18/12/2012

Bible et chamanes: d'autres mondes de Jan Kounen

18380819.jpgBeaucoup savent que le cinéaste Jan Kounen - également l’auteur du psychédélique en même temps qu’impressionnant Lieutenant Blueberry -  a réalisé un film documentaire sur le chamanisme amérindien, intitulé D’Autres Mondes. Or, on y entend dire que sacrifier les animaux permet de pénétrer le pays des esprits. Il existe un lien entre l’âme animale et le monde spirituel, car celui qui sacrifie est censé mêler son âme à celle de ce qu’il sacrifie, et cela lui permet de sortir de lui-même en même temps que l’âme animale s’arrache au corps qu’elle occupait. Naissent alors des images, reflets d’un monde autre.
 
Jan Kounen raconte que dans les premiers temps, ces images sont toujours horribles, avant d’être transformées et de déboucher sur des merveilles.
 
Ces rites s’accompagnent de la prise d’une plante qui favorise l’état de détachement de la conscience.
 
Il existe également des sacrifices rituels d’animaux dans le Deutéronome. Aujourd’hui, conformément à l’idée que le sacrifice a d’abord une portée morale, on le regarde comme devant être intériorisé. Maurice Ruben-Hayoun, qui enseigne la philosophie juive, a déclaré regarder de cette façon les sacrifices évoqués par Moïse: la lecture du livre, remplie de dévotion, permet de les vivre spirituellement, et donne à voir la bête qui est en soi, sous forme de vision intellectuelle, de pensée vivante; dès lors, l’âme s’en arrache et en est purifiée.
 
Je crois qu’à l’origine, c’est aussi le but du chamanisme: il ne s’agit pas d’avoir des visions par jeu, par désir de faire des voyages exotiques dans l’autre monde, mais d’acquérir une véritable connaissance aya.jpgde soi, permettant de chasser les mauvais penchants, selon l’adage qui dit qu’un mauvais penchant ne demeure dans l’âme qu’aussi longtemps qu’il n’est pas perçu pour ce qu’il est - un esprit mauvais, un monstre -, mais est assimilé au contraire à quelque chose de bon ou d'indifférent par l’illusion née de l’amour-propre - source des pensées ordinaires de l’état d’éveil. La connaissance de soi a un but moral, plus que scientifique. D’ailleurs, dans les religions, ou la spiritualité, une science a toujours pour but l’amélioration, le perfectionnement intérieur: elle-même est de nature morale. Le bien-être au sens épicurien n’est pas ce qui est recherché, et c’est la différence principale entre les pratiques des Indiens d’Amérique et celles des Occidentaux qui consomment les mêmes substances, en général.
 
Toutefois, Jan Kounen paraît sincère. En littérature, Charles Duits, qui consomma du peyotl, cherchait lui aussi une voie vers l’Esprit, une révélation permettant de savoir dans quelle direction aller, à un moment où les religions occidentales se dissolvaient dans le néant. Ce fut un grand homme, auteur de livres géniaux, mais méconnus.

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