30/04/2012

La furtive écoute de Jean-Vincent Verdonnet

gainsborough.jpgJ'ai lu le dernier recueil de poésie de Jean-Vincent Verdonnet, Furtive Écoute. Il plonge dans un monde aux limites du rêve. Le crépuscule est souvent présent, avec ses ors qui renvoient à un mystère qu'ils ne dévoilent pas. Le poète estime qu'il ne faut pas chercher à le percer. Pourtant, il attribue souvent aux éléments une volonté propre, et même des aspirations morales; mais qui demeurent extérieures et indifférentes à l'humanité.

La mémoire de l'enfance resurgit parfois; alors, les lutins qui raniment le souvenir, dit Jean-Vincent Verdonnet, sont heureux: ils baignent l'âme de douces réminiscences. Et quand on ferme les yeux, une lumière apparaît, venant effleurer le cœur de ses lèvres. Mais ce qu'elle dit reste inconnu. L'ange parle, mais dans un impénétrable silence. L'entendement ne va pas au-delà de la mémoire, ou de la sensation.

Le moment, peut-être, où les idées morales prennent le plus vie est celui où les doutes, dans l'heure froide, frappent à la porte après que leur laine a été arrachée aux ronces. Soudain, la nature s'imprègne d'une vie morale dont les flux deviennent accessibles à la pensée. Mais la lumière jetée sur l'univers ne montre alors que le doute, que Hugo appelait un spectre hideux et ricanant. Le Dhammapada dit semblablement que le doute émane des illusions du monde phénoménal. Jean-Vincent Verdonnet veut bien attribuer des pensées aux16fc2fafce181d152acf46d396e9e6ff.media.240x205.jpg éléments, mais s'il ne s'agit que des éléments terrestres: il ne veut pas des pensées célestes. Celles qui dissipent le doute comme le soleil la brume. Le doute lui apparaît comme la seule forme d'intelligence fiable, même si son entrée signifie le froid - s'accompagne d'une brise glacée.

L'émotion face au monde qui s'anime se lie donc à une mélancolie, voire à une tristesse qui tend à ne saisir, de l'au-delà de la vie humaine, que le néant. Jean-Vincent Verdonnet n'a jamais caché son agnosticisme. L'espérance est présente, mais la peur d'être déçu la réfrène. D'ailleurs, une espérance qui prendrait forme au travers des figures du paradis catholique d'un François de Sales serait aux yeux du poète l'abdication de la pensée rationnelle, intelligente.

Cependant, j'ai apprécié la tendance de ce recueil à personnifier les doutes, comme s'ils étaient des créatures de l'ombre - de l'hiver intérieur. On pénètre dans le fond de l'âme, grâce à ces mots qui animent - ou raniment - l'univers. Du monde des sensations, Verdonnet s'élève jusqu'au monde des idées. Il est plus platonicien qu'il ne veut bien l'admettre!

Furtive Écoute
Jean-Vincent Verdonnet
L'Arbre à paroles
5 €

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28/04/2012

Jean-Jacques Rousseau et le règne végétal

renoir_peinture_femme_ombrelle_jardi.jpgLa Tribune de Genève des 24-25 mars citait Jean-Jacques Rousseau sur son amour de la botanique, notamment par ces mots: Les plantes semblent avoir été semées avec profusion sur la terre comme les étoiles dans le ciel pour inviter l'homme par l'attrait du plaisir et de la curiosité à l'étude de la nature. Rousseau ressentait qu'il existait un lien entre les astres et les plantes, comme si les secondes plaçaient les premiers à portée de main - et comme si elles pouvaient révéler leur nature profonde, leur âme. Il voyait, on le sait, la nature comme abritant la divinité, mais, face à celle-ci, il entendait en demeurer aux seuls sentiments: il était hostile à son égard aux idées claires: aux dogmes. Les anciens voyaient dans les astres des principes que la pensée était à même d'appréhender, mais le règne végétal a quelque chose de doux et d'endormi qui convenait au tempérament timide de Jean-Jacques. On se souvient de la relation qu'il avait avec l'eau, qui, au bord du lac de Bienne, le berçait et l'empêchait de penser, disait-il - lui donnant ainsi un bonheur ineffable!

Il voyait dans la nature, peut-être, la mère qu'il n'avait pas connue, et qui l'entourait de sa chaleur, de sa bonté. Les plantes en étaient la manifestation. Lamartine reparlera de la nature de cette façon,Eglise Peillonnex (2).JPG comme d'une mère enveloppante et chaude, mais l'étude de François de Sales et de l'art baroque savoyard m'a montré que la sainte Vierge, dans les églises, avait aussi ce rôle. Son lien avec la nature est patent: elle en était l'âme. La déesse, eût-on dit en un autre temps! La différence avec Jean-Jacques Rousseau étant la présence, en sus, du dogme catholique: les concepts qu'il rejetait. Les plantes qui s'enroulent autour des colonnes torsadées ne figurent-elles pas cette élévation de l'âme qui s'enracine dans le sentiment - les plantes mêmes semblant n'aimer que de façon chaste: ne se reproduisent-elles pas sans se toucher? Elles aussi sont virginales.

