06/12/2012

A Dangerous Ratage

a-dangerous-method-2.jpgJ’ai vu A Dangerous Method, film de David Cronenberg sur Jung et Freud, et ne l’ai pas aimé. Il opposait l’idéaliste Jung au matérialiste Freud en semblant préférer la position du premier mais en donnant raison dans les faits au second. Car Jung se pensait, dans le film, fasciné par les relations cachées entre les âmes, mais il était finalement soumis à son instinct sexuel. On découvre dans ce film parfois ridicule que Freud avait toujours un cigare avec lui, et que le grand amour se lie volontiers à l’hystérie et à des pratiques déviantes. A mon avis, cela a peu de vraisemblance. Dans les faits, Jung ne devait pas avoir autant souffert que cela d’avoir changé de maîtresse, et il était lui aussi comme Freud est dépeint par Cronenberg: toujours avec le souci de faire comme si sa démarche était scientifiquement des plus sérieuses. Car la dimension mystique de sa pensée n’est apparue que peu à peu, et surtout après sa mort: lui aussi aimait son confort bourgeois, et il n’était pas le Rimbaud de la médecine des âmes que Cronenberg semble imaginer.
 
Il montre aussi que les deux grandes figures de la psychanalyse étaient préoccupées par le judaïsme et sa place dans la société européenne. Au début, Jung, entendant Freud évoquer cela, s’étonne qu’il y accorde de l’importance, mais à la fin, il semble en accorder aussi, en évoquant les origines de sa B4xIWaalGf_Wotan_lance.jpgnouvelle maîtresse auprès de l’ancienne. Personnellement, j’ai bien des origines juives aussi, mais je ne pense pas que cela ait de rapport avec l’étude raisonnée de l’âme. Ni même avec mon affection pour Wagner et Das Rheingold, dont Freud parle dans le film comme d’une marque d’assimilation à la culture aryenne. Quelle qu’ait été la philosophie de Wagner, tout le monde peut ressentir la force de ses compositions. Les dieux de l’Or du Rhin rappellent, même, ces anges chassés du Ciel et ayant engendré les premiers princes de la Terre - les Géants - dans la Genèse. Wagner ne présente pas forcément de façon positive ces êtres divins: or, dans la Bible - dans le livre de Job, je crois -, on évoque ces Géants comme régnant sur les ténèbres de l’abîme...
 
La philosophie théorique ne fait pas tout, et le sentiment du grandiose s’alliant avec des images fabuleuses existe aussi dans la Bible. D’ailleurs, il est probable que Wagner, mal gré qu’il en eût, nourri qu’il était au départ de culture biblique, s’y référait inconsciemment - et qu’il en prenait peut-être les figures pour ce qui peuplait son instinct allemand, lorsqu’il concevait quelque chose de sublime. Il assimilait son éducation protestante, oubliée dans les profondeurs du souvenir, à son héritage ancestral, comme à mon avis Jung l’a fait pour les gens en général: ses fameux archétypes renvoient souvent, je crois, à des figures présentes dans le langage des parents. L’atmosphère des opéras du maître n’est pas forcément celle de l’ancienne mythologie germanique, dont il s’inspirait: elle est très romantique, et annonce la science-fiction, dans laquelle il s’agit de construire un merveilleux nouveau, sur la base d’idées modernes. Cronenberg m’a paru avoir un discours simpliste.

08:49 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

Commentaires

"ses fameux archétypes renvoient souvent, je crois, à des figures présentes dans le langage des parents"
Ce qui prouve une fois de plus qu'il est inutile de discuter avec vous. Comment expliquer les NDE sans archétypes ?

Écrit par : Géo | 06/12/2012

Simple écho mécanique?

Écrit par : Rémi Mogenet | 06/12/2012

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