28/06/2012

Jean-Jacques Rousseau et le Dhammapada

heloise_barque.jpgDans La Nouvelle Héloïse, on trouve les paroles suivantes: il n'est point de route plus sûre pour aller au bonheur que celle de la vertu. On croirait lire un adage de Bouddha Sâkyamuni. Mais Rousseau ajoutait: Si l'on y parvient, il est plus pur, plus solide et plus doux par elle; si on le manque, elle peut seule en dédommager. Mais comment peut-elle en dédommager? Comme Rousseau s'interdisait toute image ne reposant pas sur le souvenir, il ne pouvait pas le dire. Le plaisir qu'on tirait de la vertu était chez lui assez abstrait et peu convaincant. Il restait dans le flou, paraissait parler dans le vague, faisant référence à une vérité que tout le monde connaissait sans la dire. Il eût refusé, comme François de Sales dans ses méditations sur le Paradis, de peindre une Cité céleste au sein de laquelle on eût fréquenté les Saints et les Héros sous le regard bienveillant des Anges. Même les dons à venir de la Providence étaient chez Rousseau dans le non dit: il se refusait à l'anticipation! D'ailleurs, de tels dons eussent transformé l'existence, et pour lui, la vie parfaite était conforme à la nature - ne contenait aucune sorte de métamorphose!

Rousseau était bloqué par son culte de la nature sensible. Or, je ne crois pas que le Bouddha ait été dans le même cas: il ne laissait pas sans images de l'avenir le fidèle, puisqu'il lui annonçait des séjours célestes ou des états de souffrance, selon le bien ou le mal qu'il faisait. Le Dhammapada à cet égard ne détaille pas, mais le dédommagement aux vertus qui ne trouvaient pas leur récompense directe était 11784203-ornament-indra-god-statue-with-hand-sign-at-samma-chanyawat-temple-in-bangkok-thailand.jpgexplicitement placé dans un avenir qui n'était pas limité par l'existence terrestre actuelle. Le chemin suivi par Indra, qui incarne la perfection, est clairement nommé, et posé comme exemple à suivre;  or, il s'agit du roi des dieux, et il règne sur un paradis plein d'anges et de fées. A son chemin divin s'opposait celui de Mâra, la Terre: celui des illusions qui mènent au cycle des renaissances terrestres.

Rousseau était bien plus dans le vague que le Bouddha. Il en rejeta d'ailleurs le culte, dans le Contrat social, le disant impropre à la vie de la cité, parce qu'orientant l'âme vers des voies mystiques purement individuelles, et détachées des affaires communes. Mais en prétendant que l'État pouvait combler toutes les aspirations de l'humanité, Rousseau était dans la confusion la plus complète: il ne saisissait en rien la vie de l'âme de l'intérieur. Comment eût-il pu, dès lors, représenter de quelle façon l'âme vertueuse pouvait être dédommagée de ses échecs? Car l'État étant de ce monde et régi par des lois claires, en toute logique, il n'est pas possible que l'âme vertueuse y manque son but! De fait, les représentations de Rousseau n'allaient pas plus loin que l'image de la cité parfaite, la Rome antique: il n'a jamais développé un discours clair sur la destinée de l'âme au-delà de son passage dans l'État! Ses idées s'arrêtaient aux limites du but terrestre de l'humanité.

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