26/09/2012

Richard Wagner et Kenneth Branagh

wagner.jpgEn 2013, ce sera le bicentenaire de la naissance de Richard Wagner. Malgré ses lourdeurs, un immense artiste. Or, en écoutant et en lisant Götterdämmerung, j’ai été frappé de découvrir les sources cachées de l’histoire inventée par Kenneth Branagh pour illustrer son adaptation de la bande dessinée de la compagnie Marvel Thor: car on a prétendu que l’intrigue de ce film était vide, mais je l’ai trouvée au contraire pleine de surprise et d’intensité. On se souvient que Loki, le dieu méchant, y passe pour être le fils cadet d’Odin - Thor étant l’aîné -, mais qu’il est en réalité né d’un démon du Jotunheim, traditionnellement opposé à Asgard. Lorsqu’il arrive au pouvoir à la place d’Odin, vieux et malade, après avoir fait exiler Thor sur Terre, un ennemi se retrouve donc à la tête de la cité divine, et tout l’univers est en péril!
 
Or, dans l’opéra de Wagner, Hagen, qui passe pour être le frère cadet du roi Gunther, et engendré comme lui par le mythique roi Gibich, est en réalité le fils d’Alberich, le Nibelung, Nain méchant et mauvais qui veut récupérer son anneau sacré et renverser les dieux - comme il en aurait alors le pouvoir. Alberich est un être de l’abîme. Wotan, lui, est porteur de la sagesse du Ciel.
 
Kenneth Branagh finalement fait de Loki un être qui veut prouver à Odin qu’il est bien de la race d’Asgard et il fait tuer, après les avoir fait tomber dans un piège, ses propres frères du Jotunheim: était-ce tiré par les cheveux? Loki essaye de tuer Thor avec la lance d’Odin, comme Hagen tue Siegfried avec une lance qui est porteuse de la parole d’honneur du héros - lequel, justement, semble avoir menti. Les deux lances se ressemblent; d’ailleurs, celle de Hagen ressemble à celle de Wotan, que Siegfried a brisée dans l'opéra qui porte son nom. Branagh a trouvé une belle trame, pour son film, en s’appuyant sur Wagner. Le cinéma de science-fiction américain fait bien plus cela qu’on ne l’admet; la musique en est fréquemment inspirée par le maître.thor_odin_picture.jpg Parfois, elle en directement reprise, comme dans Excalibur, de Boorman, qui avait aussi une arme divine, mais une épée: brillante d’elle-même, elle annonce la belle lance d’Odin telle que l’a filmée Branagh! D'ailleurs - autre trait repris - le marteau de Thor est bloqué dans la pierre comme l'épée du roi Arthur.
 
Wagner, voyant que la mythologie grecque, dans l’opéra, ne prenait plus, a utilisé la mythologie germanique, et l’a ainsi popularisée; or, ensuite, cela a eu une influence énorme, sur la littérature épique anglaise et américaine - et aussi sur le cinéma. Il a, dans l'histoire de l'art, une importance considérable.

08:16 Publié dans Cinéma, Musique | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook

Commentaires

Je me demande quelle serait une mythologie française... Il y a les romans bretons, les légendes médiévales, les chansons de geste... Un Wagner français, que mettrait-il en musique ?

Écrit par : Edith | 26/09/2012

Il faudrait qu'il mette en musique une histoire de héros gaulois adorant ses dieux propres. Il peut reprendre la mythologie irlandaise, elle devait être proche. Il y a un Savoyard du dix-neuvième siècle qui a fait cela, il a écrit un drame appelé "Les Keutrons", du nom de la peuplade qui existait dans sa vallée dans l'Antiquité, et le héros invoque ses dieux celtes propres, quand il prophétise, on les sent certainement derrière lui. C'est peut-être cet écrivain inconnu, qui s'appelait François Arnollet, le Wagner français! Mais comme je l'ai dit, il y a la mythologie irlandaise, ou simplement celle des Romains, si on veut se relier à l'ancêtre du français. Berlioz a mis en musique Virgile... Et Wagner lui doit beaucoup. Il a aussi mis en musique "Faust", les Français sont plus proches des Allemands qu'on ne veut bien l'admettre, les Francs, avant de se convertir au christianisme, vénéraient certainement les dieux des anciens Germains, et les héros de la chanson des Nibelungen, notamment les Burgondes qui tuent Siegfried, sont censés s'être installés en Savoie, en Franche-Comté et en Suisse romande après leur départ des bords du Rhin. Certains ont même dit que Siegfried appartenait en réalité à la nation des Francs, du temps où elle était encore dans les Pays-Bas actuels. Ce qu'a fait Wagner vaut aussi pour les Français, au fond.

Écrit par : Rémi Mogenet | 26/09/2012

C'est vrai. La mythologie irlandaise, et aussi galloise.
En ce moment, je suis plongée dans le journal de Cosima Wagner, et les saillies de Richard contre les Français sont féroces et fréquentes. bien sûr, pour lui Lorrains, Alsaciens sont allemands, ce qu'il hait c'est la latinité. Il oppose "germanité" à "latinité", "allemand" à "français", de façon très péremptoire.

Écrit par : Edith | 26/09/2012

Oui, Edouard Schuré, qui admirait beaucoup Wagner, parle de cela, de son nationalisme, et le déplore. Mais à l'époque, en France, on s'orientait aussi dans le sens de l'hostilité à la culture allemande, j'ai fait un livre sur un certain Victor Bérard, traducteur célèbre d'Homère, pur produit de la Troisième République, et sa haine de l'Allemagne est assez incroyable. Mais cela me rappelle qu'Honoré d'Urfé s'était lui-même opposé à l'héritage latin au profit de l'héritage gaulois, dans "L'Astrée", il évoque les dieux gaulois, qui forment selon lui une sainte trinité, une nymphe immortelle qui est à l'origine des Gaulois et qui vit dans le Forez, et il dit que les Germains, Francs et Burgondes, ont sauvé la Gaule de l'impiété des Romains. Cela aurait peut-être plu à Wagner, et peut-être qu'Honoré d'Urfé est l'équivalent de Wagner en France!

Écrit par : Rémi Mogenet | 27/09/2012

Emmanuel Chabrier a été ce Wagner français avec son grand opéra Gwendoline sur un livret de Catulle Mendès. Canteloube également a composé un Vercingétorix et de magnifiques mélodies : les chants d'Auvergne.

Écrit par : Frédéric | 06/10/2012

Merci de ces indications, je ne connaissais Chabrier que de nom, et Canteloube pas du tout.

Écrit par : Rémi Mogenet | 06/10/2012

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