Même si Rousseau n'en avait pas conservé la doctrine, il demeurait dans l'atmosphère intérieure de François de Sales, telle qu'elle lui avait été transmise à Chambéry notamment par ce M. Gaime dont, dira-t-il dans les Confessions, il fit le modèle du Vicaire savoyard.

Il y avait une autre belle citation du philosophe genevois sur la botanique, dans la Tribune de Genève d'il y a cinq semaines, mais j'en parlerai une autre fois (si je puis).

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26/04/2012

François Hollande contre Nicolas Sarkozy

bourgeois-gentilhomme-615.jpgComme je suis citoyen français, je dois bientôt choisir entre Nicolas Sarkozy et François Hollande. Je dirai d'abord que mon impression est que pour beaucoup de gens le choix est évident parce qu'il est culturel: ils appartiennent à un milieu, familial, social, professionnel qui les amène tout naturellement à faire un choix. De ce point de vue, je suis porté vers François Hollande, étant issu de ce milieu bourgeois bohème si souvent brocardé, à tort ou à raison. Mais j'aimerais aussi laisser sa part à la raison, et comparer les deux.

Je dois en premier lieu dire que dans le domaine culturel, il me parait nécessaire que l'État s'efface. Or, dans les faits, cela passe par la libéralisation des secteurs liés à la culture. Je suis favorable à la libre entreprise aussi dans ce domaine, et pense, par exemple, que les écoles associatives devraient pouvoir se développer en France. Je suis opposé aux monopoles d'État en général, et d'accord avec Daniel Cohn-Bendit quand il dit que le monopole qu'une certaine entreprise nationalisée a sur l'électricité a eu sa part dans le développement de l'industrie nucléaire, à laquelle je suis opposé, estimant que les conditions ne sont pas réellement réunies pour empêcher ses effets mauvais. L'État se pose comme un garant infaillible, mais je crois qu'il préjuge trop de lui-même. Il en va d'ailleurs pareillement dans le domaine culturel: il se pose comme mû par l'Esprit saint, comme s'il pouvait guider la nation vers la lumière, mais je n'y crois pas. Je crois à cet égard aux vertus de la liberté, principe qu'on ne rappelle jamais Michel_Onfray_2009_2.jpgassez. Sur ce point, je me sens même des affinités avec Michel Onfray.

Mais ce qu'on appelle le libéralisme renvoie en général à l'égoïsme perçu comme moteur fondamental de l'économie. Or, je crois que l'État ne doit pas contrôler la vie culturelle, mais qu'il doit veiller à l'égalité, et que cette égalité est le moyen d'entretenir une vraie fraternité économique. On m'a dit que François Hollande voulait réglementer les loyers. C'en est un exemple. Je suis favorable à ce que les loyers soient fixés par la loi. Il faut cependant garder à l'esprit que la nationalisation d'un secteur peut ne pas signifier du tout la fraternité économique, une nation pouvant également être égoïste vis-à-vis des autres et entrer avec elles dans une forme de concurrence sauvage.

Pour conclure, je dirai trouver que Nicolas Sarkozy crée trop de tensions entre les citoyens. Sans doute, il a défendu les cultures régionales, ou traditionnelles, qui étaient injustement méprisées, bannies. Mais il aurait sans doute dû surtout chercher à libéraliser la vie culturelle dans son ensemble; or, parallèlement, il a tendu à attaquer certaines traditions qui ne lui plaisaient pas. J'estime que ce n'est pas bien. De son côté, François Hollande veut rester équilibré, il a parlé de transition énergétique, assuré qu'il respecterait la diversité, et il est sans doute nécessaire d'avoir un peu de calme dans les chaumières, après cinq années de tension et de sueur. Je suivrai donc le mouvement général du milieu dont je suis issu en votant pour lui.

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22/04/2012

Extraterrestres, musique & couleurs

close_encounters.jpgAprès avoir publié mon article sur l'exploration de Mars dans la littérature européenne, je me suis souvenu que Les Navigateurs de l'Infini de J. H. Rosny aîné n'était pas le seul récit qui eût assimilé les extraterrestres à des couleurs et à des mélodies: un film bien connu l'a fait, Rencontres du troisième type, de Steven Spielberg, dont les extraterrestres se déplacent en vaisseaux colorés qui semblent être faits de cristaux imbriqués, et communiquent avec les hommes par le biais de la musique.

