04/10/2012

Pascal Holenweg & le sens de l’histoire

rome-saint-pierre.jpgUn jour, sur son blog, Pascal Holenweg a affirmé que les chrétiens auraient les premiers donné un sens à l’histoire. J’ai commenté en disant que même dans les religions orientales, l'histoire avait un sens, et même aussi dans l'ancienne Rome: le monde dans son déroulement tournait autour d’elle. Rome était regardée comme éternelle et devant avoir un empire toujours plus beau, toujours plus étendu.
 
Cela dit, à l'époque moderne, le premier qui ait réellement donné à l'histoire un sens, pourquoi ne pas le dire, c'est Joseph de Maistre, qui a fait de la Révolution française un acte de la Providence, une épreuve à surmonter à l'issue de laquelle le monde serait transformé - purifié. Or, on le sait peu, mais Victor Hugo fut au début de sa vie un disciple de Joseph de Maistre, et en devenant un ami de la Révolution, il a simplement considéré que celle-ci était une inspiration divine, chez ceux qui l'avaient faite: une inspiration souvent inconsciente. (Pour Maistre, c'était une inspiration, mais toujours inconsciente.) 
 
On le sait peu aussi, mais Auguste Comte fut un grand admirateur de Joseph de Maistre.
 
Parallèlement, Hegel donnait un sens à l'histoire, et faisait lui aussi de la Révolution la matérialisation d'une pensée divine - la Liberté. Marx a repris la chose. Au vingtième siècle, celui qui a le mieux lié l'idéeevolution.jpg qu'on se faisait du Progrès au dieu des chrétiens est peut-être Teilhard de Chardin. Il a bien montré, par exemple, que parler d'une évolution qui ne durerait qu'un temps limité - cette limite fût-elle très éloignée dans l'avenir - retirait tout sens à l'histoire et la rendait absurde, que le sens de l'histoire ne se trouvait que dans l'idée d'une évolution illimitée, éternelle.
 
Les chrétiens ont donc lié l'histoire moderne à la volonté divine - et ce faisant lui ont donné un sens -, mais pour l'histoire ancienne, ou l'histoire individuelle, les anciens et les orientaux ont su aussi donner un sens. C'est le propre de l'homme, que de donner du sens aux choses, y compris l'histoire. Le problème est peut-être de savoir quel sens semble le plus juste. Pascal Holenweg a peut-être voulu dire que le christianisme était la seule religion à avoir donné un sens réellement évolutif, avec Teilhard de Chardin, Victor Hugo ou Joseph de Maistre, la Providence n’intervenant pas pour favoriser les uns ou les autres, ou punir l’ensemble, mais intervenant pour favoriser l’ensemble, et même le sauver. Chacun néanmoins voit l’Évolution comme il l’entend.

09:00 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook

Commentaires

merci de votre texte. (Je n'ai pas lu ce qu'a dit Pascal Holenweg) Mais le sens de l'Histoire des hommes, c'est quoi?, c'est qui?. Pour la masse des "petites gens"? J'ai beaucoup lu Teilhard de Chardin qui se situe "hors christianisme" mais d'autant plus dans le Divin et le devenir de notre espèce humaine, même si dans notre langage, nous savons que nous sommes en pleine mutation sans savoir le résultat. On sait seuleument que ce sera mieux! Les mots sont pauvres pour exprimer cette espérance.

Écrit par : cmj | 04/10/2012

Teilhard se situe-t-il vraiment "hors christianisme"? Dans "Le Milieu divin", il rend explicite le point Oméga comme étant le corps mystique du Christ, je crois. Mais c'est sans doute un peu abstrait. Les mots ne suffisent pas, il faut créer des images, avoir de l'imagination, mais naturellement, sans partir dans tous les sens. C'est un peu ce qui a manqué à Teilhard, qui était intellectuel, mais nombre d'écrivains, ou de peintres, de façon plus ou moins inspirée, ont créé des images de l'avenir. Je suis entièrement favorable à cette pratique, même si les résultats ne sont pas toujours à la hauteur de ce qu'on peut intelligemment attendre.

Écrit par : Rémi Mogenet | 04/10/2012

Pour comprendre le sens que donne un peuple à l'histoire, il faut patiemment se dépouiller de sa propre culture, momentanément, et s'immerger dans celle que l'on veut comprendre : apprendre sa langue, la parler longtemps, l'écouter beaucoup, commencer à être habité par de nouvelles subtilités, par une vision du monde qui ne met pas les frontières aux mêmes endroits que chez nous. Oublier les anciennes corrélations pour en découvrir de nouvelles, inédites, inattendues. Nos sensations et émotions mêmes sont liés aux mots de notre langue, au tissu grammatical qui les imbrique entre eux. Qui peut dire le Sens d'un peuple et qui n'a pas parlé sa langue, vécu à sa manière durant de longues décennies ? A force d'immersion un nouvel univers mental naît en nous, inexprimable auprès du monde dont on vient qui n'ont pas fait le voyage. Peu à peu le sens émerge, une cohérence vient au jour, à notre jour et l'on s'aperçoit que l'Autre aussi, donne un sens à l'histoire. Mais dans la langue de l'Autre, les mots "sens" et "histoire" n'existent pas de la même manière que dans la nôtre.
C'est pourquoi notre cadre linguistique, même élargi à plusieurs grandes langues, est trop faible pour comprendre le "sens de l'histoire" ou son équivalent chez les amérindiens quechuaphones, par exemple, ou dans la culture tahitienne. Il faut d'abord découvrir ce que peut être le sens chez l'autre, avant de savoir si l'histoire fait sens pour lui, et comment.

