30/10/2012

Fantômette

fantomette.jpgGeorges Chaulet est mort le 13 octobre et quand j’étais petit, j’aimais beaucoup Fantômette. Le seul super-héros français qu’on pût prendre au sérieux! Il lui manquait quelques pouvoirs prodigieux, mais son costume était magnifique. Le noir et le jaune allaient bien ensemble, la cape rouge était comme une flamme qui toujours la suivait, et le même rouge était sur ses lèvres. Son loup rendait ses yeux plus éclatants!
 
Le capuchon rappelait qu’elle était de la race des lutins, des fées. Sa vraie nature était dévoilée par ce costume: lorsqu’elle était Françoise, elle était déguisée en mortelle. Au reste, plus intelligente que les autres, plus gracieuse, plus harmonieuse dans sa figure même, elle ne se confondait pas avec elles: elle était d’une autre sorte. Et sa manière de jouer avec ses boucles quand elle réfléchissait était un rituel magique. On disait souvent, dans les temps anciens, que les fées avaient les cheveux bouclés!
 
Les illustrations qui ponctuaient les histoires étaient simples et de bon goût, nourries au sens du merveilleux qu’a su donner à la couleur Hergé, ou Stan Lee. Il y avait un fond fantastique agréable, inspiré d'un autre autre maître du roman populaire aux frontières du fantastique: Maurice Leblanc, le père d'Arsène Lupin. L'humour était sympathique, également.
 
L’art populaire a de ces trésors plus marquants que l’art bourgeois. Chaulet a créé un mythe, une référence: un élément de culture commune, comme disent les pédagogues d’État. Mais pour cela, il n’a pas eu besoin du gouvernement! Car à ma connaissance, on ne donne pas à lire ses livres à l'école publique. Tous les enfants le lisent quand même.

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28/10/2012

Le réveil du héros (Degolio V)

image_71816336.jpgDans le dernier épisode de cette digne série, je disais que Charles de Gaulle, après avoir mis à l’auriculaire droit un anneau que lui tendait une dame brillante qui s’était présentée à lui comme étant la bonne fée de la France, il avait sombré dans l’inconscience après s’être senti traversé d’éclairs qui l’avaient déchiré.
 
Or, lorsqu’il s’éveilla, il était de nouveau dans la rue de Paris qu’il avait parcourue avant de pénétrer l’immeuble au fond duquel il avait découvert la dame étrange aux cheveux lumineux et au voile tricolore qui l’avaient tant ému. Il était allongé sur un trottoir, et il entendait qu’on lui parlait: Monsieur! Monsieur! lui disait-on; réveillez-vous! Il ouvrit les yeux: c’était les éboueurs de Paris. Il faisait à peine jour. Que vous est-il arrivé? lui demandèrent-ils. Que faites-vous, ici, inconscient, parmi nos poubelles? Car c’est là qu’il se trouvait.
 
Mabuse2.jpgIl répondit, en balbutiant, qu’il n’en savait rien; il avait été comme frappé par la foudre et il ne se souvenait plus de rien! Car il n’avait, de ce qu’il avait vécu, que des bribes de souvenirs, et pensait avoir rêvé. Cependant, il se sentait bien; il refusa d’aller à l’hôpital, comme les éboueurs le lui conseillaient, se leva et rentra chez lui, à pied; d’abord il tituba quelque peu, puis il marcha d’un pas plus assuré. Quand on le croisait, on le regardait d’un air amusé, et même on pouffait de rire, car il était complètement décoiffé et ébouriffé, ses cheveux partaient dans tous les sens, et il regardait fixement devant lui, les yeux grand-ouverts, comme s'il avait été illuminé. Mais il ne se rendait aucunement compte des réactions que son apparence suscitait.
 
Cependant, sur le chemin, au moment où le soleil se leva, il crut voir soudain, à l’auriculaire de sa main droite, une sorte de feu, d’éclat qui avait la teinte de l'azur - et soudain, il se souvint: l’anneau! Il regarda sa main et, aussitôt, l’éclat se dissipa, comme s’il n’avait été qu’un reflet des rayons de l’astreachat-vente-de-bijoux-precieux-occasion-paris-75012-bague-saphir-diamants-occasion-715-71530.jpg du jour sur son ongle. Il soupira, reprit sa marche et fut bientôt chez lui.
 
