02/12/2012

Le Nâga et la protection du Bouddha

Buddha_with_Naga_(snake).jpgJ’ai évoqué il y a déjà pas mal de temps le lien entre le Nâga, ou Esprit-Serpent, et le roi des Khmers. Pour prolonger le sujet, il faudrait parler de celui du Nâga avec le Bouddha, souvent représenté avec ce serpent à neuf (ou sept) têtes qui l’abrite et le protège: il est l’esprit de la Terre soumis. Par cette figure se trouve exprimée l’idée que les esprits des lieux sont devenus les serviteurs du Bouddha, et qu’il n’y a pas d’opposition entre l’animisme et le bouddhisme. L’opposition se résout par l’idée d’une hiérarchie établie entre le Bouddha, qui est au sommet, et le Nâga, qui est au-dessous.
 
Pourquoi ce Nâga a-t-il plusieurs têtes? Cela peut renvoyer aux différentes parties de l’âme humaine: une fois parfaite, une fois réalisée dans ses sept ou neuf parties, elle peut accueillir le Bouddha, qui est l’esprit dans toute sa perfection et est au-delà des divisions apparentes de l’âme.
 
Cependant, le Nâga protégeant le Bouddha a été souvent remplacé par un objet renvoyant davantage à la royauté temporelle: le parasol. Sa portée symbolique, au-delà de son utilité pratique, lui fait bien représenter, par ses différentes naga.jpgstrates superposées, les cieux, qu’on connaît aussi dans la tradition occidentale - chaque ciel étant lié à la fois à une planète et à une qualité de l’âme. La vie canonique du Bouddha rappelle par exemple que celui-ci s’est rendu dans le second niveau du monde divin pour aider sa mère - qui, morte, se trouvait dans le quatrième: il y instruisit sa mère et les dieux. Or, ce quatrième ciel correspond à l’orbe solaire - le premier à être réellement divin, dans le christianisme ancien -, et le second était celui de Mercure, messager des dieux - ange majeur.
 
Mais l’esprit du Nâga est forcément lié au seul premier ciel, qui reflétait passivement la sagesse céleste - comme la Lune la lumière du Soleil. Cependant, ce miroir, justement parce qu’il était passif, renvoyait l’image de toutes les strates célestes, de toutes les couleurs de l’âme: il prenait l’allure de l’arc-en-ciel qu’on peut contempler autour des têtes du Bouddha, dans les temples. La connaissance du bien et du mal s’acquérait par la contemplation de ce miroir divin.
 
Dans la lumière du Bouddha, la vue se perdait: l’éblouissement était total. Mais par le Nâga, les vertus et les vices, par la connaissance desquels on accédait à la lumière suprême, apparaissaient, s’imageaient. La parole à demi terrestre du Nâga, lorsqu’il s’adressait au Roi, dans sa tour d’or, était accessible à son entendement; si le Bouddha lui avait parlé directement, l’excès de clarté eût noyé son esprit. Le Nâga protège l’homme du feu céleste en le filtrant: la Terre est aussi une protection pour l’homme; pas simplement une malédiction.

21:17 Publié dans Spiritualités, Thaïs & Khmers | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

Commentaires

"Le Nâga protège l’homme du feu céleste en le filtrant: la Terre est aussi une protection pour l’homme; pas simplement une malédiction."

Voici qui résonne étrangement par rapport à des rêves que j'ai fait entre 20 et 35 ans.

Le premier est un guérisseur qui me recevait dans une maison d'alpage remplie de paille. Un de ces brin de paille s'anime et se transforme en grand serpent rouge, alors qu'un autre plus petit devient un petit serpent bleu-vert au comportement électrique. C'est alors que ce guérisseur me désigne à leurs attentions et dit "Nâga". Puis ces deux serpents me mordent copieusement main droite et gauche pendant que le guérisseur parle de la peur à dépasser.

Par la suite j'ai souvent rêvé du feu céleste. Je rêvais que j'étais foudroyé de haut en bas et loin de me détruire, j'étais revivifié.

Écrit par : aoki | 06/12/2012

Un bien beau rêve. Merci de l'avoir raconté. Les sept couleurs divines prennent la forme de serpents lumineux, sur Terre, et leur contact est sanctifiant, même s'il paraît au départ mordant. Votre rêve me rappelle, étrangement aussi, le récit de ma série "Degolio", quand le héros reçoit, de la part d'êtres magiques, un anneau surmonté d'un saphir et que le feu le gagne tout entier; d'abord, il croit qu'il s'agit d'une tromperie, ensuite, il s'avère qu'il s'agit d'un don divin. Tant que la couleur céleste ne prend pas la forme distincte du serpent, la lumière éblouit et fait perdre la raison, tandis que le serpent est à la portée de l'entendement.

Écrit par : Rémi Mogenet | 06/12/2012

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