13/08/2012

Français & Allemands: le rêve grec

pont-patras-gate-8188.jpgQuand j'étais en Grèce, j'ai pu constater une étrange chose: toutes les grosses infrastructures commandées par l'État avaient été faites soit par des Allemands, soit par des Français. Or, j'ai entendu plus tard dire que les banques françaises et allemandes étaient en crise parce que les Grecs ne pouvaient plus rembourser les prêts pris auprès d'elles. Cela m'a donné l'impression que les Grecs avaient commandé des infrastructures à des industriels qui s'arrangeaient avec les banques de leur propre pays pour fournir l'argent. Les Grecs pouvaient avoir l'impression que cela ressortissait au fond au cadeau, parce que les experts mandatés par les gouvernements allemands et français étaient ceux qui avaient montré aux gouvernements grecs ce qu'ils pouvaient commander à leurs industriels et par conséquent emprunter à leurs banquiers.

Cela signifierait que la responsabilité de la faillite grecque incombe aussi aux gouvernements français et allemands: car c'est eux qui ont pensé que les Grecs pourraient rembourser. Est-ce que réellement les Grecs pouvaient en savoir plus long que leurs experts, à ce sujet? Ils pouvaient en douter, puisque ces experts faisaient probablement valoir leur expérience, leur connaissance de ce qui se faisait depuis longtemps en France et en Allemagne.

On se disait que tout le monde avait à y gagner. On prenait donc l'expérience acquise comme suffisamment probante pour l'avenir. On se faisait des illusions en Grèce, certes, mais aussi en France et en Allemagne. L'impression existe que loin d'avoir pris la mesure de leurs erreurs, les Français et les Allemands demeurent dans l'idée que la Grèce doit être mise sous tutelle parce qu'elle est la principale responsable deAgriculture traditionnelle.jpg la situation, les infrastructures que leurs experts ont proposées étant naturellement toujours des plus nécessaires! Comme ce pont que j'ai vu, à Patras, qui passe par-dessus une mer, et qui n'est emprunté que de ceux qui peuvent payer le passage... Les autres prennent le bac, qui est moins cher.

Mais l'économie grecque étant surtout agricole, elle est de faible valeur ajoutée, et les rêves qu'on peut faire sur l'industrialisation de l'univers ont toujours quelque chose de faussé: c'est comme les pouvoirs magiques qu'on attribue à la radioactivité! Les Français adorent croire, par exemple, que l'industrie nucléaire représente une étape majeure de l'Évolution. Ce n'est pas forcément le cas.

09:58 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

Commentaires

Voyez-vous, par vulgarisation, « le sale job d’economic hit man » semble plus que jamais s’être démocratisé en ne ciblant plus – essentiellement - le continent africains ou d’amérique latine, mais l’économie planétaire dans son ensemble: l’économie par la dette. Une économie devenue l’otage d’un monde financier, plus que jamais nourri au dicton : « sans foi, ni lois ». La finance de l’ombre (shadow financial system) est estimée aux USA à plus de 16 trillions de USD, par conséquent, bien supérieur au PNB. Par ailleurs, 800 trillions de USD de produits dérivés circuleraient dans le monde par le jeu du « shadow financial system », alors même que le produit national brut de la planète avoisine 50 trillions de USD. Bienvenu maintenant à l’asservissement de l’économie par la dette. Les faillites, entre-autres, d’Irish Bank en Irlande et Lehman Brothers aux Etats-Unis ont notamment permit d’ouvrir le volet sur ce « nouveau jeu », de même qu’ils ont mis en lumière le risque que provoquerait le non-sauvetage des établissements prédateurs, dit à risques systémiques. Les interventions d’Antigone Loudiadis en Grèce, et « les fameuses armes à destructions massives » de Blythe Sally Jess Masters de la JPM, plus communément connues sous l’appellation CDS (Credit Default Swap) ont néanmoins trouvé, eux aussi, leur absolution. A défaut d’une réelle volonté politique à laisser se système pipé toucher son mur, à refuser l’évidence d’un syndrome de Stockholm destructeur, nos ravisseurs ont encore de beaux jours devant eux. Ce qui vaut pour l’Europe qui en est la cible depuis 2009.
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« Il y a deux manière de conquérir et asservir une nation, l’une par l’épée, l’autre par la dette ». John ADAMS 1735 – 1826 – Président des Etats Unis 1797-1801.
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Écrit par : Pierre Ponce | 13/08/2012

Oui, mais pour constituer un capital et investir, l'emprunt s'avère souvent nécessaire. Par exemple, quand on achète ou fait construire une maison ou une voiture, on emprunte. Je pense aussi que le problème est que ce sont des commandes d'Etat. Car quand on emprunte et qu'on travaille, on sait qu'on pourra rembourser, et que cela dépend de soi. Quand un Etat emprunte, il compte en réalité non sur lui-même mais sur les autres, ceux qui produisent réellement des richesses. Or, l'Etat n'est pas réellement le maître du travail des autres. Chaque citoyen fait en réalité ce qu'il veut, aucun Etat ne peut à cet égard tirer de plan sur la comète, ou même obliger durablement les citoyens à travailler pour payer les emprunts que le gouvernement a pris sans consulter au coup par coup les citoyens, mais à la façon d'un prince souverain. Cela dit, les gouvernements français et allemands se portaient garants du système, j'en suis persuadé, et c'est ce que j'ai voulu dire. Eux aussi participent de la faute qui consiste à avoir fait prendre un emprunt aux citoyens sans qu'ils aient donné leur accord clair, et en se réfugiant sous la fausse légitimité du système représentatif.

Écrit par : Rémi Mogenet | 13/08/2012

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