Son épouse, très inquiète, lui demanda ce qu’il lui était arrivé, et pourquoi il n’était pas revenu la veille au soir, comme il le faisait chaque jour après sa promenade, et il raconta qu’il avait eu une sorte d’évanouissement, venu d’il ne savait où, et qu’il avait dormi plusieurs heures durant, mais qu’à présent il allait parfaitement bien, et qu’on aurait tort de s’inquiéter. Sa femme voulut quand même lui faire passer quelques examens; après avoir un peu protesté, il s’y plia de bonne grâce, et elle l’emmena à l’hôpital. Il y resta deux jours, mais on ne trouva rien. On le laissa rentrer chez lui, et la vie reprit pour lui son cours.
 
Mais un jour, comme on s’en doute, le nouvel être qui était né en lui depuis qu’il avait passé la bague magique à son doigt s’éveilla. Cela sera raconté dans un prochain épisode, si la destinée le permet.

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24/10/2012

Mourir d’Aller avec Michel Dunand

lion d'or.jpgMichel Dunand a publié cette année, chez l’éditeur Jacques André, un recueil de poésie intitulé Mourir d’Aller.
 
Il y fait surtout part de ses éblouissements essentiels. Ils s’appuient sur une foi en les mots de la poésie: leur magie transfigure le réel. Il suffit, par quelques vers courts, de saisir ce qui dans le monde est sublime. Car Michel Dunand voyage beaucoup, et il en rapporte des essences spirituelles qu’il fait humer à ses lecteurs. J’ai particulièrement aimé une image née de Venise:
 
J’aime un lion d’or. Il me suit partout.
Nous ne nous quittons jamais des yeux.
 
Ce lien avec une divinité, génie tutélaire de la cité célèbre, me plaît assez. A croire que Michel Dunand s’est voué à saint Marc! Personnellement, j’en aurais volontiers fait une petite histoire fantastique: Pouchkine a un jour composé un poème dans lequel la statue de Pierre le Grand, à Saint-Pétersbourg, s’était détaché de son socle pour écraser un impie, un mauvais Russe. Ce lion d’or aurait pu être chevauché et emmener le poète parmi les astres, avant de lui donner le pouvoir de chasser les ombres tapies au fond des canaux! Car on sait que Venise peut aussi faire songer au temps qui passe et détruit tout, à la mort. Mais Michel Dunand préfère, je crois, ne pas y penser: la beauté du lion d’or lui suffit; il n’a pas besoin de se rappeler du reste.
 
50.jpgIl a aussi, récemment, publié un petit recueil de poésie intitulé Tunis ou Tunis, édité justement à Tunis, aux éditions Berg, en bilingue: français, arabe. J’avoue que c’est le premier livre que je possède en arabe et Michel m’a au moins procuré cette grâce, de me le fournir. Car je n’ai lu des écrits arabes qu’en traduction. Ici, il s’agit d’une traduction du français, par Azouz Jemli. Michel y exprime les moments de pur bonheur, ou de pure extase, qu’il a connus en Tunisie, et j’aime particulièrement cette image héroïque, née de la vision du désert:
 
Douz.
Un miroir de plus.
 
Donnez-moi
Mon cheval.
 
Donnez-moi
Mon armure.
 
Apportez
Mon épée.

On voudrait chevaucher à la façon des anciens guerriers, quand on contemple ce paysage inouï. On se sent rattrapé par une vie antérieure de chevalier des sables!

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22/10/2012

Réflexions actuelles

réflexions-actuelles-volume-1.jpgLes éditions Dictus Publishing m’ont proposé de publier les articles du présent blog en deux volumes, et j’ai nommé l’ensemble Réflexions actuelles, n’ayant conservé que les articles ayant un lien avec l’actualité.
 
