26/11/2012

Pédagogie à la cour de Louis XIV

Chauveau_-_Fables_de_La_Fontaine_-_01-07.pngAujourd’hui on distingue de façon nette la pédagogie de l’art en général et de la littérature en particulier, mais cette distinction est bien plus récente et va bien moins de soi, par conséquent, qu’on se l’imagine. J’ai déjà évoqué la façon dont, au Cambodge, on enseigne la morale au travers de rythmes et de couleurs; mais il n’est que de se souvenir que La Fontaine écrivait ses fables pour l’éducation des princes pour se convaincre que le temps où la pédagogie était mêlée à la poésie et au merveilleux non seulement n’est pas si loin, mais correspond précisément à ce que la culture regarde ou a longtemps regardé comme devant servir de modèle: le Classicisme. 
 
La Fontaine n’était d'ailleurs en rien un cas isolé: on n’oublie certainement pas que le Voyage de Télémaque de Fénelon était aussi destiné à faire l’éducation du prince héritier de la couronne de France. Or, on y trouve des considérations morales et politiques, philosophiques et religieuses, illustrées par un calypso_telemaque.jpgmerveilleux qui a une résonance morale: le guide de Télémaque se transforme en être divin à la fin du livre. L’ange gardien de ce héros auquel est censé s’identifier le jeune lecteur est aussi celui qui a filé la trame de ses aventures; il est l’image de l’écrivain pédagogue même. Car l’intelligence qui guide les consciences a la figure de Pallas Athéna, comme chez Homère.
 
Dans l’antiquité, on n’ignore pas que les druides enseignaient les sciences naturelles par des vers; et que Lucrèce, à Rome, ne pensa pas faire autre chose.
 
La pédagogie fut un art avant d’être regardée comme une technique d’administration des sciences.
 
L’évolution vient sans doute de ce qu’au cours du dix-neuvième siècle, l’Etat même cessa d’avoir une portée religieuse: il est devenu un organisme purement technique. Or, l’éducation a continué à être une de ses prérogatives; elle est donc devenue technique à son tour. Cela n’empêche d’ailleurs pas une certaine forme de fétichisme: il s’exerce sur les machines et la technique même. Mais, à mes yeux, la pédagogie est plus un art qu’une technique, parce qu’elle a affaire à des êtres humains, et non à des corps inanimés. Les seconds répondent à des lois préétablies; pas les premiers. Tous ceux qui ont pensé que l'être humain n'était qu'une machine et ont essayé d'imposer leur philosophie ont créé, je crois, des catastrophes, et, pour ma part, je considère que le déclin de l’éducation nationale en France est largement dû à la force, sur les esprits actuels, de cette idée. N'a-t-on pas cru que la théorie de la Relativité, par exemple, pouvait s'appliquer à l'humanité aussi bien qu'aux lois physiques générales? Einstein même n'a-t-il pas, plus ou moins inconsciemment, participé de cette illusion en créant des exemples tirés de la vie humaine pour illustrer sa théorie? (Disant par exemple que quand on prenait le train, on pouvait considérer que le paysage défilait dessous, ne tenant aucun compte des rapports de hiérarchie entre la volonté humaine et la résistance de l'environnement?)
 
Le vivant tout entier a en lui davantage que les simples lois physiques. L'agriculture conventionnelle est tombée dans la même erreur que l'éducation orientée vers la technicité; les plantes ne répondent pas comme les éléments chimiques aux lois établies par la raison: leurs actions sont bien plus imprévisibles et mystérieuses. Les enfants sont encore plus dans ce cas, et pour les éduquer, la sagesse a toujours considéré que l’art, qui pénètre dans les cœurs, est indispensable: l’intellect reste lettre morte.

07:08 Publié dans Education | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

Les commentaires sont fermés.