Comme ils lancent dans des âmes choisies des messages subliminaux, le récit de leur découverte s'apparente à une initiation, au dévoilement d'un mystère, bien qu'ils aient quelque chose de matériel, de physique qui correspond aux idées plutôt simplistes qu'on a acquises sur les êtres extraterrestres. L'essentiel reste de toute façon dans l'émerveillement, les étoiles mêmes brillant à l'image d'un éclat particulier, ce qui suggère que les êtres venus d'ailleurs les matérialisent, les font venir sur Terre.

Comme chez Rosny, les extraterrestres sont habités par un esprit de paix, et ils s'unissent à un homme qui par ses vertus est parvenu à les rejoindre en l'emmenant dans leur vaisseau. Eux-mêmes sont plutôt laids mais ils rappellent les êtres élémentaires tels que les imaginent les Japonais: tout blancs, petits et fins, lunaires - des sortes d'elfes, ou d'anges représentés par une forme de baroque nouveau, utilisant la technologie dans ses créations.

On a pu dire qu'avec La Guerre des mondes Spielberg renonçait à la vision humaniste de ses débuts. L'écrivain de science-fiction Gérard Klein, que j'aime beaucoup, dit, d'ailleurs, que l'avenir n'est plus ce qu'il était. Le marché de l'imaginaire a été envahi par la nostalgie d'un passématrix-sentinel.png plein de magie, George Lucas, avec Star Wars, ayant participé à cette évolution. Mais ce sont surtout les vaisseaux spatiaux, qui sont passés de mode: on continue à s'extasier devant les machines et leurs capacités à prendre vie ou même à créer des mondes nouveaux, comme Matrix l'a montré. Les films d'extraterrestres envahissant la Terre montrent toujours chez ceux-ci des capacités techniques fabuleuses, fondées notamment sur le biomécanique. On voit des armures quasi organiques, aux mouvements libres et fluides, et ce n'est pas forcément pris en mauvaise part, plusieurs héros du bien disposant de ce genre d'outils. Il y a moins d'optimisme qu'autrefois, peut-être, mais les croyances n'ont guère évolué. Les extraterrestres demeurent liés à ce qui techniquement fonde la vie.

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20/04/2012

Écrivains en pays de Savoie à Bonneville

salondesecrivains2012_grande.jpgMon dernier livre, Écrivains en pays de Savoie, est officiellement paru: on peut se le procurer. Sur le site électronique Écrivains voyageurs, un article lui a été consacré, que je trouve forcément excellent, puisqu'il en dit du bien. Et dimanche 29 avril, il sera présenté au public au Salon des Écrivains de Bonneville, en Haute-Savoie: entrée libre toute la journée (à l'Agora). D'autres livres et d'autres écrivains seront évidemment présents: on pourra trouver notamment Paul Guichonnet, qui fut professeur à l'université de Genève et auquel j'ai consacré un chapitre dans mes Muses contemporaines de Savoie; Michel Germain, président de la Société des Auteurs savoyards; Roger Moiroud, qui se fait connaître en ce moment par des romans policiers à succès se situant autour d'Aix-les-Bains; Viviane Söntag, qui a écrit de belles nouvelles fantastiques et qui vient de publier un roman, Simples Femmes, inspiré de ses souvenirs de l'Algérie française duquel je reparlerai à l'occasion, car j'ai également consacré à Viviane un chapitre dans mes Muses contemporaines de Savoie; et bien d'autres, qui sont souvent d'excellents camarades: Daniel Grevoz, Jacques Grouselle, Brigitte Sers-Hermann, Joseph Mino, Bernard Prêtre, Jean Travers, Corinne Bouvet de Maisonneuve, Jean-Claude Bibloque, Babette Perrin, et puis de nombreux écrivains qu'à vrai dire je ne connais pas tellement. Parmi les partenaires, je connais surtout l'excellente responsable de la librairie de Bonneville Préface: Muriel Dargaud; mais aussi Gilbert Laporte, responsable de l'Office de tourisme de la Communauté de Communes Faucigny-Glières, dont toutes les composantes ont, d'ailleurs, participé; mais il y a également le Conseil général de Haute-Savoie et la Région Rhône-Alpes: il ne manque plus que l'État français et son célèbre Ministère de la Culture. Je ne sais pas pourquoi il finance surtout les manifestations littéraires de Paris. Il ne faudrait pas faire croire aux contribuables qu'il n'y a que dans la capitale de la France que la littérature est active; comme l'échelon national est volontiers regardé comme sacré, le risque existe qu'on ait cette impression. (Quelques auteurs présents ont pourtant des titres nationaux, tels Paul Guichonnet et Viviane Söntag.)