Le premier volume est consacré à ce qu’on regarde généralement comme relevant des prérogatives d’État: les élections, les commémorations nationales, l’éducation, la religion, l’environnement, les événements mondiaux, les relations internationales.
 
Le second volume est consacré à la vie culturelle: littérature, expositions, musique, cinéma.
 
Dans le premier, je suis surtout content de ce que j’ai fait sur l’éducation, car c’est le principal problème qui m’intéresse: je l’estime en fait lié à la vie culturelle; elle en est même le noyau, selon moi. Dans le second, j’ai surtout parlé, en littérature, de poésie, pour le cinéma, des films de super-héros. La poésie parce qu’elle est peut-être le dernier endroit, en Occident, où il soit autorisé de donner à la nature une âme sous couvert de personnifications, c’est-à-dire de procédés de style; les super-héros parce que ces dernières années, ils ont été, au cinéma, le moyen de relier les hommes et leur histoire à des principes supérieurs - auxquels ils donnent fréquemment une représentation sensible: ils ont une portée symbolique qui pour moi est évidente.Guardian-dan-alpha-flight.jpg Au reste, quand j’étais petit, je les aimais déjà en bande dessinée, et espérais toujours pouvoir lire leurs histoires en livres ou les voir en films, trouvant la bande dessinée limitée dans ses effets. Mais naturellement, plusieurs pages du volume sont consacrées à Terrence Malick, le cinéaste le plus important de ces dernières années; car lui n’a pas eu besoin du subterfuge des super-héros pour attribuer à la nature et à l’histoire humaine une vie morale qui leur fût propre. D’autres thèmes sont suivis, dans l’ensemble du volume. Je parle souvent de peinture, en fonction des expositions que j’ai pu voir.
 
Pour en revenir au premier volet, l’éducation pour moi aurait pu faire partie de l’actualité de la vie culturelle, si l’État avait sur elle moins de poids: car même pour la vie culturelle proprement dite, j’ai surtout parlé de ce sur quoi l’État n’a que peu de prise: la poésie parce que, n’étant pas lue du grand public, elle ne l’intéresse guère, les films de super-héros et Terrence Malick, parce qu’ils sont américains et dépendent d’un système de production libéral. Au reste, la plupart des expositions que je suis allé voir avaient lieu en Suisse. Je ne suis, de fait, pas vraiment convaincu que l'Etat ait des tâches spécifiques permettant dans le même temps une vie culturelle pleinement épanouie.
 
N’hésitez pas, quoi qu'il en soit, à commander ces deux vaillants volumes!

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20/10/2012

La Forêt enchantée du roi Norodom

Nostalgie-de-la-chine.jpgLe 14 octobre dernier est mort l’ancien roi du Cambodge, Norodom Sihanouk, qui en plus d’avoir fait beaucoup de politique fut un cinéaste et compositeur sentimental, acteur, chanteur, artiste populaire. J’ai regardé son film La Forêt enchantée, qu’on peut télécharger depuis son site officiel; le sujet m’en intéressait, car il reprenait la tradition khmère et même universelle des demi-dieux des forêts, des immortels qui, vivant sur Terre, protègent les gens de bien contre les mauvais esprits. Ils font cela, dit la légende, en attendant de pouvoir être accueillis dans le ciel divin, lequel leur a été fermé pour le moment, à la suite de quelque faute dont ils doivent s'amender. Les esprits mauvais sont ceux qui ne veulent pas s’amender, mais tourmenter les hommes pour assouvir leurs besoins: ils sont tels que des vampires. Norodom Sihanouk lui-même jouait le rôle du roi de ces êtres fabuleux, qui accueille des chasseurs contemporains lors d'une nuit d'orage, alors qu'ils se sont égarés dans le Bokor - montagne célèbre au-dessus de Kampot.
 
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Il les loge dans son somptueux palais, et leur montre un magnifique ballet représentant Sîtâ assiégée par le roi des démons mais qu'elle repousse toujours, puis des divinités évoluant parmi les astres. Le lendemain matin, les simples mortels se retrouvent au même endroit qu’au départ - une grotte qui leur avait servi à s’abriter.
 