Écrit par : Edith | 05/10/2012

Oui, sans doute, encore que la compréhension intellectuelle ne suffise pas, il faut y mettre du coeur, de l'amour, à cet égard, ce qu'on peut apprendre intellectuellement n'est fait que de portes que l'on franchit ou pas. Mais enfin, à mon avis, tous les peuples du monde pensent que l'humanité a une histoire, qu'elle a suivi un enchaînement de faits, d'événements, et je crois que tous pensent aussi que cela fait sens, qu'une idée a présidé à l'enchaînement de ces faits, et que des idées ont aussi présidé à ceux qui ne concernaient qu'un peuple, un village. Tout le monde croit dans le monde à la destinée, le matérialisme qui pense que les choses qui arrivent ou les objets de la nature sont dénués d'idées qui président à leur apparition ou à leur évolution est propre à l'époque moderne et à l'Occident, je crois. Même Voltaire admettait que le nez avait été créé pour permettre la respiration. Il disait seulement: mais pas pour qu'il porte des lunettes. Le problème est donc le sens qu'on donne aux choses, selon moi. Et, au moins aussi important que le sens que les autres peuples donnent à l'histoire, c'est de voir clairement le sens que le peuple auquel on appartient donne à l'histoire, et de l'arracher à l'évidence que la culture nationale ou la langue maternelle impose, afin de le percevoir comme idée, et non comme nécessité. A cet égard, d'ailleurs, la vrai matérialisme est utile, celui qui ne regarde pas comme évidence ce qui vient de la culture ancestrale ou nationale, et qui parvient à dégager les idées, ou archétypes, qui se mêlent aux faits de façon indissociable dans la conscience. Ainsi, le sens qu'on donne soi-même peut être remis en cause, non pas pour qu'on déclare, comme on le fait souvent, que rien n'a de sens, mais pour en trouver un meilleur, qu'on assume entièrement soi-même. Pour y parvenir, rien de tel que de jeter un regard sur soi depuis l'extérieur, un regard sur le peuple auquel on appartient jeté depuis un autre peuple.

Écrit par : Rémi Mogenet | 05/10/2012

Il y a un sens de l'histoire. Il suffit d'ouvrir les yeux. Pour le moment, restons bien marxistes et observons les humains à travers leurs rapports de production :
- les Grecs avec leur démocratie d'hommes libres. Et pas de femmes. Le travail est fait par des esclaves, captifs de guerre ou de rapines.
- le système féodal s'élargit un peu, a toujours des serfs, mais le pouvoir se partage sur un plan vertical entre seigneur et suzerains. L'idéologie indissociable du féodalisme est le catholicisme.
- Par ses octrois, ses taxes, bref, son parasitisme, l'aristocratie empêche la société d'évoluer. Il suffit de jeter un coup d'oeil en Afrique pour le comprendre. Une honnête femme qui prend le taxi-brousse pour vendre trois bottes d'oignons à la capitale se fait taxer à l'entrée de la ville par la douane, à la sortie de la ville par la police. Allez au Ghana et passez du nord au sud, de Tumu à Accra, par exemple, et vous le vérifierez.
- Les bourgeois, excédés par ce parasitisme mais néanmoins croyants ont favorisé la Réforme. Et permis la manipulation de l'argent, le prêt avec intérêts pour compenser les risques, autrefois privilège réservé aux Juifs, ce qui leur a valu pas mal d'ennuis par la suite, les taux d'intérêts étant ce que l'on appelle aujourd'hui usuraires...

Aujourd'hui, la mondialisation a éclaté le modèle. Les féodaux arabes côtoient les pseudo-communistes chinois ou mozambicains. Les clivages se reforment sur les anciennes fractures que l'on croyait mortes. Les chiites et les sunnites se préparent au grand affrontement vu ce qui se passe en Syrie. Les Américains ont par leur immense bêtise préparé le terrain en destituant le sunnite de Bagdad pour livrer l'Irak à leurs pires ennemis, les Iraniens...

Dans nos sociétés européennes, la nouvelle invasion barbare et islamique rouvre les blessures de la laïcité et on découvre que l'on couve des vipères en notre sein : un professeur de théologie de Genève, membre de commission d'éthique gérant la vie de nombreux concitoyens, en vient à proférer des horreurs telles que "la liberté religieuse des parents prime sur l'intégrité physique des enfants". Les fous évangélistes suisse-allemands peuvent donc recommencer à bastonner à mort leurs fillettes pour en extirper le démon, cela reste très bien pour ce Denis Müller, payé grassement par les impôts des citoyens genevois pour répandre son poison religieux sur le monde...

Affrontement il y aura, sans aucun doute. La ligne de front se redessine sous nos yeux. Et malgré les horreurs infligées aux chrétiens dans les pays musulmans, on voit les chrétiens d'ici petit à petit se regrouper derrière la bannière de l'islam, par esprit mafieux de répartition des biens matériels en quelque sorte, et trahir tout ce qui a fait l'Europe. Ceux qui se sont le plus indignés de l'interdiction des minarets en Suisse, ce sont les curés et les pasteurs.

Écrit par : Géo | 05/10/2012

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