N'hésitez pas à venir à Bonneville, quoi qu'il en soit. On peut par exemple y admirer les ruines du château des seigneurs du Faucigny, fondé par Pierre II, que Charles-Albert Cingria a appelé le fondateur de la patrie vaudoise; ou la Colonne Charles-Félix, créée en hommage au roi du même nom par un premier ministre du gouvernement de Turin originaire de Bonneville, et sur le socle de laquelle la nymphe de l'Arve est représentée au naturel et enchaînée par la magie du prince, qui la tient de la pointe d'Andey rayonnante: son feu secret se plaçait dans son sceptre. On peut visiter aussi l'église Sainte-Catherine, de style néoclassique et joliment décorée. Beaucoup de bonnes raisons de venir!

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18/04/2012

L’éducation au Cambodge

King Ang Duong.JPGA Kampot, j'ai acheté un livre en français pour apprendre le khmer, écrit par Pierre-Régis Martin et Dy Dathsy. On y trouve, en annexe, de passionnants renseignements sur les mœurs du Cambodge. Un trait concernant l'éducation m'a frappé: Traditionnellement, dit l'ouvrage, à l'école de la pagode et auprès de leur père, les garçons apprennent les versets du Code de civilité et ceux de la Morale des hommes. A la maison, les petites campagnardes reçoivent de la mère un enseignement oral tiré de la Morale des filles, code attribué au roi Ang Duong, qui régnait au milieu du dix-neuvième siècle. Nourris dès leur plus tendre enfance par ces formules ils trouvent sans peine les règles de conduite s'appliquant aux diverses circonstances de la vie.

Intrigué, j'ai interrogé ma tante, qui fut élevée à Phnom Penh au sein d'une école de filles. Et elle a confirmé que les maîtres enseignaient ces strophes rythmées, et même rimées: la rime, en Asie, est fréquente. Chaque semaine avait sa strophe, et chaque strophe sa teinte. Tout à coup, en classe, la maîtresse prenait sa baguette, montrait une couleur; alors, les élèves récitaient en chœur la strophe correspondante. Et lorsque, à Paris, ma tante retrouvait des Cambodgiens qui faisaient des conférences, la connivence était immédiatement installée par une allusion à ces versets, par une citation: on se reconnaît comme khmer non seulement par la langue, mais par le Code des princes.

Soudain, tout s'éclairait: le roi n'est pas seulement une idée; il est le protecteur de tout ce Code autour duquel s'organise la vie sociale. Il est son point central, l'astre par lequel il rayonne. Et les saints versets sont autant de ses rayons déposés dans les âmes. Il ne s'agit pas de quelque chose d'abstrait, de théorique.

Les vers ancrent les préceptes dans les cœurs: leur rythme fait vibrer l'âme dans ses profondeurs et y fait pénétrer les pensées élevées des sages aux seins desquels Ang Duong se nourrissait, les rois étant toujours entourés de brahmanes et de bonzes: ils ont eux-mêmes un rôle sacerdotal. On sait3204.jpg qu'en Orient, les rythmes sont essentiels: ils donnent forme à l'âme aussi bien que les concepts. On récite, au temple, le Dhammapada sans comprendre le pâli, mais en se laissant pénétrer par ses rythmes, regardés comme saints. Les couleurs utilisées par les maîtres de ma tante n'ont, je crois, rien d'arbitraire non plus: les auréoles du Bouddha, dans les représentations peintes, sont des arcs-en-ciel complets dont les couleurs renvoient aux vertus du Saint. Elles aussi parlent au cœur, directement, sans passer par le concept: les peintres sacrés le pensent. Je le crois également, à vrai dire, et je considère que l'éducation passe d'abord par les rythmes (scandés par les consonnes), les mélodies (créées par la succession des voyelles) et les couleurs - avant de passer par les idées, auxquelles l'enfant n'est pas sensible. Le mode d'apprentissage qui lui est propre explique pour moi la grande cohésion du peuple cambodgien, ainsi que son aspect extérieurement vibrant, rayonnant de  moralité. Je crois, même, que cela peut se dire de toute l'Asie.

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14/04/2012

Jean-Jacques Rousseau et l’Opéra de Paris

Rameaux.jpgDans La Nouvelle Héloïse, Jean-Jacques Rousseau évoque l'Opéra de Paris, dont il dit plaisamment qu'il est absolument interdit de le critiquer, et qu'il a ses défenseurs et même ses inquisiteurs. De combien d'institutions nationales, à Paris, pourrait-on encore le dire aujourd'hui! Rousseau néanmoins ne se gêne pas pour ridiculiser celle-ci, affirmant que les Français n'ont pas le sens de la musique, et que le spectacle donné sur scène est dénué de sens commun: on y place des êtres fabuleux, fées, dieux, dragons, démons, sans que les machines ne convainquent en rien de leur présence.

