17/08/2012

Batman et la spiritualité de Gotham

bane-dans-the-dark-knight-rises.jpgDans The Dark Knight Rises, dont j'ai déjà parlé, certains éléments m'ont laissé sceptique. Les discours qui accompagnent l'action des personnages montrent notamment une conception assez réductrice de l'initiation et des mystères de l'âme. Bane - le méchant - dit qu'il est un initié et que par conséquent il ne peut pas être effrayé par les tours de prestidigitation de Batman, et on peut comprendre que cela fait référence à la réputation qu'ont les mages orientaux de pouvoir créer des figures illusoires, mais l'initiation ne s'arrête pas à ces tours de magie: je ne pense pas. Joseph de Maistre disait que contrôler ses pulsions érotiques était en fait un miracle plus grand! D'ailleurs, même la magie des sages orientaux n'est pas censée se fonder sur des effets de sons et lumière créés avec de petits gadgets.

Cependant, ce qui m'a le moins convaincu est le réalisme de la prison de Batman. Au début, l'image du puits profond qu'on voit d'en bas m'a plu,At+first+look+it+reminded+me+of+that+jail+in+_103140c44b5e8b1a73dcb1029d5e4395.jpg mais son réalisme m'a rapidement semblé dérisoire. J'aurais, en ce qui me concerne, imaginé un espace psychique, un gouffre situé sous Gotham, et dans lequel Batman eût été jeté comme une enveloppe désormais creuse - une loque. Au contact de l'esprit des chauves-souris, qui lui serait apparu comme un monstre et puis comme un ange, il aurait retrouvé ses forces surnaturelles. Le coup de la corde qui empêche qu'on ait peur de la mort et qu'on réussisse à monter la pente m'a paru facile. L'amour donne des ailes: la peur est seulement mauvaise conseillère. J'aurais plutôt conçu que Batman, en surmontant son angoisse, eût peu à peu distingué, à travers une ombre monstrueuse de chauve-souris, son bon ange - ou l'ange de Gotham même. Et alors, il eût reçu une grâce: sa force légendaire fût revenue miraculeusement, en un brillant éclair! Cela eût été plus court, et eût conservé l'unité de lieu - eût aussi simplifié l'action: il y a un moment où il faut savoir entrer réellement dans le symbole, pour éviter de se disperser dans une poussière d'événements dénués de sens, purement mécaniques, et ne trouvant leur force qu'à travers la violence des images, le grand nombre de morts, les machines qui vrombissent!

bastet.jpgLe fil moral du film était surtout assumé par l'habituel système de valeurs américain: le sens du sacrifice, du don de soi à la Cité, le respect de l'ordre établi et des lois, et le culte de la volonté - davantage même que de l'amour. On sent le poids de l'ancienne Rome sur cette tradition, mêlé de puritanisme chrétien et de figures folkloriques: car l'homme-chauve-souris en est une. C'est d'ailleurs la partie la plus originale, et ce par quoi le film a une part de poésie: l'assimilation du héros à son totem. La femme-chat fonctionne bien aussi, pour les mêmes raisons: avatar de la déesse Bastet, sans doute! D'ailleurs, c'est l'amour qui la pousse, pendant que Batman n'est occupé que de justice, de respect des lois et de la propriété publique. On se souvient que Bastet préside aux sentiments d'affection tendre...

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