Le roi des divinités terrestres est plein de sagesse, naturellement, et sa bonté reflète la lumière du Ciel: en Asie, on vénère volontiers ces êtres assimilés aux Gandharvas de l'Inde, et cela rappelle les anciens Grecs, puisque, selon Rudolf Steiner, les dieux de l'Olympe étaient au fond de la même espèce. Il suivait en cela les occultistes chrétiens eux-mêmes, qui les avaient assimilés aux démons, c'est à dire aux divinités de l'air, selon Apulée, auteur d'un traité sur le sujet. L'opposition entre le paganisme et le judaïsme était essentiellement dans la considération que le véritable dieu devait venir d'au-delà Norodom-Sihamoni-roi-du-cambodge.jpgdes éléments terrestres. Le bouddhisme, en faisant d'Indra, dieu céleste d'un rang élevé, le modèle profond de tout homme de bien, va dans le même sens, mais le culte royal, en pays khmer comme au Japon, est lié à celui des êtres élémentaires - ce qu'on appelle communément animisme. Le prince tire son pouvoir des forces terrestres, s'il obtient sa sagesse par la grâce du Ciel.
 
Quoi qu'il en soit, dans le film de Norodom Sihanouk, les guides, au matin, ont disparu: braves gens du peuple, non corrompus par le luxe et la volupté, ils ont été autorisés à demeurer parmi les immortels. Dès l'origine, la royauté faisait l'éloge des petites gens: on aurait tort de croire qu'elle subit en cela l'influence des communistes; l'esprit de Rousseau était dans la tradition séculaire du Cambodge! François de Sales, du reste, reliait lui aussi l'esprit des montagnards, naturel et non souillé, à la foi en Dieu, justement par le biais de l'éblouissement face au monde élémentaire, qui à ses yeux accueillait directement la lumière divine. Pour moi, Rousseau a indirectement suivi François de Sales, en se laissant fasciner par les prêtres savoyards dont il s'est inspiré pour créer son célèbre vicaire, et qui, en réalité, faisaient surtout écho à la doctrine du pieux évêque de Genève, dont ils méditaient abondamment les livres.
 
Dans La Forêt enchantée, les voyageurs rejetés du domaine sacré du roi de la forêt de Bokor s'en retournent à Phnom Penh, sauf une dame pure, qui avait saisi la sainteté et la grandeur de ce domaine. Elle est jouée par la propre femme de Norodom Sihanouk, la reine. Elle retourne dansLaForetEnchantee.jpg le palais du roi et devient sa femme! Car seules les saintes âmes peuvent pénétrer durablement ce mystérieux royaume elfique - comme eût dit Tolkien. Les autres sont condamnés à errer dans le monde ordinaire où vivent les mortels.
 
La demeure du roi immortel est simple, et ressemble à un palais moderne. La frontière avec le réel est volontairement gommée: on laisse entendre que Norodom Sihanouk lui-même est un prince des génies! La mythologie khmère s’accorde tout à fait avec une telle idée: le roi est réellement regardé comme commandant aux esprits invisibles, ainsi que Salomon. Il est l’émanation sensible du roi des Nâgas, génies de la terre khmère: il est considéré comme son descendant, et il a commerce avec les fées que ces hommes-serpents ont engendrées. Car à l'origine, les rois viennent de l'union d'un brahmane avec la fille du roi des Nâgas, dit la chronique dynastique!
 
Le serpent est ici la vie qui imprègne l'élément terrestre: l'Inde assimile les Nâgas aux Gandharvas, mais dans leur rang le plus modeste, celui qui est pour ainsi dire juste avant l'abîme, et le plus
aisément en contact avec les hommes. L'Égypte ancienne allait dans le même sens, faisant des plis du serpent, ou de sa capacnag1.JPGité à changer de peau, à se régénérer, le symbole des vies successives. Mais on sait que les chrétiens ont assimilé cet animal au diable, peut-être sous l'influence de la Perse: il signifie l'âme de la terre, mais il s'agissait pour les chrétiens de gagner les hauteurs - et de ne plus se soucier d'une quelconque incarnation future. Au reste, le matérialisme a pour origine, selon moi, ce rejet de la magie inhérente au monde visible.
 