On sait que, depuis cette époque, les Français ont renoncé à ces effets spéciaux et à ces œuvres mythologiques, malgré les possibilités nouvelles du cinéma, qu'a jadis montrées Georges Méliès: Martin Scorsese s'en est récemment fait l'écho. Mais, à vrai dire, on ne sait si on a mis fin à ce genre de spectacles parce qu'on a aperçu leur ridicule ou parce qu'on a érigé en nouveau dogme qu'il ne fallait montrer que ce que les sens pouvaient saisir de la vie. Car Rousseau ne critique pas le merveilleux en soi, le disant approprié au sein de l'épopée: mais non sur une scène, les moyens techniques existants ne lui permettant pas d'être crédible; depuis, néanmoins, on a institué une sorte de naturalisme obligatoire qui interdit le merveilleux jusque dans les mots.

Sur ces sujets, Rousseau reprend simplement Corneille, qui aimait le merveilleux mais avouait que, au théâtre, il n'était pas vraisemblable, s'il était placé sur scène, et qu'il valait mieux, par conséquent, le laisser dans les répliques des personnages; Racine appliquera ce principe. Tolkien alla plus tard dans le même sens, trouvant12425_Macbeth_Et_Les_Sorcieres_f.jpg insupportables les sorcières de Shakespeare quand il les voyait, mais les trouvant acceptables à la simple lecture. Il estimait que les êtres spirituels pouvaient être nommés, mais non matérialisés, l'imagination devant suppléer aux mots quand ils devenaient incapables de représenter la chose dans sa plénitude.

Rousseau n'est pas toujours original dans ses idées: il l'est davantage dans son expression, enjouée et drôle.

Il révèle, néanmoins, que les lutins et les monstres étaient fréquemment joués, à l'Opéra de Paris, par des Savoyards: les ramoneurs sont accrochés à des cordes et envoyés dans les airs pour figurer les démons, et des lourdauds de Savoyards sont mis sous des fausses carapaces pour figurer des tortues géantes. Il faut dire que Rousseau ne s'est jamais assimilé aux Savoyards, malgré ses années passées à Chambéry, et qu'il a longtemps parlé d'eux ainsi qu'on le faisait en Suisse - comme de paysans soumis au Roi et à l'Église et sans intelligence particulière. Ses autobiographies en donneront une image plus chatoyante. Je l'ai expliqué dans mon dernier livre.

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12/04/2012

Le perroquet céleste de Gustave Flaubert

peinture-sur-bois-indienne-au-perroquet-.jpgA la fin de l'année dernière, pour des motifs professionnels, j'ai relu Un Cœur simple, de Flaubert. On a pris l'habitude de regarder la vision de Félicité, à la fin de ce petit récit, comme une blague. Rappelons qu'il s'agit d'un perroquet gigantesque que l'idiote servante voit dans le Ciel soudain entrouvert alors qu'elle exhale son dernier souffle. Flaubert avait beau dire qu'il refusait toujours de conclure - de dégager une idée claire de ses récits -, le matérialisme ordinaire a interprété cette figure dans le sens de l'hallucination - comme une ultime plaisanterie sur la crédulité de Félicité.

Or, dans les faits, Flaubert disait que cette fin l'avait laissé non rieur, mais submergé de larmes. Évidemment, on pourrait dire que la pitié qu'il éprouvait pour ce personnage et plus généralement pour une humanité toujours prête à se créer des illusions l'habitait tout entier. Mais il faut, d'abord, relativiser le rationalisme de Flaubert: qu'il se soit beaucoup moqué du catholicisme ne signifie pas qu'il ait été matérialiste. Bien au contraire, il s'est toujours dit impégné par l'Esprit. Il reprochait seulement au catholicisme d'avoir mis, derrière des concepts grandioses, des préoccupations bassement terrestres. C'est de cela que se moque Flaubert, en faisant assimiler, par Félicité, le Saint-Esprit à son perroquet: en effet, dit-elle, une colombe ne parlant pas, Notre vitrail_colombe3.jpgSeigneur a dû en réalité penser à un perroquet. Comme le sien est coloré, elle lui voit les teintes flamboyantes que la peinture sacrée donnait à la Colombe divine. Elle le vénère donc.

Or, cela est venu de ce que les concepts catholiques apparaissent comme abstraits et incompréhensibles aux fidèles. 

Mais le plus étonnant et le plus troublant, dans ce récit, est que Félicité est tellement bête que jamais elle ne se rend compte de sa folie, et qu'elle meurt de la façon la plus heureuse qu'on puisse imaginer: le battement de son cœur s'éloigne et s'estompe doucement - à la façon d'un écho, dit Flaubert.

