04/12/2012

Conscience de soi et monde sensible selon Rousseau

RTEmagicC_brain-763982.jpg (1).jpgOn entend parfois dire que le monde dépend, dans sa forme, de l’observateur, parce que le cerveau créerait les images du monde sensible. Rousseau pourtant disait, dans la Profession de foi du Vicaire savoyard, que l’on était toujours en amont de ce monde sensible: Mes sensations se passent en moi, puisqu’elles me font sentir mon existence; mais leur cause m’est étrangère, puisqu’elles m’affectent malgré que j’en aie, et qu’il ne dépend de moi ni de les produire ni de les anéantir. Je conçois donc clairement que ma sensation qui est en moi, et sa cause ou son objet qui est hors de moi, ne sont pas la même chose. Les recherches récentes sur le cerveau ont pu faire penser que le point de vue de Rousseau était caduc: la conscience étant assimilée au cerveau et celui-ci créant l’image du monde sensible, la conscience et le monde sensible sont apparus comme ne faisant qu’un. Mais à cela, Rousseau aurait simplement répondu que le cerveau fait bien partie du monde sensible, et que le sentiment de soi est aussi en amont du cerveau: ce dernier n’est que le premier seuil du monde sensible. Cela est difficile à concevoir, car on a pris l’habitude d’assimiler la conscience au cerveau, et de voir dans celui-ci la source de la conscience, et donc de dire que la sensation qui est en moi et l'objet qui la suscite sont une seule et même chose. Mais si on y pense, il est logique de considérer qu’il est impossible que le cerveau soit à la source du monde sensible, puisqu’il en est même la production.

Avant qu’un cerveau soit dans mon crâne, il y avait une nature sensible, dont peuvent témoigner les gens qui avaient déjà un cerveau avant ma naissance. Le plus étonnant est que ce monde sensible qui existaitcerveau.jpg sans moi était déjà le même que celui qui existe depuis que j’ai un cerveau. Il est donc vrai que la cause des sensations se trouve en dehors de ma volonté, de mon esprit. Elles s’imposent à ma conscience. Le cerveau n’est pas même la cause par laquelle il en est ainsi, mais bien le moyen utilisé par les éléments pour créer dans ma conscience l’image du sensible. Tous les organes ont une fonction: on a un œil pour voir, des dents pour manger; il n’y a pas de raison que le cerveau ne soit pas aussi un outil que la nature a créé. Si ce n’était pas le cas, il s’agirait d’une sorte d’objet miraculeux, sacré, magique, créé pour ainsi dire directement par les extraterrestres. Mais le cerveau est en réalité la production de la nature, et Gœthe même a estimé que le crâne était le développement d’une vertèbre et le cerveau celui de la moelle épinière. Teilhard de Chardin le disait le simple développement du système nerveux; et dans ce système est l’espace dans lequel la conscience est possible, mais en soi, l’on est en amont, selon moi.

13:23 Publié dans Jean-Jacques Rousseau | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook

Commentaires

Votre réflexion touche beaucoup de systèmes de notre être humain. Vous présentez le sujet de façon très complexe pour arriver à une fin très simple : "en soi, l'on est en amont, selon moi". Cette conclusion est fondamentale en ce sens que nous ne sommes pas qu'une incarnation mais bien d'abord une "énergie" précédent cette incarnation.
Ainsi, la médecine actuelle qui s'occupe du corps incarné et de sa biologie ne tient pas assez compte que l'être humain est déterminé par des plans en-deça du corps de chair et d'os. Certains thérapeutes savent travailler sur ou dans les sphères énergétiques, d'où des résultats surprenants.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 04/12/2012

Merci de votre message, Marie-France. Il est évident, si on y réfléchit un peu, que les forces qui dans le liquide de l'embryon créent le cerveau, précèdent le cerveau, et ne sont pas postérieures à celui-ci, à un tel point que l'écrivain de science-fiction Arthur C. Clarke a créé une fois la figure d'un être dont la conscience serait constituée de ces forces mises en équilibre dans le vide intersidéral même, sans passer par la matière cérébrale. L'on est sans doute davantage, au fond de soi, dans ces forces que dans la matière qu'elles ont mue, et le corps dans sa forme spécifique a sans doute aussi pour cause ces forces qui ne viennent apparemment de nulle part. On oublie trop souvent que le cerveau n'était pas là, quand l'embryon a commencé à se former.

Écrit par : Rémi Mogenet | 05/12/2012

(Le corps dans sa forme et sa constitution, et la santé en dépend.)

Écrit par : Rémi Mogenet | 05/12/2012

"Mais si on y pense, il est logique de considérer qu’il est impossible que le cerveau soit à la source du monde sensible, puisqu’il en est même la production."

Hé oui, d'ailleurs il y a un centre nerveux qui précède en quelque sorte ce cerveau puisqu'il envoie plus d'informations au centre cérébral, qu'il n'en reçoit en retour. Responsable en grande partie de nos humeurs et notre fonction cérébral puisque il gère des neurotransmetteurs. Il s'agit du centre nerveux mésentérique, en plein milieu des tripes. Ce centre que les orientaux appellent tan-tien ou hara. Ce lieu ou l'on prend conscience de ce qui nous anime, où l'on se ramasse pour se concentrer.

Mais à part cela, je suis aussi assez d'avis que cette entité du soi gouverne d'abord des processus corporels avant d'investir le cerveau. Pendant l'embryogenèse et la petite enfance.
Cet investissement du cerveau qui amène des comportements et des paroles intelligibles commence vers la fin de la 1ere septaine.

Écrit par : aoki | 06/12/2012

Le lieu de la volonté, le mésentère?

Oui, si on réfléchit, il devient évident que le cerveau est l'organe qui est formé complètement en dernier, et non en premier. La formation est progressive et dépend de la formation préalable des autres organes.

Merci de cette intervention.

Écrit par : Rémi Mogenet | 06/12/2012

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