Néanmoins, le peuple, au Cambodge, reste généralement attaché au roi Norodom et à son fils Sihamouni. Ils sont les ferments de la nation, le lien invisible qui unit les individus sous un même dôme caché. Ils manifestent dans le visible l'élément magique qui habite le monde et est l'antichambre d'un autre plus élevé.

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16/10/2012

Degolio IV: le dialogue secret

stat_rep5.jpgDans le dernier épisode de cette noble série, j’ai dit qu’au fond d’un immeuble, dans ses souterrains, Charles de Gaulle avait trouvé une dame assise sur une sorte de trône de velours rouge aux ornements d’or, et que, mû comme malgré lui par son charmant sourire et ses doux yeux, il avait été pris du désir de lui parler. Or, voici ce qu’il lui dit: Ô fée de mes rêves! Es-tu bien la déesse de la France, la madone des églises, la fée des contes, celle que les républicains ont appelée Marianne? Ou bien es-tu quelque sorcière qui cherche à me tromper? En vérité, il faut que tu me le dises.

Alors la dame répondit: Voyons, noble serviteur de la France; qui oserait essayer de te tromper, toi qui ne cédas point quand les barbares t’assiégeaient, et t’intimaient l’ordre de mettre à ton cou le collier des esclaves? Tu as trop de courage pour qu’on ait la hardiesse de songer à t’induire en erreur. Sache-le, tu es ici parce qu’il est temps pour toi de reprendre le chemin de l’héroïsme; le temps du repos est fini. Saisis à nouveau ton glaive, ô digne chevalier de Marie, sainte patronne de la France! Car c’est elle qui m’envoie. Elle a autour d’elle des fées grandioses, qui la servent et l’honorent, et par qui elle rayonnent sur les âmes. On les nomme, dans votre langage: Liberté, Égalité, Fraternité. Dans le nôtre, elles ont d’autres noms, que je te révélerai un jour prochain. Or, elles m’ont chargé de te donner le moyen de combattre les ennemis de la France, et m’ont par conséquent donné ceci, que tu devras porter constamment au doigt.
 
jesusneo.jpgEt, disant ces paroles, elle ouvrit sa paume, et voici! notre héros y vit un anneau d’argent qu’ornait un saphir rayonnant, dont la lumière bleue s’étendit bientôt sous ses yeux, jusqu’à faire disparaître l’éclat vermeil qui avait jusque-là prévalu. Même, il ne vit plus les murs: il se sentait pris dans un azur profond, traversé de lignes blanches - vivantes, lumineuses. Et la fée le regardait fixement, sans mot dire.
 
Alors, sans penser à ce qu’il faisait, il prit l’anneau, et le mit à son doigt: il était fin, et allait à l’auriculaire de sa main droite.
 
Il se sentit aussitôt inondé de feu; la foudre l’entourait; de ses yeux et de sa bouche, de grandes clartés jaillirent. Et la fée se mit à rire, et le génie de la Liberté sourit, lui-même; et De Gaulle se crut trompé, et jura. 
 
Il fut, dès ce moment, plongé dans une obscurité affreuse: il ne voyait plus, autour de lui, qu’un horrible abîme. Il sombra dans l’inconscience. Ce qu’il advint ensuite sera précisé une fois prochaine.

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14/10/2012

Les automnales de Jean-Vincent Verdonnet

soleil-couchant-penestin-mer-morbihan-france-bretagne_93596.jpgLa maison d’édition Couleurs d’encre, sise à Lausanne, a publié en septembre un petit recueil de poésie de l’excellent Jean-Vincent Verdonnet, Automnales,  illustré par des peintures de Claire Nicole, suite à une exposition conjointe, entre le poète et la peintre. On y trouve de merveilleux tercets qui appellent à la méditation en approfondissant le paysage et les souvenirs vers le mystère:
 
Précédant ceux de la lumière
les pas de l’indicible en marche
vers les barrières du couchant
 