La question survient alors: si Félicité est morte heureuse, n'est-ce pas la voie qu'il faut suivre, que la sienne? Cela fait clairement écho au saint adage de Jésus: Heureux les simples d'esprit, ils iront tout droit au paradis. Flaubert aimait avec passion la Bhagavad-Gîtâ; or, ce texte dit que même si l'objet de la vénération n'est pas celui qu'il doit être, même si l'intelligence est insuffisante, l'âme qui voue à un objet impropre un culte sincère ne commet pas une mauvaise action: dans une autre vie, elle sera en mesure de comprendre ce qui doit vraiment être adoré, mais en soi, l'élan intime qui l'habite la porte bien vers les hauteurs. Ce qui doit être réellement adoré, naturellement, c'est le Seigneur Suprême! Qu'on peut assimiler au Christ que saint Antoine, dans le texte que Flaubert lui a consacré, voit dans le Soleil après que les nuages se sont écartés, et que ses visions folles se sont dissipées...

Néanmoins, Flaubert ne parle pas d'une autre vie - même s'il évoquait parfois la possibilité d'être lui-même réincarné d'un homme vivant dans le pourtour méditerranéen dans l'antiquité ! Le vrai drame, ici, est que le cœur, de lui-même, ne vient pas à la rencontre du cerveau; entre les deux est un gouffre qu'on ne comble pas. La foi s'oppose à l'intelligence; on ne parvient pas à la concilier. La raison dit que le siècle est nul; la foi dit que le ciel est sublime; mais les deux ne se rencontrent pas - ne s'unifient pas.

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10/04/2012

Les Arcanes de Solange Jeanberné

apc.jpgSolange Jeanberné est une poétesse de Haute-Savoie à laquelle j'ai consacré un chapitre dans mes Muses contemporaines de Savoie. Depuis, elle a fait paraître un nouveau recueil, Arcanes, illustré par Marie Cavoret, une peintre qui habite Aix-les-Bains.

La poésie de Solange Jeanberné reste la poésie parfumée et légère que j'ai toujours connue: dans les flux de la conscience, des formes semblent se détacher d'une brume dorée, lumineuse, mais la délicate poétesse craint alors qu'elles ne la déçoivent voire ne l'effraient par leur aspect soit trop net, soit démoniaque, comme dans certains cauchemars, et elle préfère fermer les yeux pour ne pas déflorer le pur espoir qu'elle avait d'un monde plus beau:

On ne sait quelle main
A tissé les nuages
Et lié les couleurs
A
l'arc du ciel

Tout ce que je sais
De la douceur du monde
Tient dans ce bleu qui s'estompe
Cette frange au front des nuées

Pourtant, lorsque l'enthousiasme emporte la poétesse, et qu'elle est sûre qu'elles ne seront que belles et bienveillantes elle ose essayer de nommer des formes célestes:

Très hauts glacis d'étoiles
Très hautes voûtes
Temples
Marbres anciens
Veines ouvrant l'espace d'antiques Odyssées

Cependant, elle refuse alors de voir le moindre ordre moral dans ce flux étincelant; seuls y règnent la fantaisie et l'amour:

Les Bouviers s'accouplent avec les Vierges
Je les ai vus
Il en naît des Minotaures
Des Amazones
Dans une mythologie fantasque
Qui se moque des Dieux

Très hauts glacis d'étoiles
Très hauts semis d'étoiles
Voix des magiciennes

A mon sens, la ligne est celle de Guillaume Apollinaire quand il créait des dieux de fantaisie:

12-arts-to-frank-frazetta-witch-img.jpgLes démons du hasard selon
Le chant du firmament nous mènent
A sons perdus leurs violons
Font danser notre race humaine
Sur la descente à reculons

Les tableaux de Marie Cavoret conviennent assez aux vers de Solange Jeanberné: les couleurs en sont belles et harmonieuses, et de l'abstraction naissent parfois des formes d'êtres élémentaires - une ondine d'or, un mouvement d'âme qu'on parvient à appréhender. Je disais à ce sujet à Solange, la dernière fois que je l'ai vue, que je comprenais cette approche, mais que, souvent, j'étais nostalgique de l'illustration de science-fiction que j'adorais dans mon adolescence - et que j'imitais, quand je dessinais: Frank Frazetta, notamment, plaçait dans des ambiances de rêve des formes distinctes de héros, ou d'entités spirituelles, et pour moi, il était un modèle. J'en reparlerai, à l'occasion. Car aller jusqu'au bout de sa démarche jusqu'à cristalliser, dans les flux de couleurs qui surgissent de l'âme, des formes héroïques distinctes demande pour moi un certain courage: tout le monde n'y parvient pas. Frazetta fut un homme remarquable.

