13/11/2012

Autour de la Lune par Jules Verne

033.jpgJules Verne a écrit l’histoire d’un voyage interplanétaire: Autour de la Lune. On se souvient qu’il prétendit que le moyen qu’il présentait était bien plus scientifique que celui qui venait d'être inventé par H. G. Wells dans son propre récit de voyage sur la Lune - dont je reparlerai -, parce que Wells restait dans le vague sur le moyen utilisé, tandis que Verne était précis, il disait que les hommes se rendaient sur la Lune en se mettant dans un obus tiré par un gros canon! Et c’est vrai que dans tout un roman plutôt fastidieux, De la Terre à la Lune, il explique comment ce canon et cet obus sont construits.
 
Heureusement pour les aventuriers de l’espace interplanétaire, l’obus n’atteint pas la Lune, dont il se contente de faire le tour, avant de revenir sur la Terre: car naturellement, aucun plan de retour n’était prévu, mais l’enthousiasme scientifique est tel que cela ne posait aucun problème! Sans cela, du reste, le lecteur ne saurait rien de ce qu’ont vu ces voyageurs en rasant les montagnes du satellite d’argent.
 
Verne suit d’assez près les observations faites par les puissants télescopes de son temps, et il n’y a rien d’extraordinaire dans sa vision de la Lune, mais elle n’en est pas moins très prenante: on est dans un autre monde, qui est assez terrifiant. Et, de surcroît, dès que les savants de son temps hésitaient, pour expliquer certaines formations, ou s'avouaient impuissants pour décrire la face cachée de la Lune, on peut être certain que Verne choisissait systématiquement l’hypothèse la plus fantastique - et qu’on sait aujourd’hui être systématiquement la plus fausse.
 
Par exemple, il met de la végétation dans cette face cachée; il affirme que certains points très brillants, situés en haut de montagnes, sont du vrai feu, jaillissant de volcans non encore éteints; ses personnages croient voir des restes de constructions anciennes, réalisées jadis par des habitants de l’astre des nuits, qu’il admet à présent être inhabité, mais dont il dit probable qu’il a été habité autrefois; et ainsi de suite.
 
Il a aussi des comparaisons et des métaphores fabuleuses, faisant de la Lune un objet brillant, argenté, pur, cristallin, lui donnant fréquemment une personnalité. Ce n’est pas Victor Hugo, mais les trésors de recherche5.jpgla rhétorique, Verne les connaissait bien. Son récit est donc plaisant, et même fondateur, quoi qu’il soit le plus réaliste qui ait été écrit sur ce thème. D’ailleurs, même aujourd’hui, les savants disent qu’il y a sur la face cachée de la Lune un point particulièrement radioactif très intrigant, et si on pense que la radioactivité traduit une présence démoniaque, ou du moins celle d’une force hostile au vivant, on peut imaginer de fabuleux monstres enterrés sous la poussière, pour se le représenter. Lovecraft tendait à agir de cette manière, par exemple dans La Couleur tombée du Ciel. C’est l’essence de la poésie: donner une vie morale à des choses qui en sont à première vue privées. Quand Lovecraft disait que la face cachée de la Lune contenait des chats parlants mais mauvais, tournés vers le mal tapi sur Saturne, pressentait-il l’existence de ce lieu radioactif? En rêve, on peut voyager à travers les astres, et Lovecraft se fiait beaucoup à ses rêves. Il affirmait avoir visité Londres avec Poe en songe! Un peu de voyance, ou d’onirisme, a pu manquer au brave Verne.

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