Pour suggérer une présence spirituelle, Verdonnet se contente de personnifier des éléments, tels que la lumière, ou des idées, telles que l’indicible. Lorsque les étoiles ont des sentiments proprement humains, on touche au grandiose:
 
Vient l’heure du regret des frasques
mais pour le pardon des étoiles
il te faut attendre la nuit
 
Une vie morale poignante peuple soudain l’espace et le temps. De belles intuitions surgissent:
 
Les vagues du sommeil t’apportent
ces échos du pays d’ailleurs
dont nul n’est jamais revenu
 
On touche au suprême inconnu, mais puisque nul, selon le poète, n’en est jamais revenu, on ne peut rien en dire de clair.
 
verdonnet.jpgMais qui peut nier que certains phénomènes naturels aient l’air de parler, de dire quelque chose à l’être humain? Ils lui hurlent à l’oreille des vérités qu’il n’entend pas, mais Verdonnet parvient à en rendre compte:
 
Dans la houle de ses herbages
tu regardes fuir la prairie
qui chaque jour t’emmène un peu
 
Ces herbes battues par le vent ont une telle âme, semblent dire quelque chose de si important! Ne s'agit-il pas du souffle de la destinée qui amène vers la fin?
 
François de Sales recommandait de méditer sur la nature et d’en tirer une essence morale. Quoique sans relation avec la doctrine religieuse préétablie du saint évêque, les vers de Verdonnet transfigurent pareillement le paysage en lui donnant du sens.
 
Les masses colorées de Claire Nicole semblent elles aussi dire quelque chose sans pouvoir en donner des contours clairs - sans, par conséquent, le réduire à des formes simples. Un recueil plein d’âme, lui-même!

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12/10/2012

Un voyage sur la Lune par Edgar Poe

Great-Moon-Hoax-1835-New-York-Sun.jpgEdgar Poe a écrit une nouvelle qui raconte un voyage sur la Lune: Aventures sans pareilles d’un certain Hans Pfaall. Ce Hans Pfaall va sur l’astre d’argent en ballon pour échapper à ses créanciers.
 
Il dit y avoir trouvé un vilain petit peuple dont la cité avait un aspect fantastique. Il n’avait pas d’oreilles, ni de langage, mais communiquait quand même par une méthode inouïe, qui n’est pas dite. Il dit aussi qu’il existe un incompréhensible lien unissant chaque citoyen de la Terre à un citoyen de la Lune: comme si l’un était l’ombre de l’autre. Charles Cros reprendra cette idée dans un poème, mais à propos de Vénus:
 
                     levant les yeux languissamment,
Nous avons eu tous deux un long tressaillement,
Sous la sérénité du rayon planétaire.
Sans doute, à cet instant deux amants, dans Vénus, 
Arrêtés en des bois aux parfums inconnus,
Ont, entre deux baisers, regardé notre terre.
 
Pour Poe, ce lien a pour origine les mouvements des deux planètes, qui ont une influence sur les destinées.
 
Il évoque également les sombres mystères sur la face cachée, laissant planer l’épouvante, n’en disant pas davantage. Lovecraft en prendra parti, dans sa propre évocation de la Lune: il essayait de poursuivre Poe à l’endroit où il s’était arrêté, de prolonger sa mythologie.
 
Il est possible qu’il faille comprendre qu’il s’agit d’une mystification afin d’échapper à ses dettes. Mais Poe crée un mystère nourri de la tradition qui voit dans la Lune un objet qui a des résonances mystiques, et pas seulement un état physique. Sa nouvelle n’est pas très longue, et le récit de l’ascension en ballon tient beaucoup de place. On était encore à l’époque où les techniques nouvelles fascinaient davantage que les secrets des astres.