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06/04/2012

La planète Mars dans la science-fiction européenne

Out-of-the-Silent-Planet.jpgJ'ai évoqué la mythologie martienne qui s'était construite dans la littérature de science-fiction au travers d'Edgar Rice Burroughs et de Leigh Brackett sa continuatrice. Mais en France, ou plus exactement en Belgique, l'écrivain J. H. Rosny aîné - auteur de La Guerre du feu - a produit un roman sur Mars que je crois méconnu: Les Navigateurs de l'Infini. Il s'agit de Terriens qui se rendent sur Mars et qui y découvrent des êtres purement gazeux, mais doués de conscience - ce qui revient, en principe, à percer le secret du monde élémentaire. Mais les principaux habitants de Mars sont colorés et magiques, quoique bizarres dans leur forme, et le héros de l'histoire entretient une relation amoureuse purement platonique avec une Martienne qui aboutit à la procréation d'un être qui lui ressemble à plusieurs égards. Car les Martiens sont tels que les anges: ils engendrent sans se toucher, grâce à une union purement psychique. Cela se manifeste, sur leur corps, par de la lumière colorée et des sons musicaux: c'est dire que ce monde est beau! C'est dire qu'il est plus proche du divin que la Terre.

Or, à l'époque où ce noble roman a été écrit, Mars était présentée dans la littérature américaine comme recelant des êtres immondes; même quand ils étaient immortels et divins, ils n'avaient que de mauvaises intentions, comme John Carter le montre. La Guerre des mondes, de l'Anglais H. G. Wells, avait, dès le départ, inauguré cette tradition. Et elle s'est vue encore dans une excellente nouvelle de l'ami de Lovecraft Clark Ashton Smith: The Seedling of Mars, dans laquelle un Terrien découvre sur la planète rouge une espèce affreuse et invasive: on était proche du film Alien.

Il faudra attendre Leigh Brackett pour avoir de Mars une vision plus positive, peut-être sous l'influence des écrivains anglais. Car dès l'époque de Rosny aîné, C. S. Lewis, homme religieux et pieux, proche de J. R. R. Tolkien, montrait, dans Out of the Silent Planet, un visage de Mars qui en faisait aussi une planète enchantée: les monstres apparents étaient en réalité très humains, et ils étaient dirigés par un ange qui se rendait visible à eux. Lewis contredisait la vision de Wells et clarifiait la conception de Burroughs, et il le faisait sciemment. Le cinéma, peut-être, a fini par suivre cette orientation qu'on pourrait dire humaniste, La Guerre des étoiles et Avatar montrant des êtres extraterrestres liés au divin d'une façon particulière.

L'exotisme interplanétaire, en tout cas, n'a pas pu se passer de poésie et de mythe.

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04/04/2012

Ancre de Phnom Penh: objet sacré, voile du mystère

med-statue-de-vishnu-angkor-vat-visoterra-12825[1].jpgJe voudrais revenir à l'histoire que j'ai récemment racontée, d'une ancre révélée au sein d'un rêve comme étant un objet sacré. Comme cette ancre a été placée dans une pagode avec l'accord des moines qui ne lui concèdent pourtant aucun pouvoir, j'ai énoncé l'idée que dans leur perspective tout culte tend en réalité à Bouddha.

On trouve bien une telle considération dans la Bhagavad Gîtâ: tout culte s'adresse, consciemment ou non, au Seigneur suprême; or, à ce Principe divin, Bouddha s'assimile, parce qu'il s'est confondu avec lui, quoiqu'il ne fût qu'un homme. Maintes représentations de Bouddha rappellent étroitement l'image que les anciens Khmers se faisaient de Vishnou. Les statues retrouvées à Angkor sont, à cet égard, éloquentes. D'ailleurs, Angkor Vat, le principal sanctuaire d'Angkor, m'a semblé fait pour rendre visible la Bhagavad Gîtâ - faisant de ses édifices de mots des édifices de pierre. J'y reviendrai, si je puis.

L'idée que Krishna énonce à Arjuna est que les ignorants croient adorer un objet, mais qu'ils n'adorent, au travers de cet objet, que le Seigneur suprême, et que cette vérité du fond de leur adoration ne brillera dans leur esprit que dans une vie prochaine, laquelle sera d'ailleurs meilleure que l'actuelle, en tout cas plus propre au dévoilement du mystère - justement parce qu'en cette vie, ils auront eu une piété sincère à l'égard d'un objet, ou bien de la fée qui dans un rêve l'a déclaré sacré: cette déesse se pose comme élément du karma, ou comme bon ange qui aide à se préparer une vie meilleure.

