10/12/2012

Ray Bradbury et Leigh Brackett

Bradbury.jpgA l’occasion de sa mort, j’ai parlé de Ray Bradbury. Mais j’ai fini récemment de lire ses Chroniques martiennes, et je n’avais pas mesuré tout l’intérêt de ce livre séduisant.
 
J’ai été, pour commencer, conforté dans mon idée qu’il avait beaucoup imité Leigh Brackett, qu’il connaissait personnellement: il lui a d’ailleurs souvent rendu hommage. Mais comme peu de gens la connaissent, on n’en mesure pas la portée. Car dans de belles nouvelles, elle a décrit des Martiens somptueux, pareils aux Elfes de Tolkien, quoique munis de formes plus étranges, comme d’une crête de peau qui était sur leur crâne; la féerie de leur mode de vie et de leurs pouvoirs ne saurait se redire facilement, tant elle est grande. Mais j’y reviendrai: je citerai Leigh Brackett dans des passages que je trouve sublimes.
 
En outre, elle a évoqué le pouvoir des Martiens de faire survivre sous forme d’images artificielles, d’hologrammes, la vie de leur glorieux passé, ce qui permet aux Terriens de la distinguer. Or, ce thème des fantômes des Martiens, Bradbury le reprend constamment, quoique sans lui donner d’explication particulière. Et cela a un charme profond, infini. Mieux encore, ses Martiens, naviguant sur des mers de sable, pareils à des êtres de cristal, et tout aussi fragiles, ont bien l’aspect d’anges terrestres que leurs yeux d’or dès les premières pages du livre annonçaient.
 
Comment ne pas se souvenir avec émotion de leurs armures luisantes, serties de pierres précieuses? On croirait revoir les êtres fabuleux de la Bible - tel chevalier en armure d’or qui apparaît sur un cheval dans le livre des Macchabées pour protéger le temple de Jérusalem des déprédations des Grecs, par exemple! Les cités de ces Martiens sont également semblables à des rêves, à des constructions de fine glace traversées de couleurs, et Bradbury a un talent poétique indéniable.
 
En dehors de cela, il y a ce dont j’ai parlé dans l’article paru à sa mort, l’humour un peu intellectuel dont Mars est souvent le prétexte.
 
Plus léger que Brackett, plus fin, il est aussi moins grandiose, moins inventif. Elle a donné à Mars des dieux, des anges: il a rendu accessible cette mythologie à un public plus large, plus intellectuel, et l’a allégée de certaines lourdeurs, sans pour autant l’approfondir d’une manière significative.

17:18 Publié dans Exploration spatiale | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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