30/04/2012

La furtive écoute de Jean-Vincent Verdonnet

gainsborough.jpgJ'ai lu le dernier recueil de poésie de Jean-Vincent Verdonnet, Furtive Écoute. Il plonge dans un monde aux limites du rêve. Le crépuscule est souvent présent, avec ses ors qui renvoient à un mystère qu'ils ne dévoilent pas. Le poète estime qu'il ne faut pas chercher à le percer. Pourtant, il attribue souvent aux éléments une volonté propre, et même des aspirations morales; mais qui demeurent extérieures et indifférentes à l'humanité.

La mémoire de l'enfance resurgit parfois; alors, les lutins qui raniment le souvenir, dit Jean-Vincent Verdonnet, sont heureux: ils baignent l'âme de douces réminiscences. Et quand on ferme les yeux, une lumière apparaît, venant effleurer le cœur de ses lèvres. Mais ce qu'elle dit reste inconnu. L'ange parle, mais dans un impénétrable silence. L'entendement ne va pas au-delà de la mémoire, ou de la sensation.

Le moment, peut-être, où les idées morales prennent le plus vie est celui où les doutes, dans l'heure froide, frappent à la porte après que leur laine a été arrachée aux ronces. Soudain, la nature s'imprègne d'une vie morale dont les flux deviennent accessibles à la pensée. Mais la lumière jetée sur l'univers ne montre alors que le doute, que Hugo appelait un spectre hideux et ricanant. Le Dhammapada dit semblablement que le doute émane des illusions du monde phénoménal. Jean-Vincent Verdonnet veut bien attribuer des pensées aux16fc2fafce181d152acf46d396e9e6ff.media.240x205.jpg éléments, mais s'il ne s'agit que des éléments terrestres: il ne veut pas des pensées célestes. Celles qui dissipent le doute comme le soleil la brume. Le doute lui apparaît comme la seule forme d'intelligence fiable, même si son entrée signifie le froid - s'accompagne d'une brise glacée.

L'émotion face au monde qui s'anime se lie donc à une mélancolie, voire à une tristesse qui tend à ne saisir, de l'au-delà de la vie humaine, que le néant. Jean-Vincent Verdonnet n'a jamais caché son agnosticisme. L'espérance est présente, mais la peur d'être déçu la réfrène. D'ailleurs, une espérance qui prendrait forme au travers des figures du paradis catholique d'un François de Sales serait aux yeux du poète l'abdication de la pensée rationnelle, intelligente.

Cependant, j'ai apprécié la tendance de ce recueil à personnifier les doutes, comme s'ils étaient des créatures de l'ombre - de l'hiver intérieur. On pénètre dans le fond de l'âme, grâce à ces mots qui animent - ou raniment - l'univers. Du monde des sensations, Verdonnet s'élève jusqu'au monde des idées. Il est plus platonicien qu'il ne veut bien l'admettre!

Furtive Écoute
Jean-Vincent Verdonnet
L'Arbre à paroles
5 €

08:06 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

Les commentaires sont fermés.