L'idée est difficile à saisir en Occident parce qu'on y éprouve, à l'égard de l'intelligence d'un mystère, l'impression que l'enjeu en est fondamental: que l'important est d'avoir une pensée exacte, sur un sujet. D'ailleurs, les religions occidentales ne voient l'accès à l'absolu qu'à l'issue d'une seule vie. Mais en Orient, on estime que cela n'est pas forcément possible pour le moment, et que, par conséquent, il n'est pas forcément important d'acquérir tout de suite des idées vraies. Face à l'existence et aux limites humaines, on est philosophe; on considère que  les croyances sont toujours un chemin qu'on se crée parmi les ombres pour aboutir à la vérité. Les illusions mêmes sont des reflets de la lumière ultime: non des voiles qui cachent, mais des voiles qui permettent de voir, en atténuant des clartés trop vives. L'ami de Chateaubriand Joseph Joubert énonçait des idées comparables.

Ainsi, l'Asie livre le sentiment que chacun vit un drame fabuleux, s'étendant aux limites de l'univers. Et que des figures divines luisent dans les brumes du Temps.

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02/04/2012

Amélie Nothomb et l’entreprise japonaise

J'ai lu, pour des motifs professionnels, le célèbre livre d'Amélie Nothomb appelé Stupeur et Tremblements, et l'ai trouvé amusant. J'ai particulièrement aimé les moqueries lancées contre Nietzsche, lorsqu'Amélie dit qu'une fois retrouvé son indigne emploi de responsable de la propreté des toilettes, elle considérait que sa vie à l'extérieur de l'entreprise, chaleureuse et agréable, était comme l'arrière-monde dénoncé par le philosophe et ses suiveurs comme étant une illusion grossière que l'homme en peine se crée pour ne pas voir le réel!

En outre, Amélie Nothomb connaît bien le Japon. Mais en lisant son texte, je me suis demandé si elle aurait mieux réussi dans une entrepriseGhost in the Shell Stand Alone Complex 1st GIG.jpg occidentale; car il me semble que, d'emblée, les buts de l'entreprise ne charmaient pas son cœur - n'éblouissaient pas ses yeux. Dans son esprit, la vie culturelle ou spirituelle est faite de ce qu'on trouve dans les livres et les temples: pas de ce qu'on trouve dans l'entreprise. Or, j'ai le sentiment que, au Japon, comme dans tout le reste de l'Asie, le commerce est quelque chose de sacré, qui a une valeur en soi.

Les dessins animés japonais montrent que dans les machines qu'on produit et qu'on vend, dans la technologie qui multiplie les échanges commerciaux, les Japonais voient une flamme qui est en rapport avec l'âme, l'esprit. Je pense à Akira et à Ghost in the Shell: dans la coque à première vue vide naît une conscience. Cela existe aussi en Occident, mais ces dessins animés ont sur eux un air mystique assez particulier.

Or, étant allé en Asie, j'ai le sentiment qu'on a de la relation sociale et par conséquent de l'échange commercial une vision d'emblée sacrée: dans la relation à l'autre réside un profond mystère. On trouve, d'abord, du travail à tout le monde: c'est une obligation. On ne renvoie donc jamais Amélienio-tuteur--todai-ji-great-eastern-temple-nara-japon.jpg, l'enjeu étant de trouver une place qui lui convient. Chaque pièce joue un rôle dans la vivante machine globale. Et, par conséquent, comme le montre Ghost in the Shell, une machine globale développe forcément une conscience de soi.

A mon sens, cela a échappé à Amélie Nothomb, qui n'a pas saisi en profondeur cet esprit spontanément fraternel qui existe en Asie: elle en a plutôt saisi les effets clairement identifiables, les règles issues du Japon impérial, et la capacité du Japonais à tout donner à son travail - c'est-à-dire, dans son esprit, aux autres. Mais la raison profonde n'est pas évoquée. Elle l'attribue simplement à l'habitude d'obéir à l'Empereur, fils du Ciel. Cela a pourtant une vraie valeur spirituelle: l'âme qui règne dans l'entreprise pour le Japonais se relie à l'Esprit qui, dit Bouddha, est le fond de tout. L'entreprise est une maison, et comme toutes les maisons d'Asie, elle a son bon esprit qui la protège, et qui est à son tour le serviteur de Bouddha: elle mène par conséquent l'être humain à l'accomplissement de soi jusque dans sa nature immortelle. Cela fait un flot continu; il n'y a pas d'un côté le travail, de l'autre la vie spirituelle: le bon ange qui préside à la vie de l'entreprise n'est pas en dehors de la lumière ultime. L'Empereur même, du reste, garantit à la société la faculté d'accueillir cet esprit serviteur de Bouddha. Tout est lié.

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