XIV.

Pour l'avenir, les élites françaises n'auront surtout pas su sortir de la conception grandiose qu'elles se font d'elles-mêmes, à mon avis. Les références historiques notamment sont une source de blocage. Car elles donnent une coloration culturelle à l'Etat qui profite à ceux qui ont cette couleur culturelle. L'Etat doit se désengager des célébrations et commémorations historiques, aussi, et les laisser à un collège d'historiens ou même de maîtres de cérémonie indépendants, dévoués à ce qu'on peut appeler la religion nationale. La politique, c'est assurer l'égalité entre les citoyens, et non la grandeur morale de la France, qui ne dépend pas des élites, mais des citoyens seuls.

Écrit par : Rémi Mogenet | 29/04/2012

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