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08/10/2012

Rencontre de la déesse (Degolio III)

marianne 2.jpgOr, donc, comme je le disais dans le dernier épisode de cette série, le général de Gaulle suivait un couloir sombre au bout et en bas duquel brillait une vague lueur rouge. Bientôt, il arriva en vue de quelque chose qui le surprit énormément, comme à vrai dire jamais rien ne l’avait fait au cours de son existence, et jamais rien ne le ferait avant sa mort, tant elle était extraordinaire. Car dans la lueur rouge, il crut voir, peu à peu, un visage. Celui d’une femme merveilleusement belle, aux longs cheveux d’or, et ressemblant étrangement à la fée de la France qu’il avait vue en rêve, et qui lui avait paru pouvoir être assimilée à la belle, à la glorieuse Marianne! Mais au lieu d’un bonnet phrygien, celle-ci, qu’il avait sous les yeux, portait un diadème luisant, muni d’un joyau qui brillait à la façon d’une étoile. Et elle le regardait, et souriait.

Elle était assise sur une sorte de fauteuil de velours rouge, tissé de fils d’or. Derrière elle, une statue luisante, semblant posséder son propre rayonnement, représentait le même génie dit de la Liberté qui est représenté Place de la Bastille, au sommet de la Colonne de Juillet. Mais au lieu d’avoir la pose enlevée qu’il a sur cette célèbre colonne verte, il se tenait au naturel, comme en attente, comme si lui aussi était venu pour accueillir le général de Gaulle; et d’ailleurs, ses yeux brillaient, et bougeaient: notre héros avait pris pour une statue ce qui peut-être était vivant, mais qui n’en avait pas moins une chair d’or, et comme l’éclat du métal. Cependant, il palpitait, comme si un sang de clarté avait coulé dans ses veines! Il respirait, et sa poitrine se soulevait. Sa bouche légèrement remuait: on ne pouvait en douter, il s’agissait d’un homme qui avait le corps du génie de la liberté! A sa main droite, il tenait une torche brillante, comme son modèle fameux; à sa main gauche, une chaîne brisée qui semblait se mouvoir d’elle-même,Liberte.jpg à la façon d’un serpent; et elle pouvait s’étirer à volonté, comme de la lumière solide - phénomène très étrange.

Il était le gardien personnel de la fée, de la déesse terrestre qui se trouvait là, et disposait de pouvoirs terribles, que je ne puis énumérer aujourd’hui. Il avait bien des ailes, comme son modèle de la Place de la Bastille. Elles luisaient; la chambre où demeurait l’étrange dame en était rendue scintillante: des astres semblaient y planer doucement. Elles ajoutaient à la clarté de la torche. Laquelle pouvait prendre la forme d’une lance, ou d’une épée, ou d’autres armes encore; mais c’est une autre histoire, dont je parlerai un autre jour.

Ensuite, invité par le doux regard de la dame, ainsi que par son sourire lumineux, Charles de Gaulle ne put se retenir de lui parler. Mais ce qu’il lui dit devra être répété dans un épisode futur. Car la place me manque, pour aujourd’hui.

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06/10/2012

Un archétype: l’homme arraché à la nature

Science-Fiction-Concept-Art-Bruno-Werneck-5.jpgDans les pays qui défendent l’industrie nucléaire - ou bien les organismes génétiquement modifiés -, on refuse d’admettre l’idée - pourtant vraie, à mon sens - que s’affranchir complètement de la nature et se mettre à l’abri de ce qu’elle peut faire est totalement impossible. On fait comme si l’homme pouvait créer une cité vivant par elle-même, à partir des seules forces humaines, étoile perdue au milieu du vide, ordre isolé dans le chaos universel! Y croyaient déjà les anciens Romains, qui regardaient leur cité comme une forme d’arrachement aux lois de la nature; l’Occident moderne en a hérité.
 
C’est là, à mes yeux, l’essence du matérialisme, même quand on dit que la cité est créée précisément pour s’arracher à la matière et bâtir de l’esprit. Car cela revient à dire que, dans la nature, il n’y a pas d’esprit. Or, toutes les cultures traditionnelles attribuent à la nature une âme; dire que c’est un leurre est un choix.
 
Mais à tout moment, une centrale nucléaire peut exploser: la nature agit d’une façon bien plus imprévisible et incontrôlable qu’on ne veut bien l’admettre; ses ressorts sont secrets. Les Allemands l’ont compris, après la catastrophe de Fukushima, les Suisses aussi, mais les Français restent hésitants, parce que leur culture reste profondément marquée par les archétypes issus de l’ancienne Rome. Ils espèrent encore que l’on peut tout contrôler, au sein de la nature, grâce à l’intelligence et à la prévoyance.
 
Mais on n’est pas même dans le cas de contrôler la radioactivité dans l’air! Les lois ne doivent-elles donc pas intégrer que la nature peut détruire à tout moment une centrale nucléaire, en plaçant dans le droitSF.jpg du travail la nécessité de protéger les hommes qui devront prendre en charge la centrale détruite? Si on ne le fait pas, lorsque la catastrophe arrive, c’est bien le gouvernement qui est responsable, justement parce qu’il a manqué de prévoyance et d’intelligence.
 
Isaac Asimov estimait qu’un jour on pourrait contrôler la radioactivité dispersée dans l’air. Il suffit donc d’être patient! Mais il a peint une Terre radioactive entièrement parce que les hommes ont voulu en utiliser l’énergie sans être déjà à même de la contrôler: ce que nous faisons. A la différence près que si un jour on parvient à la contrôler, on pourra aussi la supprimer, ce dont il ne parle pas, de manière illogique: mais il fallait bien que sa démonstration aboutisse à quelque chose de spectaculaire.

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04/10/2012

Pascal Holenweg & le sens de l’histoire

rome-saint-pierre.jpgUn jour, sur son blog, Pascal Holenweg a affirmé que les chrétiens auraient les premiers donné un sens à l’histoire. J’ai commenté en disant que même dans les religions orientales, l'histoire avait un sens, et même aussi dans l'ancienne Rome: le monde dans son déroulement tournait autour d’elle. Rome était regardée comme éternelle et devant avoir un empire toujours plus beau, toujours plus étendu.
 
Cela dit, à l'époque moderne, le premier qui ait réellement donné à l'histoire un sens, pourquoi ne pas le dire, c'est Joseph de Maistre, qui a fait de la Révolution française un acte de la Providence, une épreuve à surmonter à l'issue de laquelle le monde serait transformé - purifié. Or, on le sait peu, mais Victor Hugo fut au début de sa vie un disciple de Joseph de Maistre, et en devenant un ami de la Révolution, il a simplement considéré que celle-ci était une inspiration divine, chez ceux qui l'avaient faite: une inspiration souvent inconsciente. (Pour Maistre, c'était une inspiration, mais toujours inconsciente.) 
 
On le sait peu aussi, mais Auguste Comte fut un grand admirateur de Joseph de Maistre.
 
Parallèlement, Hegel donnait un sens à l'histoire, et faisait lui aussi de la Révolution la matérialisation d'une pensée divine - la Liberté. Marx a repris la chose. Au vingtième siècle, celui qui a le mieux lié l'idéeevolution.jpg qu'on se faisait du Progrès au dieu des chrétiens est peut-être Teilhard de Chardin. Il a bien montré, par exemple, que parler d'une évolution qui ne durerait qu'un temps limité - cette limite fût-elle très éloignée dans l'avenir - retirait tout sens à l'histoire et la rendait absurde, que le sens de l'histoire ne se trouvait que dans l'idée d'une évolution illimitée, éternelle.
 
Les chrétiens ont donc lié l'histoire moderne à la volonté divine - et ce faisant lui ont donné un sens -, mais pour l'histoire ancienne, ou l'histoire individuelle, les anciens et les orientaux ont su aussi donner un sens. C'est le propre de l'homme, que de donner du sens aux choses, y compris l'histoire. Le problème est peut-être de savoir quel sens semble le plus juste. Pascal Holenweg a peut-être voulu dire que le christianisme était la seule religion à avoir donné un sens réellement évolutif, avec Teilhard de Chardin, Victor Hugo ou Joseph de Maistre, la Providence n’intervenant pas pour favoriser les uns ou les autres, ou punir l’ensemble, mais intervenant pour favoriser l’ensemble, et même le sauver. Chacun néanmoins voit l’Évolution comme il l’entend.

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